‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 8 sur 83 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

6C oeuvres de lokd byron.

cela ; — mais c'est assez. Allah ! les lèvres sont de feu ! quelle fièvre s'est allumée dans tes veines! Le môme incendie a presque gagné les miennes, et je sens la rougeur monter à mes joues. Adoucir tes souffrances dans la maladie ou soigner ta santé; partager ta fortune en la ménageant, ou te sourire dans la pauvreté, et, sans murmurer, t'en alléger de moilié le fardeau; faire tout, excepté de fermer tes yeux mourants, car je le tenterais en vain ; c'est a cela seul que mes pensées aspirent :puis-je en faire et peux-tu en demander davantage ? Mais, Sélim, dis-moi pourquoi nous avons besoin de tant de mystère. J'en cherche en vain la raison; mais tu le veux, qu'ainsi soit! Cependant j'ai peine h. comprendre ce que tu veux dire en me parlant « d'armes» et « d'amis. » Je me proposais de faire entendre à Giafûr le serment que je l'ai fait; sa colère ne le révoquerait pas; mais, sans aucun doute, il me permettrait de rester libre. En quoi est-il étrange que je désire être ce que j'ai toujours été? Dès l'âge le plus tendre, quel autre que loi Zulelka a-t-elle vu ? Quel autre que toi peut-elle désirer devoir, toi le compagnon de ses promenades solitaires, toi qui partageas les jeux ae son enfance? Ces pensées chéries qui ont commencé avec ma vie, dis, pourquoi ne les avouerais-je plus? Que s'est-il passé qui m'oblige à cacher une vérité qui fit jusqu'à ce jour ton orgueil et le mien ? Nos lois, notre religion, notre Dieu, me défendent de paraître aux regards d'un étranger; jamais je n'aurai un seul instant la pensée de me plaindre de cette loi de notre Prophète : je suis heureuse de lui obéir, car en me laissant ta présence, il m'a tout laissé. 11 me serait affreux d'être donnée malgré moi à un époux que je n'ai jamais vu ; ce sentiment, pourquoi en ferais-je mystère ? pourquoi me demandes-tu le secret ? Je sais que le pacha , fier et hautain, ne l'a jamais vu d'un œil affectueux ; et il lui arrive si souvent de s'emporter sans motifs ! Dieu nous garde de jamais lui en donner ! Je ne sais, mais la dissimulation pèse à mon cœur comme un péché : dis-moi donc, Sélim, si cette dissimulation est coupable, comme je le sens intérieurement; hàte-loi de m'éclairer, et ne me laisse pas à des pensées qui

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m'ai arme ii t. Ah ! voici venir le thocadar 16 . La guerre simulée a cessé, mon père revient; je tremble maintenant de rencontrer ses yeux: — Sélim, pourrais-tu me dire pourquoi ? »

« Zuleika! — retourne à la tour où est ton appartement. — Je me présenterai à Giaffir : il faut que je m'entretienne avec lui de firraans, d'impôts, de levées d'hommes, de gouvernement. Il est venu des rives du Danube de funestes nouvelles; notre visir voit noblement décimer ses rangs pai des victoires dont le giaour peut lui rendre grâce! Notre sultan a un moyen expédi!if pour récompenser des triomphes aussi coûteux. Mais écoute : quand le tambour du crépuscule appellera les troupes au repas et au sommeil, Sélim se rendra auprès de toi; alors nous sortirons furtivement du harem pour nous promener sur les bords de la mer. Les murs de nos jardins sont élevés; nul importun ne les franchira pour écouler nos paroles ou troubler notre entrevue, et si on s'y hasardait, j'ai une lame que quelques-uns ont sentie et que d'autres peuvent sentir encore. C'est alors que Sélim t'en apprendra plus que tu n'en as connu ou pensé jusqu'ici. Fie-toi k moi, Zuleika; — ne me crains pas! Tu sais que j'ai une clef qui ouvre le harem, »

a Te craindre, mon Sélim! Jamais jusqu'à ce jour un mot semblable... — »

« Ne perds pas un moment ; je garde la clef. Les satellites d'Haroun ont déjà reçu quelques récompenses : ils en attendent d'autres. Cette nuit, Zuleika, tu apprendras mon histoire^ mes projets et mes craintes. Mon amour! je ne suis point ce que je semble. »

NOTES DU CHANT PREMIER

• La Fiancée d'Abydos fut publiée au commencement de décembre 4815. La situation d'esprit dans laquelle elle fut composée est décrite ainsi dans une lettre adressée par lord Byron à M. Gifford : « Vous avez été assez bon pour jeter les yeux sur mes manuscrits... Voici une histoire turque, et je vous serai vraiment bien obligé de lui faire l'honnèur de revoir les épreuves. Elle n'a été écrite ni par plaisir, ni par besoin de manger, ni pour plaire à mes amis, mais dans cette situation d'esprit

61 fréquente dans ia jeunesse, et qui vous force à appliquer votre esprit à quelque chose en dehors de la réalité. C'est sous cette inspiration, qui n'a rien d'éclatant, que ce poème a cté écrit. Jetez-le au feu, il ne mérite peut-être pas un meilleur sort : c'est l'ouvrage d'une semaine, et je l'ai griffonné stans pede in uno, le seul pied que j'aie de solide ; et e vous promets de ne plus jamais vous déranger, à moins d'un poème de quarante chants avec un voyage entre chaque. »

* Mejnoun et Leila, le Homéo et la Juliette de l'Orient. Sadi est le poète moral de la Perse.

» Le tambour bat en Turquie au lever du soleil, à midi et le soir.

* Les Turcs abhorrent les Arabes, qui le leur rendent au centuple, encore plus peut-être que les chrétiens.

s Carasman Ogloi . ou Kara Osman Oglou, est le plus grand propriétaire de la Turquie. Il gouverne Magnésie. Ou appelle timariotes ceux qui possède i : à charge de porter les Armes, espèce de vasselage féodal. Ils servent comme spahis, et fournissent, selon l'étendue du territoire, un certain nombre de soldats, ordinairement des cavaliers.

* Lorsqu'un pacha est assez fort pour résister au sultan, le premier messager qui lui apporte le fatal cordon est étrangle, et ainsi de cinq ou six autres qui suivent. Si, au contraire, il est faible et respectueux, il s'incline, baise la signature du sultan, et se laisse étrangler complaisamment. En 4810, plusieurs tètes étaient exposées à la porte du sérail, et entre autres celle du pacha de Bagdad, brave jeune homme, assassiné par trahison après une résistance désespérée.

1 Les maugrabis sont des mercenaires mauresques.

* Les dellxis sont les enfants perdus de la cavalerie : ce sont toujours eux qui commencent l'attaque.

9 Les Turcs se servent, pour apprendre à manier le cimeterre, d'un tampon de bourre, et un petit nombre seulement peuvent le fendre d'un seul coup. Quelquefois on emploie un turban très dur. Le djerrid est un combat avec des javelines émoussées, très animé et plein de grâce.

10 Alar-gul, l'essence de rose. Celle de Perse est la plus estimée.

»1 On a beaucoup discute pour savoir si le chant de cet amant de la rose est triste ou gai, et les remarques de M. Fox ont provoqué quelques controverses savantes sur l'opinion des anciens à ce sujet. Je n'ose hasarder uno conjecture, quoique disposé pour Yerrare mallctn, si toutefois M. Fox s'était trompé.

,2 Azrael est l'ange de la mort.

Les trésors des sultans préadamites (Voy. d'fîerbelot, art. lstakar.)

i* Le musselim est un gouverneur immédiatement au-dessous du pailia ; les wayvodes occupent le troisième rang ; puis viennent les agas.

Egripoy c'est le nom turc de Négrepont. Si l'on en croit le proverbe, les Turcs d'Egripo, les juifs de Salonique et les Grecs d'Athènes, sont ce qu'il y a de pire au monde.

i« La thocadar, un des domestiques qui escortent un fonctionn. ire.

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