‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 74 sur 83 · XII · texte numérisé non relu

XII

La chaloupe s'approcha; ceux qui la montaient étaient bien armés, décidés a faire tout ce que le devoir exigerait d'eux, et insouciants du péril comme l'est des feuilles qu'il abat le vent qui poursuit sa course sans regarder en arrière. EL pourtant ils eussent préféré pour ennemis des étrangers à des compatriotes, et sentaient que ces malheureux, victimes de leur obstination, avaient été Anglais, bien qu'ils eussent cessé de l'être. Ils leur crièrent de se rendre; — pas de réponse! leurs armes furent mises en joue et brillèrent aux rayons du soleil. Nouvelle sommation, — pas de réponse! Pour la troisième fois ils leur offrirent la vie d'une voix plus haute que la première. L'écho seul des rochers répéta les sons mourants de leur dernière parole. Alors la lumière des mousquels brilla; leurs canons dardèrent des flammes, et la fumée s'éleva entre eux et leurs ennemis, pendant que les balles vinrent frapper, mais en vain, le rocher sonore, et retombèrent aplaties. Alors se fit entendre la seule réponse que dussent donner ceux qui avaient perdu toute espérance sur la terre et dans le ciel. Après celte première décharge,

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les assaillants s'approchaient, quand la voix de Christian cria : « A présent, feu ! » Et avant que l'écho eût répété ses paroles, deux hommes tombèrent; les autres escaladèrent le flanc âpre du rocher, et, furieux de la démence de leurs ad* versaires, ne s'occupèrent plus qu'à les joindre pour les • combattre corps à corps. Mais le roc était escarpé; nul sentier n'y était pratiqué; chaque pas offrait un bastion à leur colère, tandis que, postés sur les sommets les plus inaccessibles que l'œil exercé de Christian avait parfaitement reconnus, tous trois continuèrent une défense désespérée dans des lieux dont l'aigle eût pu faire choix pour y placer son aire. Chacun de leurs coups portait, et les assaillants tombaient, brisés sur les récifs comme des coquillages; mais ceux qui survivaient étaient nombreux encore; ils continuèrent a monter, se dispersèrent ça et là, et finirent par cerner et dominer complètement les trois assiégés, qui, trop loin encore pour être pris, assez près pour être tués, virent leur destin ne tenir plus qu'a un fil, comme des requins qui ont -avalé l'appât des pêcheurs; néanmoins ils se défendirent jusqu'au dernier instant; pas un gémissement ne fit connaître à leurs ennemis qui des trois succombait; Christian mourut le dernier : blessé deux fois, quand on vit couler son sang, on lui demanda encore de se rendre ; en ce qui concernait sa vie, il n'était plus temps; mais il n'était pas trop tard pour que la main d'un de ses semblables, fût-ce même •celle d'un ennemi, lui fermât les yeux. Un de ses membres ayant été brisé, son corps avait fléchi, et il gisait étendu sur le rocher, comme un faucon privé de ses petits. La voix qui lui parlait sembla le ranimer ou réveiller en lui une émotion qu'exprima un faible geste; il fit signe aux plus avancés de venir à lui; pendant que ceux-ci s'approchaient, il souleva son fusil; — il avait tiré sa dernière balle, il arracha sur sa poitrine le bouton supérieur de sa veste, le mit dans le canon en guise de balle, ajusta, fit feu, et sourit de voir son ennemi tomber; puis, comme un serpent, il traîna en rampant son corps blessé et débile à l'endroit où le roc dominait les ilôts avec un escarpement aussi horrible que son désespoir,

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