‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 76 sur 83 · WATERLOO · texte numérisé non relu

WATERLOO

(Imité du franç.ii.) HOUS NE TE MAUDISSONS PAS, WATERLOO.

Nous ne te maudissons pas, Waterloo ! bien que ta plaine ait été arrosée du sang de la liberté; c'est la qu'il fut versé, mais la terre ne Ta point bu; jaillissant avec force de tous ces cadavres, comme une trombe de l'Océan, il s'élève et va se mêler dans les airs au sang de Labédoyère — et de celui dont la tombe honorée renferme « le brave des braves. » Il forme dans le ciel un rougeàtrc nuage ; mais il retournera aux lieux d'où il est sorti ; quand le nuage sera plein il éclatera. — Jamais tonnerre n'a retenti comme celui qui ébranlera alors le monde étonné; — jamais éclair n'a brillé comme celui qui sillonnera le ciel ! pareil a. l'étoile mystérieuse, prédite autrefois par le prophète, qui doit répandre sur la terre une pluie de flamme et changer les rivières en sang.

Le chef est tombé, mais non pas sous vos coups, vainqueurs de Waterloo! Quand le soldat citoyen ne commandait k ses égaux que pour les conduire où la gloire souriait au (ils de la Liberté, lequel de tous les despotes coalisés pouvait se mesurer avec ce jeune général? Qui pouvait se vanter d'avoir ' vaincu la France avant que la tyrannie régnât seule et sans partage, avant que, poussé par l'ambition, le héros s'abaissât à. n'être plus que roi ? Alors il tomba : — périsse comme lui quiconque voudra asservir l'homme au joug de l'homme!

E^t toi aussi, guerrier au blanc panache 1 , toi à qui ton propre royaume a refusé un tombeau* ! mieux eût valu pour loi continuer a. guider les bataillons de la France contre des armées d'esclaves mercenaires, que d'aller te livrer à la mort et à la honte pour un méprisable titre de roi comme celui que porte le despote de Naples, et qu'il a acheté de ton sang.

Quand lu lançais ton cheval de bataille dans les rangs enaemis, comme un fleuve qui franchit ses rives, pendant qu'autour de toi volaient en éclats les casques pourfendus, les glaives brisés, — lu étais loin de prévoir le destin qui t'attendait; cet orgueilleux panache a donc été abattu sous les coups déshonorants d'un esclave! Il fut un temps où, pareil à la lune qui règle l'Océan, ce panache ondoyait dans l'air et servait de ralliement au guerrier; a travers les flots noirs et sulfureux de la fumée du combat, le soldat cherchait du regard ce cimier inspirateur, et, le voyant briller au premier rang, il sentait ranimer son courage. La où l'agonie de la mort était la plus courte, où la bataille multipliait le plus ses débris, à l'ombre de l'étendard avancé de l'aigle à la crête brûlante (porté sur les ailes du tonnerre, et resplendissant des rayons de la victoire, qui eût pu alors arrêter son vol ?), là où les lignes ennemies étaient rompues ou se débandaient dans la plaine, là on était sûr de voir Murât charger! là il ne chargera plus !

îv.

Sur nos gloires détruites marchent les envahisseurs ; la Victoire pleure sur ses trophées abattus. — Mais que la Liberté se réjouisse! que son cœur éclate dans sa voix! la main sur son épée, elle sera doublement adorée. La France a deux fois appris cette « leçon morale » chèrement achetée, que son salut ne réside pas dans un trône avec Capet ou Napoléon, mais dans l'égalité des lois et des droits, dans l'union des cœurs et des bras pour défendre la grande cause, — la cause de cette liberté que Dieu a départie avec la vie à tout ce qui est sous le ciel, et que le crime voudrait faire disparaître delà terre, lui dont la main farouche et prodigue sème comme du sable la richesse des nations, el verse leur sang comme de l'eau dans un impérial océan de carnage.

Mais le cœur et l'intelligence, et la voix du genre humain, s'élèveront de concert, — et qui résistera à celte fière alliance? 11 est passé le temps où l'épée subjuguait. -—L'homme peut mourir, — l'àme se renouvelle; même dans ce monde

T. If. O

de soucis et de bassesse, la Liberté ne manquera jamais d'héritier; des millions d'hommes ne respirent que pour hériter de son indomptable génie; — quand elle assemblera de nouveau ses armées, les tyrans croiront en elle et trembleront. Ils rient de cette menace impuissante; des larmes de sang n'en couleront pas moins 8 .

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