‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 77 sur 83 · FAUT-IL DONC TE QUITTER, 0 MON GLORIEUX CHEF · texte numérisé non relu

FAUT-IL DONC TE QUITTER, 0 MON GLORIEUX CHEF

(hnltf du français)

Faut-il donc te quitter, 6 mon glorieux chef, séparé du petit nombre de ceux qui te sont restés fidèles ! Qui dira la douleur du guerrier, l'angoisse délirante de ce long adieu ? L'amour de la femme, le dévouement de l'amitié, quel qu'ait été sur moi leur empire, — • que sont-ils, comparés à ce que j'éprouve, à la fidélité qu'un soldat t'a vouée?

ir.

Idole de l'âme du soldat, sans rival dans les batailles, tu ne fus jamais plus grand qu'aujourd'hui. Beaucoup ont pu gouverner le monde, tu es le seul qu'aucune calamité n> fait fléchir. Longtemps a tes côtés, j'ai affronté la mort et porlé envie a ceux qui succombaient et dont la mourante acclamation bénissait celui qu'ils servaient si bien 1 ,

Que n'ai-je partagé leur tombe glacée! Je ne verrais pas aujourd'hui les lâches terreurs de tes ennemis, oser à peine laisser un homme auprès de toi, comme s'ils craignaient qu'il ne te délivrât! Oh! même sous les voûtes d'un cachot, toutes leurs chaînes me seraient légères en présence de ton âme indomptée.

Celui qui est sourd k la prière de notre fidélité, si sa gloire empruntée venait à s'obscurcir, s'il rentrait dans son obscurité natale, ses sycophantes viendraient-ils la partager avec

lui ? S'il possédait maintenant cet empire du monde, que tu abdiques avec tant de sérénité, achèterait-il arec ce trône des cœurs comme ceux qui t'appartiennent encore?

Mon chef, mon roi, mon ami, adieu ! Je n'avais jamais fléchi le genou; jamais je n'avais supplié mon souverain comme j'implore aujourd'hui ses ennemis ; tout ce que je demande, c'est d'élre admis aux périls qu'il lui faut braver; c'est de partager à côté du héros sa chute, son exil et sa tombe.

A l'étoile de la lêgion-d'honneur.

(Imité du français.)

Étoile des braves ! — dont les rayons ont versé tant de gloire sur les vivants et sur les morts; prestige radieux et adoré ! dont la présence faisait lever des millions d'hommes en armes; — éclatant météore d'origine immortelle! pourquoi t'élever dans le ciel, pour l'éteindre ensuite sur la terre?

Les âmes des héros immolés formaient tes rayons; l'éternité resplendissait dans ton auréole ; au ciel la Gloire, sur la terre l'Honneur, composaient l'harmonie de ta sphère martiale, et ta lumière brillait aux regards humains comme un volcan dans les cieux.

Ta lave roulait en fleuve de sang, et ses flots balayaient les empires; pendant que tu répandais tes clartés jusqu'aux derniers confins de l'espace, au-dessous de toi la terre tremblait sur sa base, et le soleil, pâle et découronné, t'abandonnait l'empire du firmament.

Un arc-en-ciel t'avait précédée, et grandit avec toi, formé

de trois couleurs brillantes et divines 6 , appropriées à ce céleste signe ; car la main de la Liberté les avait nuancées comme les teintes d'une perle immortelle.

Une couleur était empruntée aux rayons du soleil, une autre a l'azur foncé des yeux d'un séraphin, la troisiè me au voile blanc et radieux d'un esprit pur. Les trois réunies ressemblaient au tissu d'un céleste rêve.

Étoile des braves! tes rayons pâlissent, et les ténèbres vont de nouveau prévaloir. Mais, ô arc-en-ciel des hommes libres ! nos larmes et notre sang couleront pour toi. Si jamais ta brillante promesse s'évanouit, notre vie ne sera plus qu'un fardeau d'argile.

Et les pas de la Liberté sanctifient les silencieuses cités des morts; et ils sont beaux dans la mort ceux qui tombent fièrement dans ses rangs; et bientôt, ô déesse! puissionsnous cire à jamais avec eux ou avec toi!

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