‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 117 sur 201 · SIC · texte numérisé non relu

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tu as pour oreiller une malédiction trop profonde. Tu as semé dans ma douleur; il te faut recueillir une moisson amère de maux aussi réels ! J’ai eu bien des ennemis, mais aucun comme toi ; car contre les autres je pouvais me défendre et me venger, ou changer leur haine en amitié; mais toi, dans ton implacabilité inviolable, tu n’avais rien à craindre, — protégée par ta propre faiblesse et par mon amour, qui n’a fait que trop de concessions, et a épargné, en considération de toi, ceux qu’il n’eût pas dû épargner. — C’est ainsi que, sur la créance que t’accordait le monde, — sur la folle renommée de ma jeunesse orageuse, — sur des choses qui n’étaient pas, et des choses qui sont, sur celte base tu as construit un monument auquel le crime a servi de ciment! Clytemneslre morale de ton époux, tu as immolé, d’un glaive dont je ne me défiais pas, réputation, paix, espérance, et jusqu’à cette vie meilleure qui, sans la froide trahison de ton cœur, eût pu renaître encore de ce tombeau de nos démélés, et trouver un plus noble devoir que celui île nous séparer. Mais tu as fait un vice de tes vertus; tu en as froidement fait trafic, en vue de la colère présente et de la fortune à venir, — et tu as acheté à tout prix la sympathie d’autrui. Ainsi entrée dans des voies tortueuses, cette sincérité qui distinguait la jeunesse cessa de t’accompagner, — et parfois avec un cœur ignorant de ses propres crimes, l’imposture, les allégations inconciliables, les équivoques, les pensées qui habitent dans les esprits à double face, — le coup d’œil d’intelligence, qui sait mentir silencieusement, — les prétextes tirés de la prudence , avec leurs avantages concomitants, — l’acquiescement à tout ce qui, de manière ou d’autre, conduit au terme désiré, — tout trouva place dans ta philosophie. Les moyens étaient dignes du but, et le but est atteint. — Je n’aurais pas voulu te faire ce que tu m’âS fait. Septembre <816.

1 Sur ces six pièces, les trois premières furent composées quelque temps avant le départ de lord Byron; les trois autres, pendant les premiers mois de son séjour à Genève; elles se rapportent au malheureux

événement qui fut la crise décisive de la vie orageuse du poète, je veux dire sa séparation d’avec lady Byron, dont, après tout ce qui a été supposé et écrit, on ignore encore les véritables motifs.

C’est seulement par rapport au rôle de lord Byron dans cette affaire, que le public peut se croire en droit d’y porter ses regards; mais aussi longtemps que l’autre partie gardera le silence pour des motifs de haute convenance que nous respectons, il sera impossible de porter un jugement équitable et définitif sur ce débat domestique. Chaque lecteur peut décider selon ses sympathies, d’après les renseignements que l’on possède.

Il y*a cependant deux points importants à établir : c’est que, premièrement, lord Byron n’a jamais connu le motif positif qui provoqua cette séparation de lady Byron, en <8t6 ; et secondement, que jusqu’à sa mort il ne renonça jamais à l’espoir de se réconcilier avec elle. Ces faits sont établis de la manière la plus évidente par le récit de M. Moore, la correspondance et les conversations subséquentes du poète. M. Kennedy, dans sa relation du voyage de lord Byron à Céphalonie, rapporte les • paroles suivantes : — « Lady Byron conserve tout mon respect ; je n’ai jamais connu la cause de sa séparation ; je suis prêt c: serai toujours prêt à une réconciliation, quelles que soient les avances qu’il me faille faire. » M. Moore a conservé les détails d’une démarche que fit lord Byron avant son départ de la Suisse , pour avoir une explication avec lady Byron. Cette démarche fut-elle renouvelée ? on l’ignore ; mais ce qui est positif, c’est qu’elle n’eut point de résultat, et peut-être le compreudra-t-on en lisant quelques-unes des pièces suivantes. Voir les Mémoires de M. Moore, t. III, p. 289.

* « Je vous envoie le rêve de ma dernière nuit, et je vous prie d’en faire tirer cinquante exemplaires pour être distribués à des amis. Je désire que M. Gifford les examine ; c’est un sujet pris dans la vie réelle.»

( Lettres à M. Murray, 50 mars 1816.)

* La sœur du poète, l’honorable miss Leigh. Ces strophes, — dernier remerciement à celle dont la bonté inaltérable fut le seul soutien de l’auteur pendant ses chagrins de famille, sont les derniers vers qui aient été écrits par lord Byron en Angleterre. Dans un billet à M. Bogeîs, daté du IC avril, le poète dit : — « Ma sœur est dans ce moment près de moi; elle quitte Londres demain. Nous ne nous reverrons plus jamais. Veuillez donc, en conséquence, m’excuser de ne pouvoir passer la soirée avec vous et M. Shéridan. » Lord Byron s’embarqua le 25.

* La Quarlerly Review s’exprimait ainsi sur ccs strophes : — « Nous ne connaissons peut-être rien d’aussi profondément triste et beau dans tous les ouvrages de lord Byron. » Ces vers furent également composés i Diodati, et envoyés pour être publiés s’ils obtenaient l’approbation de M. Leigh. — « Il y a, » dit Byron, « dans mon manuscrit une épltre à ma sœur sur laquelle je désire vous consulter avant la publication; si vous ne l’approuvez pas, retranchez-la. » Le 5 octobre, il écrivait : — « Ma •œur a opté pour la suppression ; son avis doit être suivi. Comme je

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n’en ai pas gardé copie, failes-m’en faire une sur le manuscrit, car il m’est impossible de me rappeler un seul vers de ce que j’ai écrit. Dieu me garde, si je continue à écrivailler, j’aurai épuisé mon cerveau avant trente ans; mais dans ce moment, la poésie est ma seule consolation. Demain, je pars pour l’Italie. » Cette épilrc fut publiée pour la première fois en <830.

8 L’amiral Ryron n’avait jamais fait de voyage sans essuyer une tempête. 11 était connu des matelots sous le sobriquet de Jack Mauvais- Temps. Mais malgré tous ces assauts, il revint toujours sain et sauf. 11 échappa lors du naufrage du D'amer, qui faisait partie de l'expédition d’Anson. Lui-même fit le tour du monde quelques années après.

* Cette pièce, dont le début a été publié dans les Mémoires deM. Moore, fut écrite immédiatement après la rupture de cette démarche de réconciliation dont nous avons parlé; elle n’était point destinée à être publiée; ce n’est qu’à regret que nous l’insérons ici. M.

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