ADRESSE DESTINÉE A ÊTRE PRONONCÉE A LA RÉUNION CALÉDONIENNE
Qui ne s’est point senti ému d’un noble enthousiasme k la lecture des annales où la Gloire a gravé le nom invaincu des fiers Calédoniens, ces montagnards qui bravèrent les chaînes de Home et repoussèrent le Danois k l’ardente chevelure; ces hommes au bras fort, k la clRymore brillante, qu’aucun ennemi n’a pu intimider, aucun tyran asservir? ils ne sont plus; — mais leurs fils vivent encore, et la Gloire les couronne d’un double laurier. Les bannières du Gaël et du Saxon se confondent. Angleterre, réunis leur mâle vigueur a la tienne. Le sang qui coula-it dans les veines de Wallace coule encore avec la même chaleur, mais il n’est versé maintenant que pour la Gloire et loi ! Oh ! n’oublie pas les droits du vétéran du Nord, donne-lui des secours, — le monde lui a donné la gloire !
Les guerriers subalternes, les braves obscurs qui ont sans hésiter prodigué leur vie sur les pas des puissants, qui dorment sous le gazon sans gloire, foulés par leurs camarades vainqueurs et plus heureux, nous ont légué, — c’est tout ce qu’ils pouvaient nous léguer, — l’enfant orphelin et l’épouse solitaire : voyez-la sur les collines nébuleuses d’Albyn lever douloureusement vers le ciel ses yeux humides de pleurs; évoquant dans ses présages sombres les maux de l’avenir, elle voit les fantômes sanglants des guerriers lui apparaître dans les nuages et les ténèbres de la tempête ; et cependant sa voix attristée entonne le chant solitaire, la douce et mélancolique lamentation pour celui qui tarde k revenir, celui
POÉSIES DIVERSES. 2o3
dont les reliques lointaines implorent vainement le Coronach, la sauvage harmonie qui résonne en l’honneur du brave.
C’est au ciel, — et non à l’homme, — h adoucir l’explosion récente de ces douleurs de la nature ; pourtant l’affection et le temps peuvent enlever aux pleurs versés pour un objet chéri une moitié de leur amertume ; la reconnaissance nationale peut donner à la veuve un oreille? sans épines pour appuyer sa tête, peut alléger la sollicitude de son cœur maternel, et sauver de l’indigence la postérité du soldat.
Mai 1814.