‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 144 sur 201 · ADDITION A LA PRÉFACE · texte numérisé non relu

ADDITION A LA PRÉFACE

J'ai attendu que la plupart de no3 journaux eussent distribué leur portion habituelle de critique. Je n’ai rien à dire contre la justice de la plupart de leurs observations; il me conviendrait mal de me regimber contre leur très légère censure, considérant qu’avec moins d’indulgence iis eussent peut-être été plus vrais ; je ne puis donc que leur faire à tous mes remerciements pour leur générosité. Néanmoins il est un point sur lequel je hasarderai une observation. Parmi les objections nombreuses qu’on a élevées avec justice contre la physionomie assez faible du Childe voyageur, que, malgré beaucoup d'insinuations à ce contraires, je soutiens encore être un personnage fictif, on a dit que, outre l’anachronisme, il est lrè3 peu chevalier, vu que les temps de la chevalerie étaient une époque

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d'amour, d’honneur, etc. Or, la vérité est que le bon vieux temps où florissait l'amour antique était l'époque de la plus grande corruption. Ceux qui auraient quelques doutes à cet égard peuvent consulter Sainte-Palaye en divers endroits de son ouvrage, et surtout à la page C9 du deuxième volume. Les vœux de la chevalerie n’étaient pas mieux gardés que d’autres ; les chants des troubadours, beaucoup moins spirituels que ceux d’Ovide, n’étaient guère plus décents. Dans les cours d’amour, parlements d’amour ou do courtoisie et de gentillesse, il y avait beaucoup plus d’amour que de gentillesse ou de courtoisie. Voyez Roland sur le même sujet que Sainte-Palaye. Quels que soient les autres reproches adressés au personnage très peu aimable de Childe-llarold , en ce sens du moins, on peut le considérer comme un parfait chevalier, non pas un chevalier servant, mais un véritable templier. Pour le dire en passant, je crains bien que sir Tristram et sir Lancelot n’aient pas été meilleurs qu’il ne fallait, quoique très poétiques personnages, et vrais chevaliers, sans peur, sinon sans reproches. Si l’histoire de l’institution de la Jarretière n’est pas une fable, les chevaliers de cet ordre ont, pendant plusieurs siècles, porté les couleurs de la comtesse de Salisbury, de peu édifiante mémoire. Voilà pour la chevalerie. Burke a eu tort de regretter que les jours de cette institution fussent passés, bien que Marie-Antoinette fût tout aussi chaste que la plupart de celles en l’honneur desquelles des lances ont été brisées «t des chevaliers désarçonnés.

Avant l’époque de Bayard et jusqu’à celle de sir Joseph Banks, les plus chastes et les plus célèbres chevaliers des temps anciens et modernes, peu d’exceptions contredisent cette assertion; et je crois qu’il suffirait de bien peu de recherches pour ne pas regretter les monstrueuses momeries du moyen âge.

Je laisse maintenant Childe-Harold vivre son temps tel qu’il est. Il eût été plus agréable et certainement plu3 facile de tracer un caractère aimable; il eût été aisé de colorer scs fautes, de le faire moins parler, et agir davantage; mais tout ce que je m’étais proposé, c’était de montrer, dans sa personne, que la perversion précoce de l’esprit et des mœurs conduit à la satiété des plaisirs passés et au désillusionnement dans les nouveaux, et que, si on en excepto l’ambition, le plus puissant de tous, les stimulants les plus forts, et même le spectacle des beautés de la nature , ne peuvent rien sur une âme ainsi constituée ou plutôt ainsi égarée. Si j’avais continué ce poème, j’aurais de plus en plus assombri les couleurs de mon personnage , car en me conformant au cadre dans lequel je

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