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Le dimanche arrive, jour de recueillement et de repos. Comment l’honore-t-on sur ce rivage chrétien? Ou le consacre à une réjouissance solennelle. Silence ! entendez-vous mugir le monarque des forêts ? Il brise les lances ; ses naseaux aspirent le sang qui jaillit do l’homme et du coursier terrassés par ses cornes redoutables; la foule qui remplit
LU PÈLERINAGE DE CU1LDE-DAR0LD. Cil. I. 309 l’arène appelle a grands cris d’autres combattants; la vue des entrailles palpitantes provoque les hurlements d’une frénétique joie : les yeux de la beauté ne se détournent pas, et ne témoignent même point une feinte tristesse.
C’est là le septième jour, le jubilé de l’homme. Londres, tu célèbres autrement le jour de la prière : tes bourgeois s’habillent proprement, tes artisans lavent leur figure, tes apprentis s’endimanchent, et tous vont respirer l’air hebdomadaire. Le fiacre, le whisky, le cabriolet, et jusqu’au modeste gig, sillonnent les faubourgs; on se rend à Hampstead, à Brenlford, à Ilarrow, jusqu’à ce que le rossinante s’arrête épuisé au milieu des brocards des piétons jaloux.
Les bateaux de la Tamise promènent les belles attifées de rubans; d’autres préfèrent comme plus sûre la route semée de barrières; ceux-ci gravissent la colline de Ricbemont; ceux-là parlent pour Ware, et il en est beaucoup qui montent jusqu’à Highgale. Ombrages de la Béotie59, vous dirai-je pourquoi? C’est pour assister au culte de la corne solennelle qui, présentée avec respect par la main du mystère, reçoit les serments redoutables des garçons et des filles ; ces serments sont arrosés par d'amples libations, et l’on danse jusqu’à l’aube ï0.
Tout pays a ses folies. — Ce ne sont pas là les tiennes, belle Cadix, assise sur le bord de la mer aux flots bleus. A peine la cloche du matin a sonné neuf heures, tes saints adorateurs disent leur rosaire. Leurs prières importunent la Vierge (c’est, je crois, la seule qu’il y ait dans le pays), lui demandant le pardon d’autant de crimes qu’il y a de fidèles qui l’implorent; cela fait, on se rend en foule au cirque; jeunes et vieux, pauvres et riches, chacun prend sa part du divertissement.
La lice est ouverte, l’arène SDacieuse est libre; tout
OEUVULS OC LORD BYBOX.
autour sont entassés des miiliers de spectateurs; longtemps avant que la première fanfare se fasse entendre, toutes les places sont occupées. C’est lk qu’abondent les don, les grands d’Espagne, et surtout les dames, savantes dans la coquetterie du regard , mais toujours humainement disposées k guérir les blessures qu’ont faites leurs beaux yeux. Nul ne peut se plaindre, comme fait maint poëte lunatique, que leur froide indifférence l’ait condamné k mourir des traits cruels do l’amour.
Lxxni.
Le bruit des conversations a cessé; la tôle surmontée d’un blanc panache, portant des éperons d’or, armés d’une lance légère, montés sur de fiers coursiers, quatre cavaliers s’avancent en s’inclinant devant les spectateurs, et se préparent ajouter dans celte lice périlleuse; ils portent de riches écharpes; leurs coursiers caracolent avec grâce. S’ils peuvent se signaler dans ce jeu redoutable , les applaudissements de la foule, les regards approbateurs des dames, tout ce qui récompense les actions les plus nobles deviendra leur partage ; les fatigues des rois et des héros ne sont pas payées d’un plus haut prix.
Revêtu d’un costume splendide et d’un éclatant manteau, mais toujours k pied, l’agile matador est au centre de l’arène, brûlant de se mesurer avec le roi des troupeaux mugissants; mais auparavant il parcourt lentement l’enceinte dans toute son étendue, pour s’assurer qu’aucun obstacle n’entravera sa course. Il n’a pour toute arme qu’un dard ; il ne combat que de loin; l’homme n’en saurait tenter davantage sans l’aide du coursier fidèle, trop souvent condamné, hélas! à recevoir pour lui les blessures et la mort!
Le clairon a retenti trois fois ; le signal est donné; l'antre s’ouvre béant; la foule regarde dans une muette attente. Le puissant animal s’élance d’un bond dans l’arène, promène autour de lui de sauvages regards, frappe la terre d’un pied sonore, mais il ne s’élance pas aveuglément sur son ennemi.
LE PÈLERINAGE DE CHILDE-HAROLD. CH. I. 311 Il tourne h droite et à gauche son front menaçant, comme pour préluder à sa première attaque; il agite au loin sa queue irritée; ses yeux enflammés roulent et se dilatent dans leur orbite.
Tout à coup il s’arrête; son regard s’est fixé : fuis, fuis, jeune imprudent! prépare ta lance; le moment est venu de mourir ou de déployer cette adresse qui peut encore tromper la fureur de ton ennemi. Les coursiers agiles se détournent à propos; le taureau court en écumant, mais il n’échappe point aux coups qu’on lui porte; le sang ruissellé à flots sur ses flancs. Il fuit, il tourne sur lui-même; la douleur le rend furieux. Le dard succède au dard, la lance suit la lance ; ses souffrances s’exhalent en longs mugissements.