DU CHANT PREMIER DU PÈLERINAGE DE CIIILDE-HAROLD
i Lady Charlotte Harley, seconde fille d’Edouard, cinquième comte d’Oxford (maintenant lady Charlotte Bacon), dans l’automne de 1812, époque h laquelle ces vers lui furent adressés, n’avait pas encore complété sa onzième année.
* Lord Byron se proposait primitivement de visiter l’Inde.
* Ce petit page était Robert Rushton, fils de l’un des fermiers de lord Byron. « J'emmène Robert avec moi, » dit le poète dans une lettre à sa mère ; « je l’arme parce que, de même que moi, il parait être un animal abandonné et sans amis. »
* Voyant que cet enfant était tout triste de se voir séparé de ses parents, lord Byron, à son arrivée à Gibraltar, le renvoya en Angleterre sous la conduite de son vieux domestique Murray. «Je vous en prie, » écrit-il à sa mère, « traitez cet enfant avec bonté; il s’est extrêmement bien comporté, et je l’aime beaucoup. » Il écrivit aussi une lettre au père du jeune homme; elle prouve de sa part beaucoup de bienveillance et d’attention : « J’ai, » dit-il, « renvoyé Robert en Angleterre, parce que le pays que j’ai à traverser n’est pas sûr, surtout pour un enfant de son âge. Je vous permets de déduire de votre fermage 25 liv. sterl. par an pour son éducation pendant trois ans, pourvu que je ne sois pas de retour avant cette époque, et je veux qu’il soit considéré comme étant à mon service. »
< Ici on trouve dans le manuscrit original la strophe suivante :
« Ma mère est une dame du haut parage; elle me désapprouve fort; elle dit que mes débauches déshonorent ma race. 11 me semble aussi que j’avais une sœur, dont peut-être les pleurs vont couler; mais voilà trois ans et plus que je n’ai pas vu son visage. »
* William Fletcher, le fidèle serviteur qui, après vingt -deux ans de service , « pendant lesquels, » dit-il, « sa seigneurie fut pour moi plus qu’un père,» recueillit les derniers soupirs du Pèlerin à Missolonghi, et ne quitta sa dépouille qu’après l’avoir vu déposer dans le caveau de sa famille à Hucknell. Ce serviteur, plein de simplesse, était pour son maître une source constante de plaisanteries. « Fletcher, » dit-il dans une lettre à sa mère, « est loin d’être vaillant : il a. besoin de beaucoup de choses dont je puis me passer. Il soupire après sa bière, son bœuf, son thé et sa femme, et le diable sait quoi encore. Une nuit, nous nous perdîmes dans nn orage; une autre fois nous faillîmes faire naufrage. Dans ces deux occurrences, il tremblait de tous ses membres : dans la première, c’était la famine et les voleurs qu’il craignait; dans la seconde, c’était d’aller au fond de l’eau. Les éclairs ou les larmes, je ne sais laquelle de ces deux causes lui avait rendu les yeux tout rouges. Je fis ce que je pus pour lo consoler, je le trouvai incorrigible. 11 envoie six soupirs à Sara. Je lui donnerai une ferme, car il m’a servi fidèlement, et Sara est une bonno femme. » Après toutes ses aventures par terre ou par mer, tant petites quo
grandes, cet humble Achate de notre poète a ouvert une boutique do comestibles dans Charles Street, Berkeley Square. S’il n’y fait pas ses affaires, ce ne sera pas faute du bon vouloir de tous^oux qui le connais* sent. M.
I Ici on lit la strophe suivante dans le manuscrit original :
u 11 me semble que je me trouverais heureux de renoncer & mon superbe domaine, et de redevenir enfant joyeux avec un camarade chéri. Depuis ma jeunesse, c'est à peine si j’ai passé une beure sans dégoût ou •ans douleur, à moins que ce ne soit dans le boudoir de la beauté, ou en vidant la coupe écumantc. »
■ Dans le manuscrit de l’auteur, voici comment le petit page et le bon
serviteur étaient introduits :
« Parmi les gens de sa suite était un page, un jeune paysan qui servait bien son maitre. Son babil amusait Childe-Uarold quand son &me Hère était gonflée de sombres pensées qu’il dédaignait d’exprimer. Il lui souriait alors : Alwin souriait à son tour, et les paroles du jeune page éclaircissaient le nuage qui voilait les yeux de Childe-Uarold, et suspendaient un moment ses douleurs.
« Il n’emmenait que lui et un autre serviteur en partant pour les rives lointaines de l’Orient ; et quoique l’enfant fût affligé de quitter le lac dont les bords charmants avaient vu sroitre son unfance, sa gailé ne tarda pas & renaitre à l’idée de voir des nations étrangères et beaucoup de choses merveilleuses dont parlent les voyageurs dans des volumes aussi véridiques que ceux de Mandeville. »
9 Pour dédommager de la saleté de Lisbonne et de ses habitants plus sales encore, le village de Cintra, it quinze milles environ de la capitale, est peut-être sous tous les rapports le plus délicieux qu’il y ait en Europe. 11 contient des beautés de toute espèce, tant naturelles qu’artilicie)le3 : des palais et des jardins s’élevant au milieu des rochers, des cataractes et des précipices, des couvents bâtis à des hauteurs prodigieuses, une vue lointaine de la mer et du Tagc. Ce lieu unit tout le pittoresque de l’Ecosse occidentale à la verdure du midi de la France.
1° On sait qu’en 1809 les assassinats commis par les Portugais à Lisbonne et aux environs ne se bornèrent pas A leurs compatriotes, et que des Anglais étaient égorgés chaque jour. Loin d’exiger réparation de ces attentats, on nous défendait d’intervenir quand nous aperuevions quelqu’un de nos compatriotes attaqué par nos alliés. Un soir, en me rendunt au théâtre, je Tub attaqué à une heure oh les rues ue sont pas encore désertes, et en face d’une boutique ouverte. J’étais en carrosse avec un ami : heureusement que nous étions armés, sans quoi nous aurions fait le sujet d’une histoire au lieu d’avoir à en raconter une. Le crime d’assassinat n’est pas limité au Portugal; en Sicile et A Malte, chaque nuit on vous casse la tête de la belle manière, et il u’y a pas un Sicilien ni un Maltais de puni. B.
II Vatheck est l’un des livres que j’ai le plus admirés dans ma jeunesse. B.
Diqitized by
** La convention de Cintra fat signée dans le palais du marquis de Harialva.
** Après être restés huit jours à Lisbonne, nous envoyâmes par mer h Gibraltar nos bagages et une partie de nos gens, et nous nous rendîmes t cheval à Séville. C’est une distance d’environ quatre cents milles ; les chevaux étaient excellents; nous faisions soixante-dix milles par jour.
Des œufs, du vin et des lits durs, c’était tout le comfort que nous trouvions, et dans ces climats brûlants c’en était bien assez.
14 Subséquemment sa majesté devint folle, et le docteur Willis, si habile à traiter le péricràne des rois, ne put rien faire du sien. B.
[La reine, atteinte d'aliénation mentale, ne s’est jamais rétablie. Elle mourut au Brésil en 1816.]
L’étendue de Mafra est prodigieuse; cette ville ronferme un palais, un couvent et une église mognitique. Ses six orgues sont les plus belles que j’aie jamais vues; nous ne tes entendîmes point, mais on nous dit que leurs sons étaient dignes de leur richesse.
( « A dix milles à droite de Cintra, » dit lord Byron dans une lettre à sa mère, « est le palais de Mafra, l’orgueil du Portugal sous le point de vue de la magnificence, mais sans aucune espèce d’élégance. Un couvent y est annexé; les moines, qui possèdent de gros revenus, sont fort polis et entendent le latin. J’eus avec eux une longue conversation. » — Mafra fut bâtie par Jean V, par suite du vœu qu’il avait fait, pendant une maladie dangereuse, de fonder un couvent pour l’usage de la plus pauvre confrérie du royaume. Les recherches faites, on trouva cette condition remplie k Mafra, où douze franciscains vivaient ensemble dans une hutte.]
» Tels j’ai trouvé les Portugais, tels je les ai dépeints. Depuis, ils ont fait des progrès, du moins en courage. Les derniers exploits du duc de Wellington ont efTacé les sottises de Cintra. 11 a véritablement fait des miracles : il a peut-être change le caractère d’une nation, réconcilié des i superstitions rirales, et vaincu un ennemi qui n'avait jamais reculé devant ses prédécesseurs.
»7 La fille du comte Julieu, l’Hélène de l’Espagne. Félage conserva son indépendance dans les montagnes des Asturies; et quelques siècles plus tard, les descendants do ses compagnons d’armes terminèrent la lutte par la conquête de Grenade.
Celte stance ne se trouve pas dans le manuscrit original. Elle fut écrite à Newstead, en août 1811, peu de temps après la bataille d’Albuera, qui fut livrée en mai.
t® * A Séville, nous logeâmes chez deux dames espagnoles non mariées, jouissant d’une bonne réputation ; l’ainée fort belle femme, la plus jeune très jolie. La liberté de mœurs, qui est ici générale, m’étonna un peu ; et à la suite de mes observations ultérieures , je trouve que la réserve n’est pas le caractère distinctif des belles Espagnoles. L’ainée honora votre indigne fils d’attentions particulières, l’embrassant avec beaucoup de tendresse à son départ (je n’étais resté là que trois jours), après avoir coupé une boucle de ses cheveux à lui, et lui en avoir offert
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une des siens à elle, d’une longueur d’environ trois pieds ; je vous les envoie, et vous prie de les garder jusqu’à mon retour. Ses dernières paroles furent : Adios, tû, hermoso, me gustas mucho. — Adieu, mon joli garçon ; tu me plais beaucoup. » B.
î0 Vira el rey Fernando ! Vive le roi Ferdinand ! C’est le refrain de la plupart des chansons patriotiques des Espagnols. Elles sont presque toutes dirigées contre l’ancien roi Charles, la reine et le prince de la Paix.
*1 La cocarde rouge, avec le nom de Fernando VII écrit au milieu.
** Tous ceux qui ont vu une batterie doivent se rappeler que les boulets et les bombes sont disposés en pyramides. La Sierra-Morena était fortifiée dans tous les défilés que je traversai pour me rendre à Séville.
** Tels furent les exploits de la fille de Sarragosse, que sa valeur a élevée au premier rang entre les héroïnes. Pendant le séjour de l’auteur à Séville, elle se promenait journellement au Prado, décorée des médailles et des ordres que la junte lui avait décernés.
[ Les exploits d’Augustine, la célèbre héroïne des deux sièges de Sarragosse, sont rappelés amplement dans l'un des plus beaux chapitres de V Histoire de la guerre de la Péninsule, par Southey. A l’époque oh elle fixa l’attention pour la première fois, en s’élançant dans une batterie oh son amant avait été tué, et en servant un canon à sa place, elle avait vingt-deux ans, était fort jolie, avec un caractère de beauté tout-à-fait féminine. Wilkie a peint son portrait ; Woerdsworth en parle dans sa dissertation sur la Convention, mal à propos nommée de Cintra, dont un passage se termine ainsi : — « Sarragosse a prouvé une vérité douloureuse, mais chère et consolante, à savoir, que lorsque les populations sont attaquées dans ce qu’elles ont de plus précieux, et obligées de combattre pour leur liberté, le meilleur champ de bataille, c’est le plancher théâtre des jeux de leurs enfants, les chambres oh la famille a dormi, les toits qui l’ont abritée, les jardins, les rues et les places publiques, les autels do leurs temples et les ruines de leurs maisons en flammes. » J
** Cette stance a été écrite en Turquie.
** De longs cheveux noirs, des yeux noirs langoureux, un teint olive clair, des mouvements gracieux que ne peut concevoir un Anglais accoutumé à l’air nonchalant et indifférent des femmes de son pays, joints au costume le plus avenant et le plus décent tout à la fois, rendent le pouvoir d’une beauté espagnole tout à fait irrésistible. D.
*8 Ces stances ont été écrites à Castri (l’ancienne Delphes), au pied du mont Parnasse, appelé maintenant Atxxupct (Liakura).
*7 Sur le Parnasse, en me rendant à la fontaine de Delphes (Castri), je vi3 une volée de douze aigles. Ilobhouse prétend quo c’étaient des vautours; je saisis ce présage. La veille, j’avais composé l’apostrophe au Parnasse dans Childe-Harold, et en voyant ces oiseaux, j’espérai qu’Apollon avait accepté mon hommage. J’ai du moins obtenu le nom et la gloire du poète pendant la période poétique de la vie, de vingt à trente. — Savoir si cette gloire durera, c’est une autre question ; mais j’ai adoré
la déesse du lieu qui lui est consacré , et je suis reconnaissant de co qu'elle a fait pour moi, laissant l’avenir entre ses mains comme j’ai laissé le passé. B.
s® Cadix, la charmante Cadix, est le lfeu le pins agréable du monde. La beauté de ses rues et de ses édifices n’est surpassée que par l’amabilité de ses habitants : c’est une Cythèrc complète, où se trouvent les plus belles femmes de l’Espagne. Les belles de Cadix sont pour la Péninsule ce que sont pour l’Angleterre les magiciennes du Lancashire. B.
*» J’ai écrit ceci à Thèbes, et par conséquent je ne pouvais être mieux placé pour faire cette question et en obtenir la réponse. Ici, Thèbes n’est pas considérée par moi comme la patrie de Pindare, mais comme la capitale de la Béotie, où la première énigme fut proposée et expliquée. B.
s» Lord Byron fait ici allusion à un usage ridicule en vigueur autrefois dans les auberges et les cabarets d’Highgate : cet usage consistait à faire prêter un serment burlesque à tous les voyageurs de la classe moyenne. L’individu devait jurer sur une paire de cornes : « de ne jamais embrasser la servante quand il pourrait embrasser la maîtresse de la maison, de ne jamais manger du pain bis quand il pourrait en manger du blanc, de ne jamais boire de la petite bière quand il pourrait boire de la bière forte ; » et autres injonctions du même genre , auxquelles était toujours annexée ia clause résiliatoire suivante : « à moins que vous ne le préfériez. »
** A la place de ces stances, qui furent composées à Athènes le 2S janvier 4 810, et qui, selon M. Moore, contiennent les plus sombres touches de tristesse qui soient jamais sorties de la plume de lord Byron, nous trouvons celles-ci dans le premier brouillon de ce chant :
Oh ! ne parlez plus des climats du Nord et des dames anglaises! vous n’avez pas vu comme moi la jolie fille de Cadix. Si elle n’a pas les yeux bleus et les blonds cheveux de la jeune Anglaise, combien son regard expressif l’emporte sur l’azur d’un œil languissant !
Comme Prométhée, elle ravit au ciel la flamme qui, à travers ses longs cils soyeux, brille dans les noires prunelles de ses yeux, qui ne peuvent contenir leurs éclairs ; à voir sur son sein de neige retomber en tresses ondoyantes sa noire chevelure, vous diriez que ces boucles sont douées de sentiment, et caressent ce cou sur lequel elles serpentent.
Nos jeunes Anglaises sont longtemps à se rendre, et froides jusquo dans la possession ; et si leurs charmes plaisent à la vue, leurs lèvres sont lentes ù confesser l’amour; mais, née sous un plus chaud soleil, la jeune Espagnole fut créée pour aimer, et lorsqu’elle vous a donné son cœur, quelle est celle qui vous enchante comme la jolie fille de Cadix?
La jeune Espagnole n’est point coquette; elle ne prend pas plaisir ù voir trembler son amant; soit qu’elle aime, soit qu’elle haïsse, elle no
sait pas dissimuler. Elle ne trafique pas de son cœur; lorsqu’il bat, c’est en toute sincérité, et bien qu’on ne puisse l’acheter & prix d’or, il tous aimera longtemps et tendrement.
La jeune Espagnole qui accueille votre amour ne voub désole jamais par des refus affectés ; car toutes ses pensées ont pour but de vous prouver son dévouement dans les moments d’épreuve. Quand les soldats de l’étranger menacent l’Espagne, elle s’arme et prend sa part du péril; et si son amant vient à mordre la poussière , elle saisit la lance et le venge.
Soit qu'à la clarté d’un beau soir elle so mêle au joyenx boléro, ou chante sur sa guitare le chevalier chrétien et le guerrier maure; soit qu’à l’heure du crépuscule sa blanche main compte les grains de son rosaire, et que sa voix se joigne au choeur pieux des jeunes filles qui chantent les saintes vêpres;
11 est impossible de la voir sans que le cœur soit ému. Que des femmes moins belles ne la blâment donc pas si son cœur n’a pas plus de froideur ! J’ai parcouru de nombreux climats : j’y ai vu bien dos beautés charmantes, mais nulle à l’étranger, et bien peu dans ma patrie, qu’on puisse comparer à la jolie brune de Cadix.
** Allusion à la conduite et à la mort de Solano, gouverneur de Cadix, en mai 4809.
ss « Guerre jusqu’aux couteaux I » Réponse de Paiafox à un général français au siège de Sarragosse.
St L’honorable John Wingfleld, officier aux gardes, qui mourut de la fièvre à Coimbre. Je l’avais connu dix ans, la meilleure moitié de sa vio et la plus heureuse portion de la mienne. Dans ie court espace d'un mois j’ai perdu celle qui m’avait donné l’existence, et la plupart de ceux qui me la rendaient supportable. Pour moi ces vers d’Young se sont vérifiés :
« Insatiable archer, n’était-ce pas assez d’une victime? Trois fois ta flèche est partie, et trois fois tu as immolé la paix de mon cœur avant que la Inné eût trois fois rempli son croissant !