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Il advint aussi que lorsqu’il se préparait enfin à quitter ces montagnes, le pays était infesté de brigands qui portaient au loin le fer et la flamme; il prit une escorte fidèle d’hommes vaillants au combat et endurcis aux fatigues, pour l’accompagner à travers les vastes forêts de l’Acarnanie, jusqu’à l’endroit où l’Achéloüs roule ses blanches ondes, et d’où le regard découvre les plaines de l’Étolie.
Au lieu où Ulraikey forme son anse arrondie, dans laquelle les vagues se retirent pour briller en repos , comme il est sombre le feuillage de ces arbres qui couronnent la verte colline, et se balancent , à minuit, sur le sein de la baie tranquille, pendant que la brise légère qui souffle du nord baise sans le rider le cristal poli d’une mer d’azur! Ici Harold reçut un accueil hospitalier ; il ne put contempler sans émotion ce gracieux tableau; car dans la nuit et sa douce présence son cœur trouvait une ineffable joie.
OEUVRES DE LORD BTROSf.
Les feux de la nuit élaient allumés sur le rivage, le repas était terminé ; la coupe pleine de vin pourpré circulait rapidement, et celui que le hasard eût amené en ce lieu eût été émerveillé. Avant que l’heure silencieuse de minuit fût passée, les palikares commencèrent la danse de leur pays. Chacun déposa son sabre, et, se tenant tous par la main, la troupe se mit en branle en hurlant un chant barbare.
Childe-Harold, se tenant à l’écart, contempla, non sans plaisir, leurs ébats et leur joie rude, mais inoffensive. Et, en effet, il faisait beau voir leur gaieté barbare, mais décente, leurs visages où se reflétait la flamme, leurs gestes pleins de vivacité, leurs yeux noirs et brillants, leurs longs cheveux retombant en boucles jusqu’à la ceinture, tandis qu’ils entonnaient en chœur ces paroles, moitié chantées, moitié hurlées :
Tambourgi ! Tambourgi 80 ! vos sons cbers à la gloire Promettent aux vaillams la guerre et la victoire;
Ils vont porter la joie à Chimère, à Souli.
Les ûls des montagnards au loin ont tressailli *1.
Sons sa capote à poils et sa blanche tonique.
Qui plus qu’un Soulioto est fort et courageux?
Abandonnant au loup son troupeau pacifique,
Dansia plaine il descend comme un fleuve orageux.
D’un ami déloyal quand je punis l’offense,
Mon ennemi vivrait ! Non, de par loua le* dieux 1 Mon fidèle fusil servira ma vengeance;
Le coeur d’un ennemi, quel but plus glorieux?
La Macédoine envoie nne race vaillante ;
Du sein do leurs forêts ils ont pris leur essor i Des écharpes de feu la couleur éclatante A la fin du combat sera plus rouge encor.
Parga, fille des eaux! tes enfants intrépides.
Dont les mains au Franc p&le ont su donner des fers. Abandonnant la rame et leurs barques rapides.
Conduiront le captif au bord des flots amers.
Je ne demande pas du plaisir, des richesses;
Ce qu’achèle le faible est conquis par le fort.
Mon sabre me vaudra la vierge anx longues tresses.
En dépit d’une mère et de son vain effort.
En sa verte saison j’aime la jeune fille;
Ses baisers et ses chants ont pour moi des appas.
Qu’elle apporte sa lyre, et que sa voix gentille De son père immolé nous chante le trépas.
Le jour oh succomba Prévesa saccagée.
Rappelez-vous les cris des vaincus, des vainqueurc;
Les toits furent brûlés, la richesse égorgee.
Mais le fer épargna la jeune tille en pleurs.
A qui sert le visir ne parlez pas de crainte ;
Son coeur par la pitié ne peut être amolli.
Depuis que Mahomet a donné sa loi sainte.
Le croissant n’a point vu de chef plus grand qu’Ail.
11 est parti, Monctar**, et ses coursiers sont vîtes.
Devant son étendard le giaour a pâli.
Combien vivront encor dans les rangs moscovites Après qu’aura brillé le 6abre du deihi ** ?
Sélictar ** ! du fourreau tire le cimeterre !
Tambourgi ! donnez-nous le signal de la guerre !
Montagnes! vos enfants partent pour les combats.
Ils reviendront vainqueurs, ou ne reviendront pas !
Lxrm.
Belle Grèce, triste reste d’une gloire qui n’est plus! disparue et pourtant immortelle, déchue et grande encore ! qui maintenant guidera tes enfants épars ? qui brisera leur esclavage qu’un long temps a consacré ? Ah ! qu’ils ressemblent peu, ces Grecs, à tes fils d’autrefois, qui, victimes sans espoir, marchèrent à un trépas volontaire dans le défilé sépulcral des froides Therraopyles ! Oh ! qui rallumera ce généreux courage, et, s’élançant des rives de l’Eurotas, l’éveillera dans ton cercueil ?
0 Génie de la Liberté, lorsqu’aux remparts de Phylé lu étais avec Thrasybule et sa troupe d’immortels conjurés,
pouvais-tu prévoir les temps douloureux qui détruisent le charme et fanent la verdure de cette plaine de l’Allique, ton glorieux domaine? Ce n’est pas h trente tyrans qu’est asservie aujourd’hui la Grèce; à chaque pas on y rencontre un brutal oppresseur. Ses fils ne se révoltent point ; ils se bornent à de vaines railleries, tremblants sous la main musulmane qui les châtie ; naissant, mourant esclaves. Leurs paroles, leurs actes n’ont plus rien de l’homme.
Combien ils sont changés en tout, sauf la forme extérieure! En voyant le feu qui étincelle dans leur regard, qui ne croirait que leur cœur brûle de nouveau de ta flamme non éteinte, ô liberté perdue? Beaucoup d’entre eux rêvent encore que l’heure approche qui doit leur rendre l’héritage de leurs pères. Ils soupirent après les armes et les secours de l’étranger; et ils n’ont pas le courage de combattre leurs féroces ennemis, et d’effacer leur nom déshonoré du livre funèbre de l’esclavage.
Esclaves héréditaires! ne savez-vous donc pas que ceux qui veulent être libres doivent s’affranchir de leurs propres mains? C’est une conquête qu’ils ne doivent attendre que do leurs bras. Votre délivrance sera-t-elle l’ouvrage du Gaulois ou du Moscovite ? Non ! ils triompheront peut-être de vos oppresseurs, mais les autels de la liberté ne s’allumeront pas pour vous! Ombres des Ililoles, triomphez de vos tyrans! Grèce, tu as beau changer de maîtres, ta destinée reste la même; c’en est fait des jours de la gloire, mais non de tes jours de honte.