LXXXVIII
Partout où l’on marche, la terre est consacrée et sainte ! Nulle portion de ton sol n’offre un aspect vulgaire; on est partout entouré de merveilles; toutes les ticlions de la Muse semblent des vérités, jusqu’à ce que l’œil se fatigue à contempler cette patrie de nos premiers rêves. Là , il n’est pas de colline, de vallon, de forêt ou de plaine qui ne brave la
puissance qui a couché les temples dans la poudre : le Temps a ébranlé les tours d’Athènes, il a épargné le vieux Marathon.
Lxxxrx.
C’est le même soleil , le même sol , mais non le même esclave qui le cultive; il n’a changé que de maître étranger le champ de bataille où la horde des Persans courba la tête pour la première fois devant le glaive des Hellènes ; il a conservé ses limites et sa gloire impérissable, comme en ce jour cher à la gloire où le nom de Marathon devint une parole magique **, qu’on ne peut prononcer sans évoquer aux regards de celui qui l’entend , le camp, les deux armées, le combat, la victoire.
Ici fuyait le Mède, dépouillé de ses flèches, et emportant son arc brisé. Là, le Grec menaçant le poursuivait de sa lance sanglante et victorieuse; en haut les montagnes, en bas la plaine et l’Océan ! la Mort en tête ! la Destruction à l’arrière-garde ! c’était là le tableau. Qu’en reste-t-il maintenant? Quel trophée signale cette terre consacrée qui vit sourire la liberté et pleurer l’Asie ? Des urnes spoliées, des lombes violées, et la poussière que fait jaillir sous ses pas le coursier d’un Barbare.
Et pourtant aux débris de ta splendeur passée les pèlerins pensifs ne se lasseront pas d’accourir ; longtemps encore le voyageur, poussé par le vent d’Ionie, saluera la patrie brillante des poètes et des guerriers. Longtemps, et sur plus d’un rivage, dans tes annales et ta langue immortelle, la jeunesse s’enivrera de ta gloire ! orgueil des vieillards, leçon des jeunes hommes, toi que le sage vénère et le poète adore quand Pallas et la Muse nous ouvrent leurs trésors sacrés.
xcu.
Aux rives étrangères le cœur soupire après la patrie, pour peu que des liens amis l’attachent à ses foyers; qu’il y retourne, celui à qui son exil pèse, et qu’il repose ses regards charmés sur la terre paternelle. La Grèce n’est point
LE PÈLERINAGE DE CH IL DE-HAROLD. CH. H. 3i9 le séjour de la gaieté et des joies légères ; mais ceux pour qui la tristesse a des charmes pourront s’y plaire, et ils ne regretteront point le sol natal alors qu’ils promèneront lentement leurs regards sur les rives sacrées de Delphes, ou contempleront les plaines qui ont vu mourir le Grec et le Persan.
Que ceux-là visitent celte terre consacrée, et traversent en paix ce magique désert ; mais respectez ses débris ; — qu’une main imprudente ne défigure pas un tableau qui ne l’est déjà que trop ! Ce n’est pas dans ce but que furent élevés ces autels : révérez des ruines que des nations ont révérées; que celte honte soit épargnée au nom de ma patrie; et puissiez-vous, en retour, prospérer aux lieux qui ont vu croître vos jeunes ans, et y goûter toutes les joies vertueuses de l’amour et de la vie !