‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 161 sur 201 · XC1V · texte numérisé non relu

XC1V

Pour toi , qui , dans ce chant déjà trop prolongé, as voulu par des vers sans gloire amuser les loisirs, ta voix sera bientôt étouffée au milieu de la foule des bardes de nos jours; ne leur dispute point un laurier périssable; celte lutte ne saurait intéresser l’homme qui voit d’un œil indifférent et le blâme amer et la louange partiale ; car ils ne sont plus les cœurs amis dont il eût ambitionné le suffrage ; et à qui cherchera- t-il à plaire celui qui n’a plus rien à aimer?

Et toi aussi , tu n’es plus, femme charmante et qui me fus si chère ! toi que la jeunesse et ses affections unissaient à moi , qui fis pour moi ce que nul autre n’a fait, et ne dédaignas pas un cœur indigne de toi. Que suis-je maintenant? Tu as cessé de vivre, tu n’as point attendu le retour de celui qui errait loin de loi , et qui pleure maintenant sur des jours que nous ne reverrons plus! Oh! pourquoi ont-ils existé? que ne sont-ils encore dans l’avenir ! Ne suis-je donc revenu que pour trouver de nouveaux motifs de fuir encore!

O femme aimante autant qu’aimable, et tendrement aimée ! comme la douleur égoïste s’absorbe dans le passé, cl

presse contre son cœur des pensées qu’elle ferait mieux d’écarter ! mais ton image est la dernière que le temps eflacera de mon àme. O Mort impitoyable ! tout ce que tu pouvais avoir de moi , tu l’as aujourd’hui : une mère d’abord , puis un ami, et maintenant plus qu’un ami; jamais tes traits ne se sont succédé aussi rapidement, et tes coups, accumulant sur moi douleur sur douleur, m’ont retiré le peu de joie que la vie me gardait encore.

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Irai-je donc me plonger de nouveau dans la foule, et y chercher tout ce que dédaigne un cœur paisible? En ces lieux où préside l’orgie, où le rire hausse vainement la voix , et, interprète mensonger du cœur, fait grimacer la joue livide et creuse, pour ne laisser après lui qu’un surcroît d’abattement et de faiblesse, c’est en vain que les traits empreints d’une allégresse forcée s’exercent à feindre le plaisir, h dissimuler le dépit; le sourire y forme le sillon d’une larme h venir, et dissimule mal le dédain sur la lèvre convulsive.

Quel est le pire des maux qui accompagnent la vieillesse? qu’est-ce qui imprime au front la ride la plus profonde? C’est de voir tous ceux que nous aimons effacés successivement du livre de vie, et de rester seul sur la terre comme je suis maintenant ,7. Je m’incline humblement devant le Dieu qui châtie, sur les ruines de cœurs brisés, d’espérances détruites. Jours inutiles, coulez ! insouciant / je verrai votre fuite, puisque le Temps a ravi à mon âme tout ce qui faisait sa joie, et môlé à mes jeunes années les douleurs du vieil âge.

NOTES

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