DU CHANT SECOND DU PÈLERINAGE DE CHILDE-HAROLD
' Une partie de l’Acropolis fut détruite par l’explosion d’un magasin à poudre pendant le siège d’Athènes par les Vénitiens. B.
* Dans le manuscrit original, nous trouvons, A propos de cette stance, la note suivante. L’auteur la retrancha, dans la crainte, dit-il, qu’on ne
la considérât moins comme une défense que comme une attaque à la religion. — « Dans ce siècle de bigoterie, oh le puritaiu et le prêtre ont changé de place, et oh le malheureux catholique est puni des fautes de ses pères pendant un nombre de générations beaucoup plus considérable que ne l’exige le commandement, les opinions exprimées dans ces stances seront sans doute l’objet de plus d’un anathème dédaigneux; mais qu’on se rappelle que leur caractère est celui d’un scepticisme de découragement et non d’ironie. »
* Les Grecs n’ont pas toujours été dans l’usage de brûler leurs morts; Ajax, fils de Télamon, lut enterré. La plupart des héros devenaient dieux après leur décès : il fallait être bien peu de chose pour n’avoir pas des jeux annuels célébrés sur sa tombe, ou des fêtes instituées en sa mémoire, comme on fit pour Achille, Brasidas et même Antinoüs, dout la mort fut aussi héroïque que sa vie avait été infâme.
* Lord Byron composa cette stance à Newstead, en octobre 1811, en apprenant la mort de son ami de Cambridge, le jeune Eddlestone.
s « La pensée et l’expression de ce passage, » dit le professeur Clarke dans une lettre adressée à Byron, « rappellent le style et la manière de Pétrarque. »
8 Le temple de Jupiter Olympien, dont il existe encore seize colonnes toutes de marbre. 11 y en avait primitivement cent cinquante. 11 en est qui ont prétendu qu’elles avaient appartenu au Parthénon.
7 Je ne puis résister au désir de profiter de la permission que m’a donnée mon ami le docteur Clarke, dont le nom rend tout éloge inutile, mais dont l’autorité ajoutera un grand poids à mon témoignage. Voici ce qu’il m’écrit dans une lettre obligeante, en m’autorisant â l’ajouter comme note aux vers qu’on vient de lire : — « Lorsqu’on enleva du Parthénon la dernière des métopes, les ouvriers employés par lord Elgin dans ce déplacement, laissèrent tomber une grande partie des bas-reliefs, ainsi que l’un des triglyphes; le disd&r, voyant le dommage causé à l’édifice, ôta sa pipe de sa bouche, versa une larme, et d’un ton de voix suppliant, dit à Lusiéri : TtXoc! — J’étais présent. * Le disdar dont il est ici question était le père du disdar actuel. B.
8 Selon Zosime , Minerve et Achille éloignèrent par leur présence Alaric de l’Acropolis ; mais d’autres rapportent que le roi goth fit presque autant de mal que le pair d’Ecosse. Voir Chandler.
* Pour empêcher les blocs ou leB éclats de bois de tomber sur le pont du vaisseau pendaut le combat.
io L’un des délices de lord Byron, comme il le dit lui-même dans l’un de ses journaux, était, après s’ètre baigné dans un endroit écarté, de s’asseoir au sommet d’un roc, au bord de la mer, et de rester lâ des heures entières occupé à contempler le ciel et les flots. « Sa vie,» dit sir Egerton Brydges, « était comme scs vers, d’un véritable poète, li pouvait dormir, et dormit fréquemment, en effet, dans sa redingote de voyage, sur le pont du navire, entouré du mugissement des vents et des vagues; une croûte de pain et un verre d'eau suivaient à sa subsistance. Un me
persuadera difficilement que celui qui a des habitudes factices et les
manières d’un fat, puisse produire une belle poésie. »
*1 Dans un homme d’imagination tel que lord Byron, qui, tout en mêlant une si grande portion de sa vie à sa poésie, mêlait aussi un peu de poésie à son existence, dit M. Moore , il est difficile, en déroulant le tissu de ses sentiments, de distinguer toujours entre le fictif et le réel. Ainsi, par exemple, ce qu’il nous dit ici de l’insensibilité de cœur avec laquelle il contempla les charmes de cette dame attrayante, est en contradiction directe avec la teneur de plusieurs de ses lettres^et entre autres de l’une de ses plus gracieuses pièces de vers, adressée à la même personne pendant un orage sur la route de Zitza.
** Il suffit d’opposer à ce passage la déclaration qui se trouve dans l’une des lettres du poète, eu 1821 : — a Je ne suis ni un Joseph, ni un Scipion, mais j’affirme sur mon honneur que je n’ai jamais séduit aucuno femme. »
is Leucade, aujourd’hui Sainte-Maure. C’est du haut de son promontoire, le rocher de l’Amour, qu’on dit que Sapho se jeta il la mer.
il II suffit de nommer Actium et Trafalgar. La bataille de Lépantc, aussi importante et aussi meurtrière, mais moins connue, fut livrée dans le golfe de Patras. L’auteur de Don Quichotte y perdit la main gauche.
i* On dit que la veille de la bataille d’Actium, Antoine avait treize rois à son lever. — « Aujourd’hui , 12 novembre, j’ai vu les restes de la ville d’Actium, près de laquelle Antoine perdit l’empire du monde, dans une petite baie oit deux frégates auraient peine à manœuvrer. Dans une autre partie du golfe, on trouve les ruines de Nicopolis, bâtie par Auguste en l’honneur de sa victoire. » B-
t* Nicopolis, dont les ruines sont très vastes, est située à quelque distance d’Actium. 11 reste encore quelques fragments du mur de l’hippodrome. Ces ruines se composent de grands ouvrages de briques réunies entre elles par des interstices de ciment aussi larges que les briques elles-mêmes, et également durables.
i? Selon Pouqueville, c’est le lac de Janina. Mais Pouqueville est souvent en défaut.
18 Le célèbre Ali-Pacha. On trouve sur ce personnage extraordinaire des détails erronés dans Pouqueville. — « Je quittai Malte sur le brick de guerre le Spider, le 21 septembre, et arrivai en huit jours à Prévesa. De là je traversai l'intérieur de la province d’Albanie pour visiter le pacha & Tépalen, maison de campagne de son altesse, où je restai trois jours. Le pacha s’appelle Ali ; on le regarde comme un homme d’un grand talent; il gouverne toute l’Albanie (l’ancienne lliyrie), l’Épire, et une partie de la Macédoine. B.
i® Au milieu des rochers, et dans le château de Souli, cinq mille Souliotes tinrent tête pendant dix-huit ans à trente mille Albanais. Le château, à la fin, fut pris par trahison. Cette lutte présenta un grand nombre dactes dignes des beaux jours de la Grèce.
1° Le courent et le tillage de Zitza sont situés à quatre heures de marche de Joannina ou Janina, capitale du pacbalick. Dans la vallée coule la rivière Calamas, autrefois l’Achéron, qui, non loin de Zitza, forme une belle cataracte. Ce site est peut-être le plus beau de la Grèce ; cependant les environs de Delvinachi et certaines parties de l’Acarnanie et de l’Ètolie peuvent lui disputer la palme. Delphes, le Parnasse, et dans l'Attique le cap Colonne lui-mème et le port Raphti, ne sauraient lui être comparés, non plus que l’Ionie et laTroade. Je serais tenté d’y ajouter les environs de Constantinople, mais le caractère des deux sites est si différent qu’il n’y a aucune comparaisou & établir entre eux. » B.
** Les montagnes Chimariotes paraissent avoir été anciennement volcaniques.
11 Appelée maintenant Kalamas.
•* Manteau albauais.
** Anciennement le mont Tomarns.
** La rivière Laos était haute quand l’auteur la traversa; un peu audessus de Tépaien, elle semble avoir à peu près la largeur de la Tamiso & Westminster; du moins ce fut là l’opinion de l’auteur et de son compagnon de voyage. Dans l’été, elle doit être beaucoup plus étroite. C’est sans contredit la plus belle rivière du Levant; l’Achéloüs, l’Alpbéo, l’Acbéron, le Scamandre, le Calstre, n’en approchent ni pour la largeur, ni pour la beauté.
*6 « Ali-Pacha, apprenant qu’un Anglais de distinction était arrivé dans ses États, donna ordre au commandant de Janina de mettre à ma disposition une maison , et de me fournir gratis tout ce qui me serait nécessaire. Je montai les chevaux du visir, et visitai ses palais et ceux de ses petits-llls. Je n’oublierai jamais le spectacle singulier qui frappa ma vue en entrant à Tépaien à cinq heures de l’après-midi (H octobre), au moment du coucher du soleil. Cette vue me rappela (sauf le costume toutefois) le système féodal ainsi que la description que donne Scott du château de firanksome dans le Lai du Dernier Me'neitrel. Les Albanais dans leur costume (le plus magnifique du monde, consistant en une longue tunique blanche, un manteau brodé d’or, veste et gilet de velours galonnés d’or, pistolets et poignard montés en argent), les Tartares avec leur haut bonnet, les Turcs arec leur ample pelisse et leur turban, les soldats et les esclaves noirs avec les chevaux, les premiers réunis en groupe dans une immense galerie donnant sur la façade du palais, les derniers placés dans une espèce de cloitre au-dessous; deux cents coursiers tout harnachés et prêts à recevoir leurs cavaliers ; des courriers entrant et sortant avec leurs dépêches ; le bruit des timbales, la voix du muezzin annonçant l’heure du haut du minaret de la mosquée ; — si l’on y ajoute l’aspect singulier de l’édifice lui-même, tout cela formait pour un étranger un spectacle neuf, délicieux. On me conduisit dans un fort bel appartement, et le secrétaire du visir vint s’informer de ma santé à 1a mode turque, a D.
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OEUVRES DE LORD BVltOîl.
*7 « Le 42, je fus présenté & Ali-Pacha. Le visir me reçut dans une grande pièce pavée de marbre; il y avait au centre an jet d’eau. 11 me reçut debout, compliment extraordinaire de la part d’un musulman, et me fit asseoir & sa droite. La première question qu’il m’adressa fut pourquoi, si jeune encore, j’avais quitté mon pays. 11 me dit alors que le résident anglais lui avait appris que j’appartenais à une grande famille, et me pria de présenter scs respects à ma mère, ce que je fais maintenant au nom d’Ali- Pacha. 11 me dit qu’il avait la certitude que j’étais d’une illustre naissance, parce que j’avais les oreilles petites, les cheveux bouclés et de petites mains blanches. Il me dit de le considérer comme un père tant que je resterais en Turquie, ajoutant qu’il me regardait comme son propre fils. Et, en effet, il me traita tout it fait comme un enfant, m’envoyant des amandes, des sorbets sucres et des bonbons vingt fois par jour. Après le café et les pipes, je me retirai. » B.
** M. Uobhouse représente le visir comme un homme trapu, d’enviren cinq pieds cinq pouces, très gras, la mine fort agréable, teint clair, visage rond, yeux bleus et vifs, fort éloignés do la gravité turque. Le docteur Holland compare la vivacité qui perçait à travers l’extérieur habituel d’Ali au feu d’un poêle brûlant avec force sous une surface unie et polie. Quand le docteur revint d’Albanie, en 4815, il apporta à lord Byron une lettre du pacha. « Elle est en latin, » dit le poète, « et commence par Exoellentisiime nec non caritsime, et se termine par la demande d’un fusil qu’il désire qu’on lui fasse faire. Il me dit que le printemps dernier il a pris une ville ennemie où, il y a quarante ans, on avait traité sa mère et scs sœurs comme miss Cunëgonde fut traitée par la cavalerie bulgare. 11 prend la ville, choisit tous les survivants des enfants, petits-enfants, etc., de cet exploit, formant en tout environ six cents, et les fait fusiller devant lui. Voilà pour le très cher ami. »
*» Le sort d’Ali fut précisément tel que le poète l’avait prédit. Sa têto fut envoyée à Constantinople et exposée aux portes du sérail. Comme le nom d’Ali avait fait beaucoup de bruit en Angleterre, en conséquence de ses négociations avec sir Thomas Maitland et peut-être aussi de ces stances de lord Byron, un marchand de Constantinople crut faire une excellente spéculation en achetant sa tête pour la faire exposer à Londres. Mais ce projet fut déjoué par la piété d’un vieux serviteur du pacha, qui offrit au bourreau une somme plus forte, et donna à cette dépouille de son maître une sépulture décente.
»<* Tambours.
Ces stances sont tirées en partie de diverses chansons albanaises, autant du moins que j'ai pu les comprendre dans le romaïque et l’italien des Albanais.
** Nom de l’un des fils d’ Ali-Pacha.
*3 Cavalier musulman.
** Porte-glaive.
*s Byron dit en parlant de Constantinople : n J’ai vu les raines d’Athènes, d’Éplièse et de Delphes; j’ai traversé une grande portion de la Tur-
LE PÈLEUINAGE DE CniLDE-ÜAttOLD. Cn. III.
qule, plusieurs autres parties de l’Europe et quelques-unes de l’Asie, mais jamais aucune œuvre de la nature ou de l’art n’a produit sur moi autant d’impression que le tableau qu’on découvre A gauche et à droite depuis les Sept-Tours jusqu’à l’extrémité de la Corne-d’Or.
*« « Siste, viator, heroa calcas. » C’était l’épitaphe écrite sur la tombe du fameux comte Merci. Quels ne doivent pas être nos sentiments quand nous foulons le tumulus des deux cents qui tombèrent à Marathon ! Le principal monticule a été récemment ouvert par Faitvel ; cette excavation ne fit découvrir que peu de reliques, à l’exception de quelques vases, etc.
On a offert de me vendre la plaine de Marathon pour la somme de 46,000 piastres, environ 900 1. st. (22,500 fr.). Hélas ! — « — Expende quoi lihras in duce summo — incenies ! » Est-ce donc là tout ce que valait la cendre de Miltiade ? Vendue au poids, elle eût rapporté davantage. B.
st Cette stance fut composée le H octobre (81 1. Ce jour-là le poète écrivait à un ami : — «Il semble que je sois destiné à éprouver dans ma jeunesse tous les malheurs de la vieillesse ; mes amis tombent de toutes parts autour de moi, et je resterai arbre solitaire avant d’avoir été flétri.
Les autres hommes peuvent se réfugier dans leurs familles ; moi je n’ai de ressource que dans mes réflexions, et elles ne m’offrent dans le présent et l’avenir d’autre perspective que la satisfaction égoïste de survivre à mes amis. Je suis bien malheureux. » — « Sans doute, » dit à propos de cette stance le professeur Clarke à l’auteur des Loisirs littéraires, » lord Byron n’a point ressenti les douleurs poignantes que semblent indiquer ces admirables allusions à ce qu’ont éprouvé des hommes plus avancés en âge. » — « Je crains qu’il ne les ait ressenties, ces peines, » répondit Mathias ; ■ sans quoi il n'eût jamais écrit un pareil poème. »