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Cependant, que leurs cendres reposent en paix; car s’ils ont commis des fautes, ils les ont expiées. Il ne nous appartient pas de les juger, encore moins de les condamner. Un jour peut-être ces mystères seront révélés h tous, — ou bien la Crainte et l’Espoir s’endormiront sur le même oreiller; mais alors nous ne serons plus, et notre poussière sera la proie des vers; et quand elle se ranimera, selon notre
croyance, ce sera pour être pardonnée ou pour subir le châtiment qu’elle aura mérité.
Mais laissons là les ouvrages des hommes pour lire de nouveau dans celui que le Créateur déploie devant moi, et terminons celte page qui s’alimente de mes rêveries, et que j’ai déjà trop prolongée. Les nuages suspendus au-dessus de ma tête se dirigent vers les blanches Alpes; il faut que je les franchisse, et que j’examine tout ce qui sera accessible à mes regards pendant que je gravirai ces immenses et colossales régions, où la Terre soumet à ses embrassements les Puissances de l’air.
ex.
Italie! Italie! quand le regard te contemple, l’âme s’illumine soudain de la lumière des siècles. Depuis le fier Carthaginois qui faillit te conquérir, jusqu’à la dernière auréole de guerriers et de sages qui glorifie tes annales sacrées, lu servis de trône et de tombe aux empires: et aujourd’hui encore c’est de Rome impériale, de la cité aux sept collines, que coule la source éternelle à laquelle vont s'abreuver les -s âmes dévorées de la soif de connaître.
J’interromps ici une tâche reprise sous de funestes auspices : — sentir que nous ne sommes pas ce que nous avons été; estimer que nous ne sommes pas ce que nous devrions être; — armer son cœur contre lui-même; cacher avec un soin superbe l’amour comme la haine, tout ce qui, — passion, sentiment, projet, douleur ou zèle, — constitue notre pensée dominante, c’est là pour l’àme une rude épreuve; n’importe, — elle est faite.
Quant à ces paroles, ainsi revêtues de la forme poétique, il se peut que ce ne soit qu’une ruse innocente, qu’un coloris jeté sur les scènes fugitives qui passent devant moi, et que je voudrais saisir pour distraire un instant mon cœur ou celui des autres. La jeunesse est altérée de gloire. — Mais je ne suis pas assez jeune pour considérer le blâme ou le T. I. 25
sourire des hommes comme un arrêt définitif d’obscurité ou de gloire; qu’on se souvienne de moi ou qu’on m’oublie; seul je me suis tenu, seul je me tiendrai.
CXIlï.
Je n’ai point aimé le monde, ni le monde moi ; je n’ai point flatté son souffle fétide, ni ployé un genou patient devant ses idoles, ni façonné mon visage au sourire, ni fait de ma voix un écho adulateur. Dans la foule, les hommes n'ont pu me prendre pour l’un des leurs; j’étais au milieu d’eux, je n’étais point l’un d’eux. Enseveli dans mes pensées, je ne partageais pas leurs pensées; et c’est ainsi que je serais encore si mon âme ne s’était armée de résolution et domptée elle-même.
Je n’ai point aimé le monde, ni le monde moi; mais séparons-nous en amis loyaux. Je crois, bien que mon expérience me dise le contraire, qu’il y a encore des paroles vraies, — des espérances qui ne trompent pas, — des vertus indulgentes, et qui ne tendent pas de pièges aux cœurs fragiles; je crois aussi qu’il en est qui s’apitoient sincèrement sur les douleurs d’autrui ; qu’il en est un ou deux icibas qui sont presque ce qu’ils paraissent; que la bonté n’est pas un mot, ni le bonheur un rêve.
Ma fille ! c’est avec ton nom que ce chant a commencé ; ma fille, qu’avec ton nom encore il se termine ! — Je ne te vois pas, — je ne t’entends pas ; — mais nul n’est plus absorbé en toi ; tu es l’amie vers laquelle se projettent les ombres de mes années à venir. Peut-être ne verras-tu jamais mon visage, mais ma voix se mêlera à tes rêves ; elle pénétrera jusqu’à ton cœur — quand le mien sera glacé, — et ses accents s’élèveront vers loi du fond même de la tombe de ton père.
Aider au développement de ton esprit, épier l’aube de les joies enfantines, — te regarder croître sous mes yeux, — te voir saisir la connaissance des objets, — qui tous sont encore
pour toi des merveilles, — t’asseoir légèrement sur mon genou, imprimer sur ta joue charmante le baiser d’un père, — tout cela sans doute ne m’était pas réservé ; et pourtant tout cela était dans ma nature : il y a là quelque chose qui me le dit.
crvn.
Cependant, dût-on te faire un devoir de me haïr, je sais que tu m’aimeras; dût-on te cacher mou nom, comme un mot empreint encore de désolation, comme un titre anéanti; dût la tombe se fermer entre nous, n’importe, — je sais que lu m’aimeras. Quand on essaierait de faire sortir de ton être tout le sang qui est à moi, et qu’on y parviendrait, — tout serait inutile, — tu ne m’en aimerais pas moins, tu conserverais encore ce sentiment plus fort que la vie.
ctvm.
Enfant de ma tendresse, — quoique née dans l’amertume et nourrie dans les angoisses; ce furent là les éléments de ton père, — ce sont aussi les tiens. Leur influence t’entoure déjà. — Mais ton feu sera plus modéré et tes espérances plus brillantes. Doux soit le sommeil de ton berceau! Du sein de l’Océan, et du sommet des monts où maintenant je respire, j’appelle sur toi toute la félicité dont je me dis en soupirant que tu aurais été pour moi la source.
NOTES