DU CHANT TROISIÈME DU PÈLERINAGE DE CHILDE-HAROLD
«Dans une lettre inédite datée de Vérone, 6 novembre 1816, lord Byron dit : «A propos, le nom d ’Ada, que j’ai trouvé dans notre généalogie sous le régne du roi Jean, était celui de la soeur de Charlemagne, ainsi que je l’ai lu l’autre jour dans un ouvrage sur le Rhin,*
* Lord Byron quitta l’Angleterre pour la seconde et dernière fois le 25 avril 1816, accompagné de William Fletcher et de Robert Rusbton, le bon serviteur et le page du chant premier, de son médecin le docteur Polidori, et d’un valet suisse.
* Le premier et le second chant du Pèlerinage de Childe-Barold, lort de leur apparition en 1812, produisirent sur le public au moins autant d’effet qu’aucun ouvrage qui ait été publié dans ce siècle ou dans le siècle dernier, et lord Byron obtint dès son entrée dans la carrière la palme
après laquelle d’autres hommes de génie ont longtemps soupiré et qu’ils n’ont obtenue que très tard. Il fut placé par une acclamation unanime au premier rang des écrivains de son pays. Ce fut au milieu de ces sentiments d admiration qu’il parut sur la scène publique. Tout, dans ses manières, sa personne et sa conversation, tendait à maintenir le charme que son génie avait jeté autour de lui, et ceux qui étaient admis à sa conversation, loin de trouver que le poète inspiré était redevenu un homme ordinaire, se sentirent attachés à lui non seulement par un grand nombre de nobles qualités, mais encore par l'intérêt d’une curiosité mystérieuse, indéûnie et presque pénible. Des traits modelés avec un art exquis pour l’expression du sentiment et de la passion, et présentant le singulier contraste de cheveux et de sourcils très bruns avec des yeux clairs et expressifs, offraient à l'art du physionomiste le sujet le plus intéressant. Leur expression prédominante était celle d’une méditation profonde et habituelle qui faisait place h un jeu rapide de la physionomie dès que s’offrait une discussion intéressante, en sorte qu’un de ses confrères en poésie les comparait à la sculpture d’un beau vase d’albàtre, qu’on ne peut voir dans toute sa perfection que lorsqu’il est éclairé dans l’intérieur. Les éclairs de gaieté, de Joie, d’indignation ou d’aversion satirique qui animaient fréquemment les traits de lord Byron auraient pu dans la conversation être pris par un étranger pour leur expression habituelle, tant ces sentiments semblaient naturellement appropriés è sa physionomie ; mais ceux qui ont eu 1 occasion d’étudier ses traits pendant un certain intervalle et dans les circonstances diverses, soit de repos, soit de mouvement, conviendront avec nous que leur expression propre était celle de la mélancolie. Parfois une ombre de tristesse venait se répandre au milieu de sa gaieté et de sa joie. Sir Walter Scott.
* Le père du duc de Brunswick, qoi fut tué aux Quatre-Bra», avait été blessé mortellement & léna.
6 Sir Evan Cameron et son descendant Donald, le bravo Lochicl de ms.
6 On pense que le bois de Soignies est un reste de la forêt des Ardennes, célèbre dans Y Orlando de Boiardo, et immortalisée dans la pièce de Shakspeare, « Comme il vous plaira. » Tacite en parle aussi comme d’un lieu oh les Germains résistèrent avec succès aux envahissements des Humains. J’ai adopté ce nom parce qu’il s’associe à des souvenirs plus nobles que ceux qui ne rappellent que le carnage. B.
1 Sur les bords du lac Aspbaltite croissaient des arbres dont les fruits n’étaient que de l’air en dehors, et des cendres en dedans. Voyes Tacite, Hist., liv. v.
8 La grande erreur de Napoléon, si nos historiens disent vrai, a été de manifester en toute occasion son mépris et son éloignement pour les hommes, sentiment plus offensant peut-être pour la vanité humaine que l’active cruauté d’une tyrannie plus timide et plus soupçonneuse. On en retrouve des traces dans les discours qu’il adressait, soit aux assemblées publiques, soit aux individus. On dit que de retour h Paris, après la des-
truction de son armée par l’hiver de la Russie, il s’écria en se frottant les mains : « Il fait meilleur ici qu’à Moscow. » Ce mot lui a peut-ctre aliéné plus de coeurs que les revers auxquels il faisait allusion. B.
à Le château de Drakcnfels domine le pic le plus élevé des « sept montagnes, » sur les bords du Rhin; il est en ruine et se rattache à des traditions singulières. C’est le premier qu’on découvre en venant de Bonn, mais il est situé de l'autre côté de la rivière. Presque en face, sur la rive opposée, se trouvent les restes d’un autre château appelé le château du Juif, et une grande croix plantée à l’occasion de la mort d’un chef assassiné par son frère. Le nombre des châteaux et des villes placés sur les deux rives du Rbiu est très grand, et leur situation extrêmement pittoresque. B.
># Le monument du jeune et regretté général Marceau, tué par une balle à Altenkirchen, le dernier jour de l’an iv de la république française, existe encore comme je l’ai décrit. Les inscriptions qu’on y a placées sont trop longues et n’étaient pas nécessaires : il suffisait de son nom ; les Français l’adoraient, ses ennemis l’admiraient, les uns et les autres le pleurèrent. Des généraux et des détachements des deux armées assistèrent à ses funérailles. Dans le même tombeau est enterré le général Hoche, homme brave dans toute l’acception de ce mot; mais quoiqu’il se fût distingué dans les batailles, il n’eut pas le bonheur d’y être tué. On pense que sa mort fut l’ouvrage du poison. On lui a élevé un monument séparé près d’Andernach, en face du théâtre de l’un de ses plus mémorables exploits, quand il jeta un pont sur le Rhin. Ce monument ne contient point son corps, qui est inhumé auprès (le celui de Marceau ; il n’a ni le style, ni la forme du monument de ce dernier; l’inscription est plus simple et me plaît davantage :
L’ARMÉE ne SAM BRE-F.T-MF.l'SR A SON GÉNÉRAI. EN CHEF BOCHE.
C’est tout, et c’est assez. Hoche tenait le premier rang parmi les généraux français des premiers temps de la république, avant que Bonaparte eût monopolisé leurs triomphes. 11 devait commander l’armée destinée à envahir l’Irlande.
*t Ehrenbreilstein, c’est-à-dire «la large pierre de l’honneur, » était l’une des plus fortes citadelles de l’Europe ; tes Français la démantelèrent et la firent sauter à la trêve de Léoben. Elle ne pouvait être prise que par famine on par trahison. Elle se rendit à la famine secondée par une surprise. Quand on a vu les fortifications de Gibraltar et de Malte, celles d’Ehrenbreitstein n’ont rien qui puisse étonner, mais la position est imposante. Le général Marceau l’assiégea inutilement pendant quelque temps. Dans une chambre oh j’ai couché, on m’a montré la fenêtre à laquelle Marceau s’était placé pour observer les progrès du siège à la clarté de la lune, lorsqu’un boulet vint frapper immédiatement audessous.
** La chapelle est détruite, et la pyramide des ossements a été beaucoup diminuée par la légion bourguignonne au service de France, qui avait à cœur d’effacer ce monument des invasions moins heureuses de ses ancêtres. 11 en reste encore, malgré tous les soins des Bourguignons depuis des siècles (tous ceux qui passaient par là en emportaient un dans leur pays), et malgré les larcins moins excusables des postillons suisses, qui en prenaient pour les vendre, ou en faisaient des manches de couteaux ; car la blancheur que leur avaient donnée les siècles les faisait rechercher pour cet usage. Je me suis permis d’en emporter de quoi faire à peu près le quart d’un héros. Ma seule excuse pour ce larcin, c’est que si je ne l’avais pas commis, d’autres l’auraient fait, et auraient consacré ce# reliques à des usages profanes, tandis que moi je les conserverai avec soin. B.
>* Aventicum, près de Morat, était la capitale de l’Helvétie romain#; c’est là qu’est aujourd’hui Avenches.
** Julia Alpinula, jeune prêtresse d’Aventîcum, mourut après avoir cherché inutilement à sauver les jours de son père, condamné à mort comme traître par Aulus Coecina. On a découvert son épitaphe il y a plusieurs années ; la voici :
JULIA ALPINCLA: