XL1II
Alors, ou lu inspirerais un salutaire effroi, ou, éveillant moins de désirs, lu coulerais des jours humbles et paisibles, et nous n’aurions pas à déplorer tes charmes funestes; alors les Alpes ne vomiraient pas dans les plaines des torrents armés; les hordes hostiles de vingt nations spoliatrices ne viendraient pas se désaltérer dans les eaux sanglantes du Pô ; le glaive de l’étranger ne serait pas ta seule et triste
40G OEUVRES RE J.OIl» RYRON.
défense, et, vicloricuse ou vaincue, tu ne deviendrais pas l’esclave de les amis ou de tes ennemis*.
xuv.
Dans les voyages de ma jeunesse, j’ai parcouru l’itinéraire de ce Romain, l’ami de la plus haute intelligence de Rome, l’ami de Tullius7 : pendant que mon navire, poussé par une fraîche brise, rasait le brillant azur des flots, je vis II égare en face de moi ; derrière était Ëgine, le Pirée h ma droite , h ma gauche Corinthe. Penché sur la proue , je contemplai cet ensemble de ruines, placé là devant moi, tel que son aspect douloureux avait jadis frappé ses regards;
Car ces ruines, le Temps ne les a pas relevées ; seulement à leurs côtés s’élevaient ça et là des habitations barbares, qui font qu’on environne de plus de regret et d’amour les chétifs et derniers rayons de leur splendeur au loin dispersée, et les débris mutilés de leur grandeur évanouie. Le Romain, dans son temps, vit ces tombes, ces sépulcres de cités qui excitent une douloureuse admiration; et sur une page que les siècles nous ont transmise , il a consigné la leçon morale tirée de son pèlerinage.