‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 18 sur 201 · A LESBIE · texte numérisé non relu

A LESBIE

Lesbie, depuis que j’ai porté mes pas loin de vous, la même affection ne brûle plus nos âmes; vous dites que c’est moi qui ai changé et non vous; je voudrais vous en dire la raison, — mais je l’ignore.

Aucun souci n’a traversé votre front poli ; et nous n’avons pas beaucoup vieilli, ma Lesbie, depuis qu’en tremblant je vous donnai mon cœur, et, enhardi par l’espoir, vous déclarai mon amour.

Seize ans formaient alors notre âge. Depuis, il s’est écoulé deux ans, mon amour! et maintenant voila que de nouvelles pensées nous occupent. Du moins, pour ma part, je l’avoue, je me sens disposé au changement.

C’est moi seul qu’il faut blâmer, moi qui me suis rendu coupable de trahison envers l’Amour; puisque votre cœur fidèle est encore le même , il faut que le caprice seul m’ait porté â changer.

Je ne doute point, mon amie, de votre sincérité ; des doutes jaloux n’agitent pas mon sein; la passion de ma jeunesse fut

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naïve et chaleureuse; elle ne laisse après elle aucune trace d’imposture.

. Non, non, ce n’était point une flamme factice que la mienne; c’était dans toute la sincérité de mon âme que je vous aimais; et, — bien que notre rêve soit fini, — mon cœur vous conserve une affectueuse estime.

Nous ne nous verrons plus sous ces ombrages ; l’absence m’a rendu volage; mais des cœurs plus âgés et plus fermes que les nôtres ont trouvé la monotonie dans l'amour.

Votre joue a conservé son doux incarnat ; chaque jour révèle en vous de nouveaux charmes ; vos yeux, qui préludent à leurs conquêtes, lancent déjà les éclairs irrésistibles qui doivent allumer la forge de l’Amour.

Ainsi armée, femme charmante, vous allez faire saigner bien des cœurs; et plus d’un amant vous offrira comme moi l’hommage de ses soupirs; ils pourront témoigner plus de constance que moi, ils ne montreront jamais plus d’amour.

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