II NOTICE
citants de Childe-Harold, ce poème admirable qui fit stir-Iechamp de son auteur le plus grand, le plus éclatant poëte de son siècle.
Au moment où parut Childe-Harold, nulle main ne tenait le sceptre de la poésie anglaise. Les deux derniers génies originaux qu’elle avait produits, Cowper et Burns, étaient depuis
f dus de dix ans descendus dans la tombe: Cotcver, poëte méancoliuuc et sombre, àme tendre et sympathique a toutes îes souffrances, à qui les terreurs du mysticisme et d’une religion mal comprise, réservaient la destinée de Pascal; Burns, leTyrtée de l’Ecosse, le chantre des champêtres plaisirs et de la liberté des montagnes, tour h tour modulant une chanson naïve, ou entonnant l’hymne guerrier de Wallace.
Les Lakistes, ainsi nommés deslacsduCumberland, théâtre de leurs sentimenlales excursions, les Lakistes, pléiade de poètes rêveurs, étaient impuissants h saisir fortement l’attenlion publique fixée sur les gigantesques événements dont l’Europe était alors le théâtre.
Walter Scott , qui devait plus tard, s’ouvrir, dans le riche domaine des fictions, une si longue et si glorieuse carrière, consacrait son génie h poétiser une science d’antiquaire, dans Marmion, la Dame du lac et le Chant du dernier Barde.
Devant Childe-Harold pâlirent toutes ces œuvres indécises, comme devant le roi du jour s’éclipsent les étoiles, cortège de la Nuit.
Deux événements graves pour Byron avaient précédé cette publication ; la mort de sa mère, qui eut lieu au moment où il remettait le pied sur le rivage natal, et son début à la Chambre des lords où il prononça un discours remarquable sur une question politique d’un haut intérêt. On trouvera, dans les notes de cet ouvrage, des détails relatifs à la composition et h la publication des œuvres qui le composent; nous croyons devoir y renvoyer le lecteur, nous bornant à raconter la suite des événements qui signalèrent la vie de Byron. De ces événements le plus grave par ses conséquences fut sans contredit son mariage avec miss Milbanke, riche héritière que se disputaient de nombreux rivaux, et dont la main fut le prix de la gloire poétique et du prestige romanesque qui déjà environnaient la personne de l’auteur de Childe- Harold, du Giaour, de la Fiancée cTAbydos. Ce mariage fut malheureux; il devait l’être; ces deux natures étaient trop incompatibles pour rester longtemps unies. Aussi lady Byron ne larda pas à quitter le domicile conjugal, et à se retirer chez son père. Une fille, que Byron voulut nommer Adda, était née de cette union mal assortie.
Grand fut le bruit, immense le scandale que souleva dan3 la société britannique cette séparation, événement fort ordi-
SUR LORD BYRON. Ht
naire pourtant, et dont l’aristocratie anglaise donne fréquemment l’exemple.
Irrité contre celle société hypocrite qui prenait occasion d’un démêlé de famille pour punir de sa supériorité un beau et noble génie, Byron résolut de quitter pour toujours son pays et de demander h d’autres climats les sympathies et la justice que lui refusaient ses ingrats compatriotes.
Ce fut en 1816 qu’il quitta l’Angleterre, qu’il ne devait plus revoir, et qu’il s’exila sur le continent.
Depuis celte époque jusqu’en 1823, époque où commença la dernière scène du drame de sa vie, Byron se fixa tourà tour en Suisse et en Italie; et chaque année fut marquée par l’apparition de nouveaux chefs-d’œuvre. Pendant ce temps, son existence ne fut signalée par aucun événement remarquable. Dégoûté de la vie et du commerce des hommes, se réfugiant dans la poésie comme dans un asile où l’injustice et la calomnie ne pourraient pas le poursuivre, il manquait un but h son activité dévorante, à sa soif d’impressions fortes et de grandes choses ; il crut, en 1823, l’avoir trouvé dans le spectacle que donnait alors au monde la patrie de Thémistocle et de Léonidas. Ici nous laisserons parler M. Villemain. Pour peindre ce dernier acte de la vie de Byron, les paroles de l’auteur de Lascaris, de l’écrivain qui comprend si bien, et sait si bien faire comprendre aux autres, la grandeur et le génie, ont un poids que n’auraient pas les nôtres.
« Son esprit se tourna vers une entreprise nouvelle. La lutte prolongée de la Grèce excitait l’admiration du continent. Une sympathie publique s’était formée en dehors des gouvernements : l’Angleterre était, peut-être, de tous les pays d’Europe le moins favorable à la cause grecque. Londres avait cependant un comité philhellène qui, comme le comité de Paris, faisait passer aux Grecs des secours et des armes.
« Byron n’hésita pas h jeter dans celte guerre sa fortune et sa vie. Il ne se fil point d’illusions: il avait accueilli et secouru quelques-uns des Philhellènes revenus de la première expédition ; il savait à quelles souffrances, à quelles difficultés insurmontables il devait s’attendre. Il jugeait avec sévérité le caractère des Grecs, et avait peu d’espérance de succès. Sa santé déjà détruite ajoutait au découragement de son esprit et à ses tristes pressentiments; mais il voulut se dévouer pour une cause juste et pour la gloire. Prodiguant alors des sommes considérables que, depuis quelques années, il avait amassées par une sévère épargne, il mit à la voile de Gênes, le 14 juillet 1823, emmenant avec lui le frère de la comtesse Guiccioli, et un Anglais intrépide, le corsaire relawney.
IV HOTICE *
« Repoussé dans le port par la tempête, il ne quitta les cfltea d’Italie que quelques jours plus tard, après avoir reçu des vers de Goethe sur sa noble entreprise. Il toucha Céphalonie, où il trouva une lettre de Botzaris, qui pressait son arrivée et lui rendait grâce. Mais le lendemain, Botzaris, ce Léonidas de Souli, pénétrant avec une poignée d’hommes au milieu du camp des Turcs, y périssait, après y avoir fait un grand carnage. Byron, voulant attendre et juger par ses yeux, demeura trois mois dans la colonie anglaise de Céphalonie. 11 songeait h revenir en Italie. Cependant, pressé de toutes parts, il donna généreusement quatre mille livres sterling pour la flotte grecque; et, lorsque Maurocordato eut pris le commandement de la Grèce occidentale, il consentit a aller le joindre à Missolonghi. Il s’y rendit à grand’peine h travers mille périls gaiement supportés, et fut reçu comme un sauveur par la population confuse, pressée dans Missolonghi entre la guerre civile, la famine et les Turcs.
« Byron jouit un moment de cet accueil, et se livra sur-lechamp à tout et a tout le monde, avec un mélange singulier de prudence et d’irritation maladive. Le gouvernement grec lui conféra le titre de général en chef, et il devait commander une expédition pour s’emparer de Lépante. Mais toute la force qu’il pouvait espérer consistait dans une bande de Souliotes, soldés à grands frais, et dont la ville et lui subissaient la tyrannique insolence. Tout était, autour de lui, discorde, misère, anarchie.
« Animé par sa présence, un ingénieur anglais, Parry, avait organisé l’artillerie nécessaire pour l’expédition de Lépante. Mais les Souliotes , vrais condottieri de la Grèce, redoublaient leurs avares exigences. La moitié des soldats réclamaient de hautes paies d’officiers. C’étaient des scènes violentes d’altercation et de rupture entre le chef anglais et sa bande barbare. Les forces de Byron ne pouvaient suffire à cette vie d’irritation et d’inquiétude. Un jour qu’après une crise nerveuse et un évanouissement il était sur son lit, malade, et épuisé par des sangsues aux tempes, les Souliotes, qui, la veille, avaient menacé l’arsenal et tué un officier suédois-, se précipitent à grands cris dans sa chambre en brandissant leurs armes. Le visage pâle et sanglant de Byron, à demi soulevé, imprima pourtant le respect à ces hommes farouches, et quel-
3ues mots de sa bouche les firent sortir émus, et un moment ociles.
« Trompé ainsi dans ses projets d’attaque contre la garnison turque de Lépante, il s’efforçait du moins d’humaniser la guerre au profit de tous. S’étant fait remettre un assez grand nombre de femmes et d’enfants musulmans, reste d’une ville saccagée par les Grecs, il les renvoya sans rançon à Prévésa .