‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 26 sur 201 · A UNE JOLIE QUAKERESSE · texte numérisé non relu

A UNE JOLIE QUAKERESSE

Fille charmante ! quoique nous ne nous soyons vus qu’une fois, je n’oublierai jamais ce moment; et dussions-nous ne jamais nous revoir, je n’en garderai pas moins ton image. Je n’ose dire : « Je t’aime; » mais malgré moi mes sens luttent contre ma volonté. En vain, pour te chasser de mon cœur, j’impose de plus en plus silence h mes pensées; en vain je réprime un soupir, un autre bientôt lui succède; peut-être n’esl-ce pas de l’amour, et pourtant ce moment où je t'ai vue, jejie puis l’oublier.

Nous n’avons pas dit un mot; mais nos yeux ont parlé un langage plus doux. La parole débite des mensonges flatteurs ; elle dit ce que le cœur ne sent pas. Les lèvres coupables trompent et font taire les sentiments du cœur ; mais les yeux, interprètes de l’âme, s’affranchissent de cette importune contrainte, et dédaignent l’imposture. C’est ainsi que souvent nos regards ont causé, et ont servi de truchements à nos cœurs. Alors, bien loin que le sentiment intérieur nous reprochât quelque chose, je crois, moi, que c’était « l’Esprit saint qui parlait en nous19. » Je ne répéterai pas ce que nos yeux se sont dit; car tu dois m’avoir suffisamment compris; et pendant que ton souvenir domine ma pensée, peut-être aussi que la tienne se reporte sur moi. Je l’avoue, ton image m’apparaît et la nuit et le jour; éveillé, elle féconde mon imagination; pendant mon sommeil, elle me sourit en des rêves fugitifs, douces visions qui charment le cours des heures, et me font maudire les rayons de l’aurore qui viennent interrompre un sommeil de délices, et désirer que la nuit règne toujours. Oui, quelle que soit ma destinée, que la joie ou la douleur m’attende, tenté par l’amour, ou ballotté par l’orage, ton image chérie, non, jamais, je ne puis l’oublier.

Hélas! nous ne devons plus nous revoir; notre muet entretien ne se renouvellera plus; laisse-moi soupirer une dernière prière que me dicte mon cœur : a Que le ciel veille sur ma charmante quakeresse ! Puisse-t-elle toujours ignorer

HEURES DE PARESSE

la douleur! Que la paix et la vertu ne la quittent jamais! Que le bonheur soit a jamais son partage ! Oh ! puisse le fortuné mortel que les plus doux liens uniront à son sort découvrir à chaque instant pour elle de nouvelles joies, et puisse l’amant faire disparaître l’époux ! Puisse-t-elle ignorer toujours et les vains regrets et les poignantes douleurs de celui qui ne peut oublier ! »

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