‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 27 sur 201 · LA CORNALINE · texte numérisé non relu

LA CORNALINE

Ce n’est pas la splendeur apparente de celte pierre qui la rend clière à mon souvenir; son lustre n’a brillé qu’une seule fois à mes yeux, son éclat est modeste comme celui dont je la tiens.

Ceux qui tournent en ridicule les liens de l’amitié m’ont souvent reproché ma faiblesse; je n’en prise pas moins ce simple don, car je suis sûr que celui qui me l'a fait m’aimait.

Il me l’offrit en baissant les yeux, comme s’il eût craint un refus ; en l’acceptant, je lui dis que me seule crainte était de la perdre.

J’examinai attentivement ce don, et, en le regardant de près, il me sembla qu’une goutte en avait arrosé la pierre; et depuis ce temps une larme m’a toujours paru précieuse.

Et pourtant pour orner son humble adolescence, la richesse ni la naissance n’ont prodigué leurs trésors; mais ce- lui qui cherche les fleurs de la vérité doit quitter les jardins pour les champs.

Ce n’est pas la plante élevée dans l’indolence qui étale les plus riches couleurs et exhale les plus doux parfums ; les mieux pourvues de ce double charme sont celles qui fleurissent dans la sauvage abondance de la nature.

Si la fortune, cessant d’être aveugle, avait secondé la nature, et proportionné ses dons à son mérite, il eût été beau son partage.

Mais d’autre part, si la déesse eût vu clair, sa beauté eût fixé son cœur capricieux ; elle lui eût donné tous ses trésors, et il ne fût rien resté pour les autres.

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