‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 32 sur 201 · AD MÊME · texte numérisé non relu

AD MÊME

Pardon, mon ami, si mes vers vous ont offensé, pardon, mille fois pardon. Je tâchais, par amitié, de guérir vos tourments; mais je ne le ferai plus, je vous jure.

Depuis que votre belle maîtresse a payé de retour votre flamme, je ne déplore plus votre folie; elle est maintenant ce qu’il y a de plus divin, et je fléchis le genou devant celte coquette si promptement réformée.

Néanmoins, je l’avoue, en lisant vos vers je n’aurais jamais pu connaître tout ce qu’elle valait. Vous paraissiez tant souffrir, votre belle montrait une si cruelle froideur, que vraiment je plaignais votre sort.

Mais puisque le baiser embaumé de celte enchanteresse produit de si étonnants transports, puisque vous oubliez le monde entier dès que vos lèvres se sont jointes , mes conseils ne peuvent être que fort mal reçus.

Vous dites que je suis « un volage qui n’entend rien k

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l’amour. » Il est vrai que je suis assez porté k l’inconstance. Autant qu’il m’en souvient, j’en ai aimé un assez grand nombre ; mais quoi ! le changement a bien aussi son charme.

Je ne veux point, pour complaire au caprice d’une belle, suivre en amour les règles du roman. Un sourire peut me charmer; mais un regard sévère ne saurait m’effrayer et me réduire k un horrible désespoir. ^

Tant que mon sang sera chaud je ne me corrigerai pas, et je n’irai pas a l’école du platonisme; et'j’ai la certitude que si ma passion avait ce degré de pureté , je passerais pour un sot aux yeux de votre maîtresse.

Si je dédaignais toutes les femmes pour une seule, dont l’image remplirait mon cœur tout entier; si je devais la préférer k toutes, ne soupirer que pour elle seule, quelle insulte ce serait pour les autres !

Adieu donc, mon ami. Votre passion, je ne vous le cache pas, me paraît des plus absurdes; votre amour est incontestablement l’amour pur et abstrait, car c’est dans le mot seul qu’il consiste.

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