A ÉLIZA
Éliza, quels imbéciles que ces musulmans, qui nient l’existence future de l’àme de la femme ! S’ils te voyaient, Éliza, ils reconnaîtraient leur erreur, et cette doctrine trouverait parmi eux une résistance universelle.
Si leur prophète avait eu l’ombre du sens commun, jamais il n’aurait exclu les femmes du paradis; au lieu de ses houris qui ne sont bonnes k rien, c’est de femmes qu’il aurait peuplé son ciel.
Cependant pour ajouter encore k vos calamités, non content de refuser une âme k vos corps, il veut qu’un pauvre mari se partage entre quatre épouses. A la rigueur, vous vous passeriez d’âme; mais ce dernier outrage est par trop fort.
Sa religion ne peut plaire k aucun des deux sexes; elle est rigoureuse pour les maris, et très incivile pour les épouses.
Néanmoins, je ne puis contester cet adage si connu : « Les femmes sont des anges, sans doute, mais c’est le diable que l’hymen. »
LACniN Y GAIR sï.
Loin de moi, riants paysages, jardins semés de roses ; que les fils de l’Opulence errent dans vos bosquets! Rendez-inoi les rochers où rçpose la neige : leur solitude est chère h la Liberté et h l’Amour. Calédonie! je chéris tes montagnes, quoique leurs blancs sommets soient témoins du choc des éléments. Bien que la cataracte écumante y remplace le ruisseau paisible, moi je soupire pour la vallée du sombre Loch na Garr.
Ah ! c’est ià que mes jeunes pas ont erré dans mon enfance. La loque couvrait ma tête, le plaid était mon manteau, et dans mes courses journalières à travers les sombres forêts de pins , j’évoquais la mémoire des guerriers morts depuis longtemps; je ne revenais à mon foyer que lorsque l’éclat mourant du jour avait fait place à la lueur brillante de l’étoile polaire, et pendant tout ce temps mon imagination s’enivrait des récits que me faisaient les habitants du ' sombre Loch na Garr.
« Ombres des morts! n’entends-je pas votre voix que m’apporte le souffle de la brise orageuse du soir? » C’est sans doute l’ombre du héros qui se réjouit et plane sur l’aile du vent, au-dessus de sa vallée natale. Le3 vapeurs de l’orage s’amassent autour du Loch na Garr, et l’hiver y règne, assis sur son char de glace. Là, les nuages enveloppent les ombres de mes pères; elles habitent au milieu des tempêtes du sombre Loch na Garr.
a Guerriers malheureux, mais braves58, nul pressentiment ne vint-il vous apprendre que votre cause était abandonnée par le destin ?» Ah ! votre sort était de périr à Cullodcn *7, et la victoire ne devait point couronner votre trépas. Mais vous # fûtes heureux de mourir; vous reposez avec votre race dans les cavernes de Braemar 58 ; le pibroch en votre honneur
MEURES DE PARESSE. 40
retentit sur la cornemuse, et redit vos exploits aux échos du sombre Loch na Garr.
Des années se sont succédé, Loch na Garr, depuis que je t’ai quitté; des années se succéderont avant que je te revoie. La nature t’a refusé la verdure et les fleurs, et pourtant je l’aime mieux que les plaines d’Albion. Angleterre ! tes beautés sont fades et communes pour quiconque a erré au loin dans la montagne; oh ! combien je leur préfère les rocs sauvages et majestueux, les sites escarpés et menaçants du sombre Loch na Garr.