‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 34 sur 201 · A LA FICTION · texte numérisé non relu

A LA FICTION

Muse de la fiction, mère des rêves dorés, reine fortunée des joies enfantines, qui conduis la danse aérienne de ton cortège de jeunes garçons et de jeunes filles, je me soustrais à ta magie, je brise enfin les liens de mon adolescence; je ne me joins plus h la ronde mystique; je quitte tes domaines pour ceux de la vérité.

El néanmoins, il est dur de renoncer h ces rêves d’une « âme ingénue, dans lesquels chaque nymphe semble une déesse dont les yeux lancent des rayons immortels, alors que l’imagination règne sur un empire sans limites, que toute chose se teint de couleurs mobiles et variées, que les jeunes vierges ne sont plus vaines, que les sourires des femmes sont sincères.

Faut-il donc avouer que tu n’es qu’un nom, et devonsnous descendre de ton palais de nuages? ne plus trouver dans chaque dame une sylphide, dans chaque ami un-Pylade? abandonner ton royaume aérien aux lutins, enfants de la féerie ? confesser que la femme est aussi fausse que belle, et que les amis ont beaucoup d’alfeclion — pour euxmêmes ?

Je l’avoue à ma honte, je me suis soumis b, ta puissance : aujourd’hui, repentant, je m’affranchis de ta domination, je ne veux plus obéir a tes lois ; je ne veux plus prendre mon vol sur des ailes imaginaires. Insensé que j’étais d'aimer des yeux brillants et d’ajouter foi à leur langage ; de croire t. i. 4

aux soupirs d’une volage, et de m’allendrir h. la vue de ses larmes!

Fiction ! dégoûté de mensonges, je fuis loin de ta cour changeante, où l’Affectation tient ses assises, auprès de la Sensibilité fastidieuse qui ne s’apitoie que sur ses propres maux, et qui, réservant scs larmes pour tes douleurs d’apparat, n’en a pas une à donner h des douleurs véritables.

Appelle h toi la sombre Sympathie, couronnée de cyprès, vêtue de deuil, qui mêle h tes soupirs ses soupirs imbéciles, et dont le cœur saigne pour tout le monde; ordonne au chœur de tes nymphes bocagères de pleurer un berger a jamais perdu, qui naguère brûlait de ton feu banal, mais qui aujourd’hui ne s’incline plus devant ton trêne.

O vous ! nymphes sensibles, qui avez des larmes pour toutes les occasions, donlles cœurs palpitent de craintes idéales, nourrissent des flammes factices et un délire imaginaire ! dites, pleurerez-vous l’absence de l’apostat qui a déserté votre aimable cortège ? refuserez -vous un regret de sympathie à un barde adolescent ?

Adieu, êtres si chers, adieu pour longtemps ! L’heure fatale approche. J’aperçois déjà le gouffre où vous disparaîtrez sansme laisser de regrets.Voilà, voilà le lac sombrede l’Oubli, agité de tempêtes que vous ne pouvez maîtriser, et où vous et votre aimable reine vous allez, hélas ! périr tous ensemble.

RÉPONSE A QUELQUES VERS ÉLÉGANTS QU’UN AMI AVAIT EN- VOYÉS A L’AUTEUR, ET DANS LESQUELS IL LUI REPROCHAIT

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