L'A CHALEUR DE SES DESCRIPTIONS
Si Ton me réimprime, et qu’ausait&t docteur,
Prêtre, dame, chacun s’attaque au pauvre auteur Si mon livre est sifflé par quelque vieille bute,
Me puis-Jo riposter d’un soufflet de ma mu»e?
Nouveau Guide de Dath.
Becher *9, la bonne foi m’oblige à louer vos vers qui sont lout à la fois d’un censeur et d’un ami. J’applaudis à vos reproches énergiques, mais mérités, moi qui en suis la cause irréfléchie et imprudente. Pardonnez-moi les défauts qui régnent dans mes vers; ce pardon, l’implorerai-je en vain?
ÜEl'RES DE PARESSE. Kl
Le sage s’écarte parfois des voies de la sagesse : dès lors comment la jeunesse pourrait-elle réprimer les inspirations du cœur ? Les préceptes de la prudence courbent, sans pouvoir les maîtriser, les ardentes émotions d’une âme qui déborde. Quand le délire de l’amour s’empare de l’esprit enthousiaste, le Décorum suit de loin en boitant. Le radoteur en vain active sa marche décente et prude, il est dépassé et vaincu dans la chasse de la pensée. Jeunes et vieux, tous ont porté les chaînes de l’amour : que ceux qui en ont été exempts désapprouvent mes chants ; victime sans défense, qu’ils fassent pleuvoir sur moi leur censure, ceux dont l’àme dédaigna de fléchir sous ce pouvoir enchanteur !
Oh ! combien je hais la poésie énervée et glaciale, éternel écho de la foule des rimailleurs, et dont les vers laborieux coulent avec une froide monotonie, pour peindre des souffrances que l’auteur n’éprouva de sa vie ! Moi, mon Hélicon sans art, c’est la jeunesse ; ma lyre, c’est mon cœur : ma muse, la simple vérité. Loin de moi de corrompre le cœur de la jeune fille ; aucune séduction dans mes vers n’est h craindre. La jeune fille dont le cœur virginal est sans fard, dont les désirs se montrent dans la fossette d’un modeste sourire, dont l’œil baissé dédaigne une œillade lascive, forte de sa vertu sans être sévère, celle enfin qu’embellit une grâce naturelle, celle-là, mes vers ne sauraient la corrompre. Mais quant à la nymphe dont le cœur, tourmenté de précoces désirs et de coupables flammes, s’offre de lui-même à la séduction sans qu’on lui tende des pièges, elle aurait succombé lors même qu’elle n’aurait pas lu. Pour moi, mon ambition serait de plaire à ces âmes d'élite qui, fidèles au sentiment et à la nature, seront indulgentes pour ma muse adolescente, et ne condamneront pas impitoyablement les' légères effusions d’un enfant inexpérimenté. Ce n’est pas à la foule insensée que je demanderai la gloire; jamais je ne serai fier des lauriers imaginaires qu’elle dispense. Je dédaigne ses applaudissements les plus chaleureux; je méprise
également ses sarcasmes et ses censures.
26 novembre <806.