RÉPONSE A ON POÈME INTITULÉ «LA DESTINÉE COMMUNE
Montgomery ! tu dis vrai, c’est dans les vagues du Lélhé qu’est la destinée commune des mortels. Toutefois il en est qui ne seront point oubliés, il en est qui vivront par delà le tombeau.
Le héros qui fait rouler les vagues du fleuve des batailles, on ignore peut-être le nom du lieu de sa naissance; mais
BECHES DE PARESSE. 67
on n’ignore pas sa gloire guerrière, qui brille de loin comme un météore..
Sa joie ou sa douleur, ses plaisirs ou ses peines échapperont peut-être aux pages de l’iiisloire ; et, néanmoins, des nations qui n’ont point encore vu le jour répéteront son nom immortel.
Le corps périssable du patriote et du poète partagera la tombe commune ; il n’en sera pas de même de leur gloire : celle-là ne dormira pas; elle planera sur les empires écroulés.
L’éclat des yeux de la beauté prendra l’effrayante fixité de la mort ; le beau, le brave, le bon, doivent mourir et descendre dans la tombe béante.
Mais des yeux éloquents revivent et brillent de nouveau dans les vers d’un amant : la Laure de Pétrarque est vivante encore. Elle est morte une fois, mais elle ne mourra plus.
Les saisons dans leur cours passent et disparaissent, et le Temps agite son aile infatigable; tandis que les palmes de la Gloire ne se flétrissent jamais, mais fleurissent d’un printemps éternel.
Tous, tous dormiront d’un hideux sommeil, immobiles dans la tombe silencieuse ; jeunes et vieux, amis et ennemis, tous pourriront de même dans le linceul.
Le marbre vieillissant dure son temps, puis il tombe à la fia, inutile débris; il cède aux coups impitoyables de la Destruction; et de l’édifice orgueilleux il ne reste plus qu’une ruine.
Et pendant que le temps détruit ce chef-d’œuvre de sculpture qui devait sauver des ténèbres de l’oubli, un renom éclatant sera le partage de ceux dont les vertus auront mérité celte récompense.
Ne dis donc pas que c’est dans les vagues du Lélhé qu’est la destinée commune des mortels : il en est qui ne seront point oubliés et qui briseront les chaînes de la tombe.
A UNE FEMME QUI AVAIT PRÉSENTÉ A L’AUTEUR LE BANDEAU DE VELOURS QUI RETENAIT SA CHEVELURE.
Ce bandeau qui enchaînait ta chevelure d’or, il est à. moi, jeune fille ! C’est un gage de ton amour ; je veux le garder avec un soin jaloux, comme on conserve les reliques d’un saint.
Oh ! je veux le porter tout près de mon cœur ; il servira de lien pour enchaîner mon àme à loi : désormais il ne me quittera plus, il m’accompagnera dans la tombe.
La rosée que je cueille sur tes lèvres m’est moins chère encore que ce don; elle, je ne l’aspire qu’un moment, ce n’est qu’une félicité passagère;
Lui, il me rappellera les jours de mon jeune âge, lors même que notre vie sera sur son déclin. Le feuillage de l’Amour sera vert encore, et la Mémoire le fera refleurir.
O petite boucle de cheveux d’or, qui flottais si gracieusement sur la tête chérie où tu croissais, je ne voudrais pas le perdre pour tout au monde,
Dussent des milliers d’autres boucles semblables à toi, orner le front poli où naguère tu brillais, comme le rayon qui
dore un matin sans nuages, sous le ciel brûlant de Colombie !