‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 39 sur 201 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

C’en est fait ! — je l’ai vu dans mes rêves. L’espérance n’embellit plus mon avenir; ils ont été courts mes jours de félicité ! Glacé par le froid aquilon du malheur, le matin de ma vie est voilé d’un nuage. Amour, espoir, bonheur, adieu !

Que ne puis-je ajouter : Souvenir, adieu !

AU RÉVÉREND J.-E. BECHER, QUI AVAIT CONSEILLÉ A L’AUTEUR DE FRÉQUENTER DAVANTAGE LE MONDE.

Cher Becher, vous me dites d’aller dans le monde. Ce conseil est sage, je ne puis le nier; mais la retraite convient au ton de mon esprit. Je ne veux point descendre à un monde que je méprise.

HEURES DE PARESSE

Si le sénat ou les camps réclamaient mes efforts, l’ambition me pousserait peut-être à me produire. Quand l’enfance et ses années d’épreuve seront terminées, peut-être essaierai-je de me rendre digne de ma naissance.

Le feu qui brûle aux cavernes de l’Etna bouillonne invisible dans ses mystérieuses retraites; enfin il se révèle, terrible, immense; nul torrent ne peut l’éteindre, nulle limite le contenir.

Oh! c’est ainsi que j’ai au cœur un désir de gloire. Je ne vis que pour obtenir les applaudissements de la postérité. Que ne puis-je, comme le phénix, m’élever sur des ailes de Gammes, dussé-je être consumé sur le même bûcher !

Oh ! pour la vie d’un Fox ou la mort d’un Chatam, que de censures, que de périls ne braverais-je pas! Leur vie n’a pas pris fin lorsqu’ils ont rendu le souffle; la gloire illumine les ténèbres de leur tombe.

Et pourquoi me mêlerais-je au troupeau de la Mode? Pourquoi irais-je flatter ses arbitres et ramper sous ses lois? Pourquoi m’abaisser devant l’orgueilleux, ou applaudir l’absurde? Pourquoi chercher le bonheur dans l’amitié des sols?

J’ai goûté les joies et les amertumes de l’amour; j’appris de bonne heure à croire à l’amitié. Les prudentes matrones ont désapprouvé ma flamme. J’ai trouvé qu’un ami peut promettre et cependant tromper.

Qu’est pour moi l’opulence? un moment peut vous l’enlever; il suffit du succès des tyrans, d’un froncement de sourcil de la Fortune. Qu’est-ce qu’un litre pour moi ? le fantôme de la puissance. Que m’importe la mode? Je ne cherche que la gloire!

L’imposture est encore étrangère à mon àme ; je ne sais point vernir la vérité. Pourquoi donc vivrais -je sous un odieux contrôle? Pourquoi sacrifier follement les jours de ma jeunesse ?

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