PRIÈRE DE LA NATURE
Père de la lumièfe ! grand Dieu du ciel ! entends-tu les accents de mon désespoir? Un coupable tel que l’homme peut-il être pardonné? Le vice peut-il expier des crimes par des prières?
Père de la lumière, c’est vers toi que je crie! Tu vois les ténèbres de mon âme ; toi qui remarques la chute du passereau , éloigne de moi la mort du péché !
Je n’adopte point d’autel , je ne m’unis à aucune secte. Oh ! enseigne-moi le sentier de la vérité ! Je crois à ta redoutable omnipotence; réforme ma jeunesse, tout en lui pardonnant ses fautes.
Que les bigots t’élèvent des temples lugubres ; que la superstition les salue! Que les prêtres, pour propager leur noir
HEURES DE PARESSE. 77
empire , trompent les hommes et leur parlent de mystiques droits.
Eh quoi ! l’homme prétendrait circonscrire la puissance de sou Créateur dans des dômes gothiques de pierres vermoulues! Ton temple est la face du jour; tu as pour trône sans limite, la terre, l’océan, le ciel.
L’homme condamnera-t-il ses frères aux tourments de l’enfer, s’ils refusent de se plier h certaines cérémonies pompeuses? Nous dira-t-il que pour un seul qui a succombé, mus nous devons périr dans un commun naufrage ?
.Quoi ! chacun , pour son compte , prétendra aller au ciel , et condamnera son frère h la destruction , parce que son âme nourrit d’autres espérances ou professe des doctrines moins rigoureuses !
Ces hommes , en vertu de dogmes qu’ils ne peuvent expliquer, nous assignent un bonheur ou un malheur imaginaire ! Comment des reptiles, qui rampent sur la terre, connaîtraient-ils la volonté du souverain Créateur?
Quoi ! ceux qui ne vivent que pour eux seuls, qui flottent chaque jour sur un océan de crimes, ils pourront expier leurs forfaits par la foi, et vivre par delà les temps!
Père , je ne m’attache aux lois d’aucun prophète. Tes lois se manifestent dans les œuvres de la nature. Je m’avoue corrompu et faible; pourtant je te prierai, car tu m’écouteras.
Toi qui guides l'étoile errante à travers les royaumes infinis de l’espace éthéré , qui apaises la guerre des éléments, et dont je vois la main empreinte d’un pôle à l’autre;
Toi qui, dans ta sagesse, m’as placé ici-bas; qui peux, quand il te plaira, m’en retirer; ah! tant que mes pieds fouleront ce globe terrestre, étends sur moi ton bras sauveur!
C’est vers toi, mon Dieu, vers toi que je crie! Quoi qu’il m’advienne en bien ou en mal , que ta volonté m’élève ou m’abaisse, je me confie à ta garde.
Lorsque ma poussière sera rendue à la poussière , si mon âme s’envole en déployant ses ailes, comme elle adorera
ton nom glorieux ! comme il inspirera les chants de sa faible
voix !
Mais si ce souffle fugitif doit partager avec l’argile le repos éternel de la tombe , tant qu’il me restera un battement de vie, j’élèverai vers toi ma prière, dussé-je ensuite ne plus quitter la demeure des morts.
Vers toi j’élève mon humble chant, reconnaissant de toutes tes miséricordes passées ; et j’espère, mon Dieu, que cette vie errante doit ii la fin revoler vers toi.
29 décembre J 806.