EXTRAIT DU NUMÉRO DE JANVIER
HEURES DE PARESSE, recueil de Poèmes originaux et de Traductions en vers, par George Gordon, lord Byron, mineur. Un volume in-octavo de deux cents pages. Newark, 1807.
La poésie de ce jeune lord appartient à cette classe d'ouvrages qui est à bon droit maudite des hommes et des dieux. En etTet, nous ne nous rappelons pas avoir jamais vu un recueil de vers qui s’éloignât aussi peu que celui-ci de ce terme moyen de la médiocrité. Ces productions sont d'un plat mortel, ne descendent ni ne s’élèvent, et gardent le juste niveau, comme pourrait le faire une eau stagnante. Pour atténuer ce tort, le noble auteur se plait à se réfugier dans l'excuse de sa minorité. Cette excuse, nous la voyons sur le titre, nous la retrouvons encore sur la dernière page de la couverture ; elle arrive à la suite de son nom, et semble faire partie de son style. On en parle beaucoup dans la préface; et on a eu soin de mettre â chaque pièce de vers une date indiquant l'âge auquel elle a été composée. Or, nous pensons qu’en fait de minorité la loi est parfaitement claire. Elle constitue un motif d’excuse pour le défendeur : nul demandeur ne peut le présenter à l'appui de ses prétentions. C’est ainsi, par exemple, que, si une action était intentée contre lord Byron à l’effet de l’obliger à produire à la cour une certaine quantité de poésies, et qu’il y fût condamné par jugement, il est très probable qu’il ne serait pas admis à donner comme poésie le contenu de ce volume. C’est alors qu’il pourrait s’excuser sur sa minorité ; mais, comme c’est volontairement qu’il produit sa marchandise, si elle ne peut avoir fcours, il n’a pas le droit d'exiger que le prix lui en soit payé en numéraire de bonnes et solides louanges. Tel est l’état de la loi en cette matière, et nous ne doutons pas que les tribunaux ne prononcent dans le même sens. Toutefois la vérité est peut-être que, dans tout ce qu'il nous dit sur sa
jeunesse , l'auteur a bien plus en vue d'exciter notre étonnement que d’adoucir nos censures. Il veut peut-être nous dire par-là : « Voyez comme un mineur peut écrire ! J’ai composé ce poème à dix-huit ans ; quand j’ai fait celui-ci je n'en avais que seize ! » Mais, hélas ! nous nous rappelons tous la poésie de Cowley à dix ans et de Pope à douze ; et, loin d’apprendre avec surprise qu'un jeune homme ait fait de mauvais vers dans l’intervalle de sa sortie de pension à sa sortie de l'Université inclusivement, nous regardons cet événement comme ou ne peut plus commun ; c'est ce qui arrive à neuf personnes sur dix parmi les individus élevés en Angleterre ; et la dixième personne fait encore mieux les vers que lord Byron.
11 est un autre privilège encore que l'auteur fait valoir ; mais celui-là, il ne le produit que pour l'écarter ensuite. Toutefois, il est certain qu’il fait de fréquentes allusions à sa famille et à ses ancêtres , tantôt dans ses vers , tantôt dans ses notes ; et, tout en faisant l’abandon de ses prétentions sur l'élévation de son rang, il a grand soin de nous rappeler le sentiment du docteur Johnson qui veut que lorsqu'un grand seigneur se fait auteur, il lui soit tenu compte de son mérite. Et, par le fait, c'est cette considération seule qui nous engage à donner place aux poèmes de lord Byron dans notre Revue, en y ajoutant toutefois notre désir de lui donner un bon conseil, qui est d’abandonner désormais la poésie, et d'appliquer d’une manière plus profitable ses talents, qui sont considérables, et ses autres avantages, qui ne laissent pas que d’être grands.
Dans ce but, nous prenons la liberté de lui déclarer très sérieusement, que tout l’art de la poésie ne consiste pas dans la rime de la syllabe finale, même accompagnée de la présence d’un certain nombre de pieds, lors même (ce qui n’arrive pas toujours) que l’auteur les aurait régulièrement scandés et comptés avec exactitude sur ses doigts. Nous le supplions de croire qu’une certaine portion de chaleur et quelque peu d’imagination sont nécessaires pour constituer un poème; et que, de nos jours, un poème, pour être lu, doit contenir au moins une pensée tant soit peu différente des idées des écrivains antérieurs, ou différemment exprimée. Nous lui demanderons de bonne foi s’il y a quelque chose qui mérite le nom de poésie dans des vers comme ceux-ci, par exemple, écrits en 1806 ; et si, en supposant même qu'un jeune homme de dix-huit ans pût adresser à ses ancêtres des choses aussi communes, un jeune homme de dix-neuf devait les publier s
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« Adieu, ombres héroïques ! en s’éloignant de la résidence de ses pères, votre descendant vous salue. Aux rives étrangères ou sur la terre natale, il pensera à la gloire et à vous, et ce souvenir ranimera son courage.
« Bien qu’il verse des larmes à cette séparation douloureuse, c’est la nature, et non la crainte, qui les lui Tait répandre. Une noble émulation l'accompagnera aux terres lointaines. Il ne saurait oublier la gloire de ses ancêtres.
« 11 chérira le souvenir de cette gloire ; il jure de ne jamais ternir votre renom. Comme vous il vivra, et mourra comme vous. Quand il ne sera plus, puisse-t-il mêler sa cendre à la vôtre ! »
Mous affirmons positivement que la totalité du volume publié par le noble mineur ne contient rien de mieux que ces stances.
Lord Byron devrait se garder de tenter ce que les plus grands poètes ont fait avant lui; car il n’y a rien de terrible comme les comparaisons, ainsi qu'il aura pu s’en convaincre chez son maître d’écriture. L'ode de Gray sur le collège d'Elon aurait dû lui faire supprimer les dix strophes boiteuses a sur une vue lointaine du village et du collège d Harrow ,
« Où l’imagination me retrace encore les traits de camarades unis à moi par l’amitié et l’espièglerie. Combien m'est cher votre souvenir toujours vivant , qui repose là dans ce cœur d'où l'espérance est bannie ! >
De même les vers charmants de M. Rogers « Sur une larme » auraient dû servir d’avertissement au noble auteur de ce recueil , et nous épargner une douzaine de strophes comme les suivantes:
« C'est à l'ardente charité qu'on reconnaît une âme compatissante; alors que la pitié se manifeste, elle répand sa douce rosée dans une larme.
« L'homme qui s'abandonne au souille des vents et traverse les flots orageux de l'Atlantique, se penche sur la vague qui bientôt peut-être sera son tombeau, et y laisse tomber une larme. »
Nous en dirons autant des sujets dans lesquels des poètes antérieurs ont échoué. Ainsi, par exemple, nous ne croyons pas qu’une muse dans sa minorité fût capable de traduire « l 'Apostrophe d’Adrien à son âme, » tentative qui avait déjà réussi assez mal à Pope luimême. Si nos lecteurs ne veulent pas nous croire, qu’ils jugent par » eux-mêmes:
Petite Ame, douce et lôÿôre,
Du carps hôtesse passagère,
Eh ! quo vas-tu faire là~bas.
CEUVIIES DE I.ORD DYRON.
PMe, tremblotante, chétive?
Crois-moi, sur cctto froide rive,
Ta galtù ne te suivra pas.
Quoi qu’il en soit, nous croyons lord Byron épris surtout de ses traductions et de ses imitations. Nous en avons de toutes les espèces, depuis Anacréon jusqu’à Ossian ; et, à les considérer comme devoirs de classes, ce n’est pas trop mal ; seulement, pourquoi les imprimer .lorsqu'elles ont fait leur temps et servi à leur but? Pourquoi, par exemple, appeler traduction le je ne sais quoi de la page 79, dans lequel deux mots de l’original ( OtXw ï.t^tiv ) sont délayés en quatre vers; et cet autre passage à la page 81, où (xtacvutnatç «cfl* usât; est traduit en six vers qui clochent? Quant à la poésie ossianique, nous ne sommes pas juges compétents ; car, & dire vrai, nous sommes si peu versés dans cette espèce de composition, qu'en exprimant noire opinion sur les rapsodies de lord Byron, nous craindrions que notre critique ne tombât sur quelque lambeau de l’œuvre de Macpherson lui-même. Si donc le début suivant d’un « Chant des Bardes » est effectivement de la plume de sa seigneurie, nous le condamnons formellement, autant du moins que nous pouvons le comprendre : « Quelle est cette apparition qui plane sur le mugissement des nuages? quelle est cette ombre farouche qui brille à travers les rouges clartés de la tempête? C'est Orla, le chef brun d'Oïthona. Il n’avait point, » etc. Après avoir retenu ainsi ce « chef brun » pendant quelque temps, les bardes concluent en lui conseillant de « relever sa blonde chevelure, puis de la déployer sur l'arcen-ciel, et de sourire à travers les larmes de l'orage. » Il n’y a pas moins de neuf pages de ces belles choses-là. Tout ce que nous pouvons dire en leur faveur, c’est qu'elles sentent terriblement leur Macpherson : et , en effet , elles sont presque aussi ennuyeuses et aussi stupides.
Les poètes ont le privilège de l’égoïsme ; mais ils sont tenus d’en faire un usage modéré; et surtout un individu qui, bien qu’ayant complété sa dix-neuvième année , se pique d'être un barde enfant (« moi, mon Hélicon sans art, c’est la jeunesse »), devrait ne pas en savoir tant au sujet de ses ancêtres. Outre un poème déjà cité sur le manoir de la famille de Byron, nous en avons un autre de onze pages sur le même sujet. L’auteur se serait abstenu de l’insérer, mais, à la demande particulière de ses amis, etc. Il conclut par cinq strophes sur lui-même, « le jeune et dernier rejeton d’une noble race. » On trouve aussi de longs détails sur scs ancêtres ma-
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ternels dans un poème sur le Lachin y Gaif, » montagne où il a passé une partie de sa jeunesse , et où il aurait pu apprendre qu'un pibroch n’est pas une cornemuse , pas plus qu'un duo n’est un violon.
Comifie l'auteur a consacré une grande partie de son recueil à immortaliser l'emploi de son temps au collège et à l'Université, nous ne terminerons pas sans offrir au lecteur un extrait de ces Ingénieuses compositions. Dans une ode qui porte une épigraphe grecque, et intitulée « Grania, » nous lisons les magnifiques strophes qui suivent :
« Là, dans des chambres étroites et humides, le candidat aux prix du collège travaille à la lueur de la lampe nocturne, se couche tard et se lève matin.
« Celui qui cherche dans Scale de fausses quantités, ou se morfond sur uo triangle, et se prive de plus d'un repas salutaire pour ergoter en latin barbare ;
« Renonçant au charme des lectures historiques, et préférant aux chefs-d'œuvre littéraires le carré de l'hypothénuse.
■ Toutefois ce sont là des occupations innocentes, qui ne font de mal qu’à l'infortuné étudiant, comparées aux récréations qui rassemblent ces jeunes imprudents. »
Nous sommes vraiment fâchés de trouver sur la psalmodie du collège des détails aussi peu favorables que ceux que contiennent ces strophes d’un sel tout à fait attique :
« Nos chantres sont plus que médiocres, même pour des novices. Point de grâce à ce ramas de pécheurs à la voix croassante !
« Si David, quand il eut fini son œuvre, avait entendu chanter devant lui ces lourdauds, ses psaumes ne seraient point arrivés jusqu'à nous; dans son dépit il les eût mis en pièces. »
Mais, quelque jugement que nous portions des poèmes de ce noble mineur, il paraît qu'il faut les prendre tels quels et nous en contenter, car ce sont les derniers que nous aurons de lui. Il n’est, dit-il, qu’un intrus dans les bosquets du Parnasse, il n’a jamais vécu dans un grenier comme les poètes de pur sang; et, ■ bien qu'autrefois, insouciant montagnard, il ait erré dans les highlands de l'Écosse, » il y a quelque temps qu'il n'a eu cet avantage. D’ailleurs il n’attend aucun profit de son livre ; et, qu’il réussisse ou non, il n’est pas probable, d’après sa position et ses occupations ultérieures, qu'il condescende à devenir auteur. Prenons donc ce qu'on nous offre, et soyons reconnaissants. Pauvres diables que nous sommes, de quel droit ferions-nous les difficiles? Nous devons
être Tort aises d'obtenir déjà tant d’un homme du rang de sa seigneurie, qui n’habite pas un grenier, mais qui a en sa possession l'abbaye de Ncwstead. Nous le répétons , soyons reconnaissants. Comme l'honnête Sancho, bénissons Dieu de ce qu’on nous donne, et ne regardons pas dans la bouche d'un cheval dont on^ious fait cadeau 77.
NOTES DES HEURES DE PARESSE
1 Cette préface a été omise dans ta seconde édition.
* Le comte de Carliste, auteur d’une tragédie intitulée : la Vengeance d'un Pire.
* L’auteur réclame spécialement l’indulgence du lecteur pour ce petit poème, son premier essai, qui fut composé & l’âge de quatorze ans. B.
* C’est le nom par lequel l’auteur a partout désigné Harrow.
s Le docteur Drury, auquel j’ai causé bien dès tourments, a été l’ami te meilleur, le plus tendre et le plus éclairé que j’aie jamais eu. Je le regarde encore aujourd’hui comme un second père. If.
* Le docteur Butler.
7 Dans les écoles publiques de l’Angleterre, tes commençants sont soumis à leurs aines, jusqu’à ce que, parvenus aux classes supérieures, ils commandent à leur tour.
* Thomas Sackville, lord Buckburst, créé par Jacques l<r comte de Dorset, fut le premier qui composa un drame régulier.
* Charles Sackville, comte de Dorset, regardé comme l’homme le plus accompli de son temps.
10 Miss Chawonh appartenait à celte famille des Chaworth qui devait avoir pour lord Byron un intérêt profond et tout spécial. C’était en 4804. Six semaines passées auprès d’elle enflammèrent le cœur du jeune homme. Avec les vacances son beau rêve s’évanouit. Il ne la revit plus qu’une fois, l’année suivante. En août <805, elle se maria, et mourut en 4833, de la frayeur que lui causa le pillage du manoir de Colwick par les insurgés de Nottingham.
11 C’est le nom classique de l’université de Cambridge.
i* Auteur d’un ouvrage sur la versification grecque.
13 Les jours de fête les étudiants portent des surplis dans la chapelle.
i* Mes amitiés d’enfance ont été des passions (car j’ai toujours été violent) : je ne crois pas qu’il y en ait une seule qui ait duré jusqu’à présent; <1 est vrai que la mort en a moissonné quelques-unes. B.
]E A Harrow, dans tous mes combats, je me suis passablement tiré d’affaire. Je ne crois pas avoir été vaincu plus d’une fois sur sept. B.
16 On montre, dans le cimetière d’Harrow, une tombe de laquelle on découvre Windsor. C’est là que Byron allait fréquemment passer des heures
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entières, plongé dans ses méditations. Les élèves l’ont appelée la « tombe de Byron.»
Personnage d’un drame d’Young, intitulé la Vengeance.
i> Acteur célèbre.
C’est la traduction presque littérale d’un proverbe espagnol.
*® Cet incident eut lieu à Soutbwell, et la jolie demoiselle à laquelle ces vers furent adressés était miss Houson.
*• Selon les lois, tout mineur est réputé enfant.
** «Quand j’entrai au collège de la Trinité, à Cambridge, en 1*05, à dix-sept ans et demi, j’étais dans la disposition d’esprit la plus insupportable. J’étais malheureux de quitter Harrow, malheureux d’aller à Cambridge au lieu d'aller à Oxford, malheureux par suite de circonstances domestiques de différents genres, et conséquemment aussi insociable qu’un loup qu’on a enlevé du milieu de sa bande. » B.
M. Moore ajoute : « Le genre de vie que menait alors Byron, au milieu des dissipations de Londres et de Cambridge, sans foyer, sans même le toit d’un ami pour le recevoir, était peu propre à le rendre content de luimême ou du monde. N’ayant à se conformer à d’autre volonté que la sienne, les plaisirs pour lesquels il avait le plus de goût lui devinrent bientôt insipides, faute de ces indispensables assaisonnements de toute jouissance, la rareté et l’obstacle. »
** Ayant appris que cette pièce de vers avait été l’objet de censures sévères et peu ménagées, je n’y répondrai qu’en citant un passage d’un ouvrage estimé, V Etranger en France, de Carr : — «Pendant que nous étions occupés â regarder un grand tableau, oh l’on voyait entre autres un guerrier totalement nu, une dame h l’air prude, et qui paraissait avoir atteint l’âge oh l’on désespère, l’examina longtemps avec sa lorgnette, puis dit aux personnes de sa société : « 11 y a beaucoup d’indécence dans ce
tableau. » Sur quoi madame S me dit à l’oreille : « C’est dans ce
qu’elle vient de dire qu’est l’indécence. » B.
** La catastrophe de cette légende est puisée dans l’histoire de Jéronymo et Lorenzo, au premier volume de l’ Arménienne, ou le Voyeur de spectres, par Schiller. Elle a aussi quelque analogie avec une scène du troisième acte de Macbeth.
Les montagnards d’Ecosse allument, le t mai, de grands feux de joie, appelés Beal-tain, feux de Baal. C’est une ancienne superstition celtique.
*6 Le docteur William (lord Mansel).
91 Shakspeare.
Le Cam, rivière de Cambridge.
19 Expression familière aux quakers, qui croient à l’opération de l’Esprit saint dans le cœur de l’homme.
99 La cornaline dont il est ici parlé fut donnée h lord Byron par un enfant de chœur de Cambridge, nommé Eddlestone, qui parait avoir été de sa part l’objet de l’amitié la plus enthousiaste.
*> Dans mon enfance, je passais pour bon acteur. Outre les déclamations d’Harrow, dans lesquelles j’excellais, en 1800, à Southwell, sur un
théâtre d’amateurs, j’ai joué trois jours de suite Penruddock dans la Boue de la Fortune, et Tristam Fickle dans la farce de la Girouette, et on m’y a fort applaudi. Le prologue prononcé en cette occasion était de ma composition. Les autres rôles était joués par des jeunes personnes et des jeunes gens du voisinage : l’auditoire était indulgent, et tout se passa pour le mieux. B.
** Le jeune poète écrivit ce prologue entre deux relais, en partant d’Harrowgate.
** Harrow.
Miss Elisabeth Pigot, de Southwell, à laquelle sont adressées plusieurs des lettres qui datent de la jeunesse de Byron.
** Lachin y Gair, que, dans la langue erse, on prononce Loch na Garr, est une haute montagne des Highlands du Nord, près d’invercauld. C’est, dit-on, la plus haute montagne de la Grande-Bretagne. C’est assurément l’une des plus sublimes et des plus pittoresques de nos « Alpes calédoniennes.» Son aspect est sombre, mais son sommet est couronné de neiges éternelles. C’est là que j’ai passé une partie de mon enfance, et c’est ce souvenir qui a produit ces stances. B.
86 Je fais ici allusion à mes ancêtres maternels, les Gordons, dont plusieurs combattirent pour le Malheureux prince Charles, plus connu sous le nom de Prétendant. Cette branche de ma famille était alliée aux Stuarts par les liens du sang et du dévouement. George, second comte d’Huntley, épousa la princesse Annabella Stuart, fille de 'Jacques 1» d’Ecosse. Il en eut trois fils, et j’ai l’honneur de compter le troisième, sir William Gordon, parmi mes ancêtres. B.
81 Je ne suis pas certain qu’aucun Gordon ait perdu la vie à la bataille de Culloden ; mais comme il y en eut plusieurs qui périrent dans l’insurrection, je me suis servi du nom de l'action principale ; pan pro loto.
as H y a dans les Highlands un canton de ce nom. 11 y a aussi un château de Braemar.
s* Le révérend John Becher, de Southwell.
*o L’abbaye de Newstead fut fondée par Henri II, peu de temps après le meurtre de Thomas Becket.
*J La croix rouge était le signe que portaient les croisés.
** Le prieuré de Newstead était consacré à la Vierge.
*s Lors de la dissolution des monastères, Henri Vlll donna l’abbaye de Newstead à sir John Byron.
** Newstead soutint un long siège dans la guerre entre Charles I« et son parlement.
*s Lord Byron et son frère sir William avaient un commandement dans l’armée royale. Le premier était général en chef en Irlande, lieutenant de la Tour, et gouverneur de Jacques, duc d’York, depuis Jacques II; le second se distingua dans plus d’une bataille.
*8 Lucius Cary, lord vicomte Falkland, l'homme le plus accompli de son temps, fut tué à la bataille de Newbury, en chargeant dans les rangs du régiment de cavalerie de lord Byron.
NOTES DES HEURES DE PARESSE
*7 Ccci est un fait historique. Une violente tempête suivit la mort oa l'enterrement de Cromwell, ce qui occasionna plus d’une dispute entre» scs partisans et les cavaliers : les uns et les autres y virent une intervention divine. Qu’elle ait eu pour oHjet l’approbation ou le blâme, c’est c& que nous abandonnons il la décision des casuistcs de l’cpoque. J’ai cru devoir, dans mon poème, tirer parti de cette circonstance. B.
♦S Charles II.
*® «Arrive ce qui pourra, « écrivait Byron A sa mère en mars 1 809,. «Newstead et moi aurons une destinée commune. Maintenant j'ai vécu dans ce lieu, mon cœur s’y est attaché, et il n’est pas de nécessité présente et future qui puisse m’engager à trafiquer du dernier vestige de. notre héritage. J’ai assez d’orgueil pour être en état de supporter des embarras de fortune; mais dussé-je obtenir en échange de l’abbaye de Newstead la plus grande fortune du pays, je rejetterais la proposition’. Tranquillisez-vous sur ce chapitre : je sens comme doit sentir un homme d’honneur, et je ne vendrai pas Newstead. »
*® Le docteur Butler, directeur du collège d’Harrow.
*l Lors de la retraite du docteur Drury, trois candidats se présentèrent pour occuper le fauteuil vacant : MM. Drury, Evans et Butler. « Au premier mouvement que fit naître dans le collège cette lutte des trois rivaux,» dit M. Moore, « le jeune Wildman se mit à la tête du parti de Marc Drury; mais Byron se tint à l’écart, et ne prit parti pour personne. Désireux toutefois de s’en faire un allié, un membre de la faction Drury dit à Wildman : Je sais que Byron ne se joindra pas à nous, parce qu'il ne veut point, du second rang; mais en le nommant notre chef, nous sommes sûrs de l’avoir pour nous. » C’est ce que fit Wildman, et Byron prit le commandement.
** Le docteur Drury. Lord Byron en parle partout dans les termes les plus honorables.
Pendant une révolte à Harrow, le poète empêcha qu’on ne mit le feu à la classe, en montrant aux élèves les noms de leurs pères gravés sur les murs.
** Lord Byron dit quelque part, en parlant de la vie qu’il menait à. Harrow : « On me trouvait toujours au milieu du tapage, des révoltes, des querelles et des espiègleries de tout genre. » Un jour, par manière de bravade, il arracha tous les barreaux de la fenêtre de la grande salle. Le docteur Butler lui ayant demandé le motif de cet acte de violence, il répondit froidement : C’est parce qu’ils interceptaient le jour. »
La description de ce qu’éprouvait en 1806 le jeune poète en retrouvant dans le monde l’un de scs anciens condisciples, est bien loin d’égaler ce passage d’une de ses lettres où il parle de la rencontre qu’il fit par hasard de lord Clare sur la route d’imola à Bologne, en 1821 : « Cette rencontre, » dit-il, * fit pour un moment disparaître toutes les années écoulées depuis ma sortie d’Harrow. Ce que j’éprouvai est inexplicable. II me semblait sortir du tombeau. Clare, de son côté, était vivement ému, plus que je ne le paraissais moi-même ; car je sentis les battements de soo
coeur à l'extrémité de ses doigts, à moins que ce ne fussent les pulsations de mon propre cœur que je sentais. Nous ne passâmes ensemble que cinq minutes, et sur la grand’route encore; mais je n’ai pas une heure dans toute mon existence que je puisse mettre en parallèle avec ces cinq minutes-là. » Nous pouvons aussi citer ce passage intéressant d’une lettre de madame Guiccioli : « En 1822, « dit-elle, « quelques jours avant de quitter Pisc, nous étions un soir assis dans le jardin du Palazzo Lanfranchi. Cn domestique vint annoncer M. Hobhouse : la légère teinto de mélancolie répandue sur les traits de lord Byron fit place tout à coup à la joie la plus ▼ive, tellement qu’il faillit se trouver mal. Une effrayante pâleur couvrit ses joues, et scs yeux se remplirent de larmes lorsqu’il embrassa son ami ; son émotion était si grande, qu’il fut obligé de s'asseoir. » s# L’honorable John Wingfleld, frère de Richard, quatrième vieomte Powerscourt. Il est mort à Coïmbrc, dans sa vingtième année, le 44 mai 18H.
ti Le révérend John Cécil Tattersall, mort à vingt-quatre ans, le 8 décembre 1812.
a» Le combat dont il est ici parlé eut lien par suite de la rencontre fortuite des élèves d’Harrow et de quelques recrues revenant de l’exercice. 11 paraît qu’en cette occasion la crosse d’un fusil était déjà levée sur la tête de Byron et allait l’étendre sur le carreau, lorsque l’intervention de Tattersall le sauva.
** John Fitzgibbon, second comte de Clare, né le 2 juin 1792. Son père, auquel il succéda le 28 janvier t802, avait été pendant près de douze ans lord chancelier d’Irlande. Sa seignenrie était en 1832 gouverneur de Bombay. Lord Byron écrivait en 1821 : « Je n’entends jamais, maintenant encore, prononcer le nom de Clare sans un battement de cœur. »
*® George John, cinquième comte Delawarr, né le 26 octobre 1791. Il succéda à son père, John Richard, le 28 juillet 1795.
®i 11 est impossible de lire l’extrait suivant d’une lettre adressée à lord Clare en février 1897, sans rendre hommage à la noble candeur et & la conscience de l’écrivain : « Vous serez étonné d’apprendre que j’ai depuis peu écrit à Delawarr, à l’effet d’expliquer (autant du moins que je pouvais le faire sans compromettre d’anciens amie) la cause de mes procédés à son égard, pendant mon séjour à Harrow. Vous devez vous' souvenir que ces procédés ont été tant soit peu cavaliers. Depuis lors, j’â découvert qu’il avait été injustement traité par ceux qui m’avaient représenté sa conduite sous un faux jour, et par moi-même, par suite des impressions erronées qu’on m’avait communiquées sur son compte. J’ai donc fait toutes les réparations en mon pouvoir, en faisant l’aveu de ma méprise. Je ne sais si cette démarche réussira. Toutefois, j’ai soulagé ma conscience par cette expiation, qui a dû coûter à un homme de mon caractère; mais l’idée d’avoir, à mon insu, attribué un tort à quelqu’un, m’aurait ôté le sommeil. J’ai réparé ce tort autant qu’il était en moi. »
** Edouard Noël Long, auquel une pièce de vers est adressée plus bas.
NOTES DES HEURES DE PARESSE. 90
6S Allusions aux discours oratoires que prononçaient les élèves du collège d’Harrow, A l’époque des examens publics.
« Je me souviens, » dit Byron, « que ma première déclamation étonna le docteur Drury, et lui arracha (car il en était économe) une exprès-* sion subite et inaccoutumée de satisfaction, devant tous les déclamatcurs, lors de notre première répétition. »
** Nous ferons remarquer que ce poème, quoique bien différent dans la catastrophe, est le môme sujet que l’épisode de Nisus et £uryalc dans VÉnêide. B.
•* 11 est difficile d’en dire la raison, mais il est certain que ces stances, bien supérieures à la plupart des autres poèmes de la jeunesse de Byron, n'ont pas été comprises dans l’édition de 1807. « Écrites à une époque otl l’auteur n’avait pas atteint sa dix-neuvième année, » dit M. Moore, « elles montrent combien est née de bonne heure en lui la lutte entre le doute et la piété naturelle » En lisant la critiqua de la Retue d'Edimbourg, il ne faut pas perdre de vue que le volume des Heures de Paresat ne contenait pas la Prière de la Nature.
81 Compagnon d’études de Byron au collège d’Harrow et à l’uuiversité de Cambridge, il entra plus tard dans les gardes.
Mistriss Musters.
68 « Notre mariage eût apaisé des haines oh le sang de nos pères avait coulé ; — il aurait réuni des terres étendues et fertiles ; il eût du moins réuni un cœur et deux personnes assez bien assorties par l’âge (elle est mon ainée de deux ans); et— et— et— quel a été le résultat! » B.
18 Morven, haute montagne do l’Aberdccnshiro.
7t La Dée est une belle rivière, qui prend sa source près de Mar- Lodge et se jette dans la mer à New-Aberdeen.
77 Colbleen est une montagne â l’extrémité des Highlands de l’Écosse, non loin des ruines de Dec-Cas!le.
7* Ce projet de voyage en Écosse ne fut pas mis à exécution.
7* C’est sous ce nom que Thomas àloore avait publié sa traduction à’ A nacrcon.
7* Un poète ( horresco referens) a défié son critique à un combat h mort. Si cet exemple devient contagieux, il faudra nécessairement plonger dans le Styx nos censeurs périodiques. Par quel autre moyen les meure h l’abri de la fureur d’une nuée d’assaillants J B.
7c A la mort d’AUégra, sa fille naturelle, en avril 4822, lord Byron fit transporter à Harrow sa dépouille mortelle pour y être inhumée. « C’est là, » écrivait-il à M. Murray, a que j’espérais reposer moi-même. » 11 ajoute : « 11 y a dans le cimetière un endroit, près du sentier, sur la côte de la colline, d’oh l’on découvre Windsor; là se trouve une tombe sous un grand arbre, à l’ombre duquel j’avais coutume de m’asseoir des heures entières lorsque j’étais enfant. C’était ma retraite favorite ; mais, comme je me propose d’élever un marbre funéraire à sa mémoire, il vaudra mieux déposer le corps dans l 'église. » — C’est aussi ce qui fut fait.
77 La Reçut Mensuelle ÇÂlont/ihj-Review ), la plus répandue de celte
époque après la Revue d'Edimbourg , rendit un compte beaucoup plus favorable des Heures de Paresse. « Ces compositions, » dit-elle, * ont en general un ton plaintif et tendre entremêlé parfois de satire ; on y trouve de la facilité, de la force, de l'énergie, de la chaleur. On doit s’attendre à y voir des traces de jeunesse et des négligences; et nous conseillons sérieusement & notre jeune barde de les réviser et de les corriger avec une modeste persévérance. Nous apercevons dans lord Byron une puissance intellectuelle et une tournure d’idées qui nous font désirer vivement de le voir sagement dirigé dans la carrière de la vie. 11 a reçu de la nature des talents, et il est comptable de leur usage. Nous espérons qu’il les rendra utiles à l’humanité, et qu’il y trouvera une source de satisfaction réelle pour lui-même dans sa vieillesse. C’est alors qu'il pourra justement s’écrier avec l’orateur romain .-Je n’ai point à déplorer ma vie, comme ont fait souvent beaucoup d’hommes, et des plus savants; je ne me repens pas d’avoir vécu : car j’ai vécu de manière que mon existence n’a pas été inutile. Non lubel mihi deplorare viiam, quod multi, et fi docli, sæpe fecerunt, neque me vixisse pocnilet ; quoniam ita ci jri, ut non frustra me nutum ezistimem. »
Lord Byron répondit b la critique d’Edimbourg par une satire, et devint l’un des rédacteurs de la Revue Mensuelle.