‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 49 sur 201 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Tous mes amis, éclairés ou non, m’ont conseillé de ne pas mettre mon nom à cette satire. Si des jeux de mois et des boulets de papier suffisaient pour changer mes déterminations, je me serais conformé à leur avis ; mais les injures ne m'effraient pas, et je ne me laisso pas intimider par des rédacteurs de Rerue, amis ou non amis. Je puis dire en conscience que je n’ai attaqué personnellement aucun individu qui n’ait commencé par prendre l’offensive. Les ouvrages d’un auteur sont une propriété publique : quiconque les aciiète a le droit de les juger, et de publier son opinion si cela lui convient, et les auteurs dont je me suis efforcé de perpétuer le souvenir peuvent faire pour moi ce que j’ai fait pour eux. Je suis sûr qu'ils réussiront beaucoup mieux à critiquer mes écrits qu’à améliorer les leurs. Le but que je me propose n’est pas de prouver que je puis écrire bien, mais, s’il est possible, d'obliger les autres à écrire mieux.

Comme ce pofime a eu beaucoup plus de succès que je ne m'y attendais, j’ai tâché, dans cette édition, d’y faire des additions et des changements qui le rendissent plus digne des regards du public.

La première édition de cette satire, publiée sans nom d'auteur, contenait au sujet du Pope de Bowles, quatorze vers composés par l'un de mes amis, homme d'esprit *, qui vient de mettre sous presse

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un volume de poésies ; c'est à sa demande que je les avals insérés. Je les ai retranchés dans cette édition, et je leur en ai substitué d'autres de ma composition ; en cela j’ai été guidé par un sentiment que beaucoup d’autres partageront , à savoir, la résolution de ne mettre mon nom qu'à des ouvrages sortis entièrement et exclusivement de ma plume.

Pour ce qui est » des talents réels de la plupart des poètes dont il est fait mention ou auxquels il est fait allusion dans cette satire, l’auteur est persuadé qu'il ne saurait y avoir une grande divergence d’opinion dans la masse du public r ce n’est pas qu'à l'exemple d'autres sectaires, chacun d’eux n'ait son tabernacle spécial de prosélytes qui exagèrent son mérite, ferment tes yeux sur ses défauts, et reçoivent sans scrupule et avec respect ses oracles poétiques. Mais la dose considérable d'esprit que possèdent incontestablement plusieurs des écrivains que j'ai censurés, rend plus regrettable encore la prostitution qu’ils ont faite de leur intelligence. La sottise peut exciter la pitié, du moins on peut en rire et l’oublier; mais l’abus du talent appelle une énergique réprobation. Nul plus que l’auteur, n’eût désiré voir un écrivain connu et plus capable prendre en main la tâche de démasquer ees hommes ; mais M. Gifford est absorbé par ses travaux sur Massinger; et, en l'absence de docteurs de la Faculté, il est permis à un médecin de campagne, dans les cas d’absolue nécessité, de débiter son baume pour empêcher la propagation d'une si déplorable épidémie, pourvu qu'il n'y ait point de charlatanisme dans son traitement ; et il est à craindre que le cautère ne soit indispensable pour la guérison des nombreux malades affligés de celte rage de rimer, qui fait de 003 jours de si redoutables progrès. — Quant aux rédacteurs de la Revue d'Édimbourg *, il faudrait un Hercule pour écraser cette hydre. Mais si l'auteur parvient seulement à briser l’une des têtes du serpent , dût sa main Cire blessée dans le combat, il s’estimera amplement satisfait.

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