‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 50 sur 201 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Le poète examine l’état de la poésie dans les siècles passés. — De là, par eue transition subite, il passe à l’époque actuelle. — 11 exhale sa colère contre les faiseurs de livres, — reproche à Walter Scott sa cupidité et sa fabrique de ballades. — Notables observations sur M. Southey.— L’auteur se plaint de ce que M. Southey a infligé au public trois poèmes épiques et autres. — 11 s’élève contre William Wordsworth, mais loue M. Coleridge et son élégie sur un jeune âne. — 11 se montre disposé à blâmer M. Lewis.— 11 réprimande vertement le ci-devant Thomas Little, ainsi que lord Strangford. — 11 recommande à M. Hayley d’écrire en prose, — exhorte les Moraves à glorifier M. Grahame, — exprime sa sympathie pour le révérend Bowles, — déplore la malheureuse destinée de James Montgomery, — s’emporte contre les rédacteurs de la Revue d'Edimbourg, — les gratifie de noms fort durs, tels que celui de harpie et autres. — Apostrophe à Jeffrey; prophétie à son égard. — Episode de Jeffrey et Moore, périls qu’ils courent, leur délivrance ; présages dans la matinée oh eut lien le combat; la Tweed, le Tolbooth, leFrith de Forth éprouvent une commotion; une déesse descend du ciel pour sauver Jeffrey; incorporation des balles avec son sinciput et son occiput. — Revue en masse des critiques d’Edimbourg. — Lord Aberdeen, Herbert, Scott, Hallam, Pillans, Lambe, Sydney, Broitgham, etc. — Lord Holland loué pour ses dîners et ses traductions. — Le théâtre ; Sceffington, Hook, Reynolds, Kenney, Cherry, etc. — Appel à Shéridan, à Colman et à Cumberland, pour qu’ils reprennent la plume. — L’auteur retient à la poésie. — Rimailleurs de toutes sortes. — Les lords écrivent parfois, ils feraient beaucoup mieux de s’en abstenir. — Hafiz, Bose, Mathilde et X. Y. Z. — Rogers, Campbell, Gifford, etc., poètes véritables. — Traducteurs de l’Anthologie grecque. — Crabbc. — Style de Darwin. — Cambridge. — Prix universitaire. — Smyth.— nondgson.— Oxford. — Richards. — Le poète entre en scène. — Conclusion.

Quoi ! je serai condamné à tout entendre! 6 L’enroué Fîlz- Gerald7 braillera dans les tavernes ses couplets discordants; et moi, je me tairai , de peur que les Revues écossaises ne m’appellent rimailleur et ne dénoncent ma muse ! Non! non! préparez-vous k me lire. — J’écrirai à tort ou à raison ; les sots sont le sujet de mes vers. La satire inspirera mes chants!

O le plus noble don de la nature! ma bonne plume d’oie! esclave de ma pensée, obéissante à ma volonté, arrachée h l’aile paternelle pour faire une plume, ce puissant instrument de bien petits hommes! O loi ! qui facilites l’accouchement intellectuel d’un cerveau en travail , gros de vers ou de prose; toi qui, en dépit de l’inconstance des femmes et des sarcasmes de la critique, fais la consolation d’un amant et la gloire d’un auteur, que de beaux esprits, que de poètes lu fais naître chaque jour ! Combien est fréquent ton emploi, et petite ta gloire, condamnée enfin à un complet oubli, de même que les pages que tu as tracées! Mais toi, du moins, plume qui m'appartiens, toi que j’ai déposée naguère et que je reprends maintenant, notre tâche terminée, tu seras libre comme celle de Cid Hamel8; si d’autres te méprisent, moi je le chéris. Prenons donc aujourd’hui notre essor; ce n’est point un sujet rebattu, une vision orientale, un rêve extravagant qui m’inspire9; notre route, bien que hérissée d’épines, est distinctement tracée : que nos vers soient coulants «l notre chant facile !

En ce temps, où le Vice triomphant commande en souverain, obéi par les hommes, scs esclaves volontaires; où la Folie, trop souvent précurseur du crime, garnit son chapeau des grelots de tous les pays; où les méchants et les sols domiment réunis et pèsent leur justice dans des balances d’or; eh bien! les plus hardis redoutent encore la risée publique; la crainte de la honte est la seule qui leur reste ; ils pèchent avec plus de mystère, tenus en effroi par la satire, et tremblent devant le ridicule, sinon devant la loi.

Telle est la puissance de l’esprit ; mais les flèches de la satire ne sont point mon partage; pour châtier les iniquités royales de notre âge, il faut une arme plus acérée, une main plus puissante. Néanmoins il est des folies dont la chasse m’est permise et pourra du moins m’amuser. Qu’on rie avec moi, je ne demande pas d’autre gloire. Le signal a retenti; mon gibier, ce sont les écrivassiers. Au galop, mon Pégase! — Je cours sur vous tous, poèmes grands cl petits, odes, épopées, élégies ! Et moi aussi, je puis comme un autre bar-

LES BARDES DE L’ANGLETERRE, ETC. JOo

bouiller du papier. Et il m’arriva un jour de répandre par la ville un déluge de vers, vraie boutade d’écolier, indigne d’éloge ou de blâme; je me fis imprimer, — de plus grands enfants que moi en font autant. Il est doux de voir son nom imprimé ; un livre est toujours un livre, bien qu’il n’y ait rien dedans. Ce n’est pas qu’un nom titré puisse sauver d’un oubli commun le livre et l’écrivain : Lambe en sait quelque chose, lui dont la farce bâtarde a été sifflée malgré le nom patricien de son auteur. Cela n’empêche pas que George ne continue h écrire 10 , bien qu’il cache son nom aux regards du public. Autorisé par ce grand exemple, je suis la même voie; seulement je fais moi-même ma Revue; et, sans recourir au grand Jeffrey, comme lui je me constitue de ma propre autorité juge en poésie.

I! faut un apprentissage pour tous les métiers, excepté pour celui de censeur. On trouve des critiques tout faits d’avance. Sachez par cœur les plaisanteries rebattues de Miller, ayez tout juste autant de science qu’il en faut pour faire des citations erronées, un esprit bien dressé à trouver ou â forger des fautes, une certaine disposition au calembour, que vous appellerez sel atlique ; allez trouver Jeilrey; soyez silencieux et discret : il paye juste dix livres sterling la feuille ; ne craignez pas le mensonge, il donnera à vos traits quelque chose de plus acéré ; ne reculez pas devant le blasphème, il passera pour de l’esprit; foulez aux pieds toute sensibilité, ne vous faites pas faute de jeux de mois : vous voilà devenu un critique complet; on vous haïra, mais vous serez adulé.

Nous soumettrons-nous à une telle juridiction? Non, certes. Cherchez des roses en décembre, de la glace en juin; demandez de la constance au vent, du blé h la paille; croyez Ii une femme ou h une épitaphe ou h tout autre objet menteur, plutôt que d’ajouter foi au langage d’un critique chagrin, ou de vous laisser égarer par le cœur de Jeffrey 11 ou la tète béotienne de Lambe1*. Tant que, soumis au joug de ces tyrans imberbes et sans mission, de ces usurpateurs du sceplre du Goût, les auteurs courberont humblement la tête, accueilleront leur voix comme celle de la Vérité, et recevront

leurs arrêts comme articles de foi ; tant que la Critique sera remise en de telle mains, ce serait un péché que de l’épargner. De tels censeurs méritent-ils des ménagements ? Néanmoins nos modernes génies se suivent tous de si près, qu’on ne sait quel chois faire parmi eux; nos poêles et nos critiques se ressemblent tellement, qu’on ne sait trop qui épargner ou qui frapper.

Vous me demanderez peut-être pourquoi je me hasarde dans une carrière que Pope et Gifford oqt courue avant moi. Si déjà vous n’êtes rebutés, continuez h me lire. Mes vers vont vous répondre. « Arrêtez ! » me crie un ami ; « ce vers est négligé ; celui-ci, celui-là et cet autre encore me semblent incorrects. » — Eh bien! qu’en conclurez-vous? Pope a fait la même faute, ainsi que l’insouciant Dryden. — Oui; mais Pye ne l’a pas commise. — Voilà vraiment une belle autorité ! Que m’importe? mieux vaut errer avec Pope qu’exceller avec Pye.

Avant nos jours dégénérés, où des oeuvres ignobles obtiennent des éloges imposteurs, il fut un temps où, au lieu de grâces mensongères, l’esprit et le bon sens s’alliaient à la poésie et florissaient ensemble , puisaient leurs inspirations à la même source, et, cultivés par le goût, brillaient chaque jour d’une beauté nouvelle. C’est alors que, dans cette île heureuse, la voix pure de Pope s’efforcait de charmer l’àme ravie et voyait le succès couronner ses efforts, aspiraità l’approbation d’une nation polie, et relevait la gloire du pays en même temps que celle du poète. Comme lui, le grand Dryden faisait couler les flots de sa muse avec moinsdedouceur peut-être, mais plus de force. Alors aussi Congrève égayait la scène, Otway nous arrachait des larmes ; car l’accent de la nature allait au cœur d’un auditoire anglais. Mais pourquoi rappeler de tels noms ou de plus illustres encore, quand a place de ces grands hommes est occupée par des bardes sans génie ? Mais c’est vërs ces temps que nous reportons nos regards attristés par la fuite du Goût et de la Raison. Jetez maintenant les yeux autour de vous, feuilletez cet amas de pages frivoles; contemplez les ouvrages précieux qui charment notre époque. 11 est toutefois une vérité que la satire

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