‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 51 sur 201 · LES BARDES I)E L'ANGLETERRE, ETC · texte numérisé non relu

LES BARDES I)E L'ANGLETERRE, ETC

elle-même doit reconnaître: c’est qu’on ne peut se plaindre qu’il y ait parmi nous disette de poêles 13. Leurs œuvres font gémir la presse et fatiguent les imprimeurs; les épopées de Soulhèy font craquer sous leur poids les rayons des bibliothèques ; et les poésies lyriques de Litlle brillent en in-douze satinés.

« 11 n’y a rien de nouveau sous le soleil, » disent les prédicateurs; et pourtant nous courons d’innovations en innovations. Que de merveilles diverses nous allèchent en passant! La vaccine, l’attraction, le galvanisme et le gaz apparaissent successivement, excitent l’admiration du vulgaire, puis la bulle de savon crève, — il n’y a plus que de l’air ! Nous voyons aussi s’élever de nouvelles écoles poétiques où d’ennuyeux prétendants réclament la palme. Ces pseudo-bardes font pendant quelque temps taire la voix du Goût. Maint club campagnard plie le genou devant Baql, et, détrônant le Génie légitime, élève un temple et une idole de sa façon u, quelque veau de plomb, peu importe lequel, depuis l’ambitieux Soulhey jusqu’au rampant Slott

Voyez! la légion écrivassière, fractionnée en groupes divers, défile devant nous, impatiente d’atlircr l’attention : chacun^pique de l’éperon son Pégase efflanqué; la Rime et les Vers Blancs marchent côte h côte. Voyez s’amonceler sonnets sur sonnets , odes sur odes. Les histoires de revenants sc coudoient en roule; les vers s’avancent en mesures démesurées, car la Sottise aime un ryhthme varié; amie du fatras étrange et mystérieux , elle admire toute poésie qu’elle ne peut comprendre. C’est ainsi que les lais du Ménestrel — puissent-ils être les derniers! — font entendre au souffle des vents leurs tristes gémissements sur des harpes h demi tendues , pendant que les esprits de la montagne bavardent avec les esprits de la rivière, afin que les dames puissent les entendre la nuit; des nains farfadets de la race de Gilpin Horner égarent dans les bois de jeunes seigneurs écossais, sautillant h chaque pas, Dieu sait à' quelle hauteur! et font peur aux petits enfants, Dieu sait ». pourquoi ! tandis que dans leur cellule magique des dames

de haut parage font défense de lire à des chevaliers qui ne savent pas épeler, dépêchent un courrier au tombeau d’un sorcier, et font la guerre h d’honnêtes gens pour protéger un mécréant.

Voyez ensuite s’avancer gravement, sur son cheval de parade, l’orgueilleux Marmion au cimier d’or, tantôt faussaire, tantôt le premier au combat; sans être tout h fait un félon , il n’est pourtant chevalier qu’à demi , également propre a décorer un gibet ou un champ de bataille, puissant mélange de grandeur et de bassesse. T’imagines-tu donc, Scott 1(, dans la folle arrogance , faire agréer au public ton roman insipide? C’est en vain que Murray se ligue avec Miller pour rétribuer la muse h raison d’une demi-couronne par vers. Non ! quand les fils d’Apollon s’abaissent h trafiquer de leur plume, leurs palmes sont desséchées, leurs jeunês lauriers sont flétris. Que ceux-là abdiquent le titre sacré de poêle, qui tourmentent leur cerveau pour un vil salaire , et non pour la gloire 1T. Puissent-ils travailler en vain pour Mammon, et contempler avec douleur l’or qu'ils n’ont pu gagner ! Que ce soit là leur partage! que telle soit la juste récompense de la Muse qui se prostitue, du barde mercenaire ! C’est pour cela que nous n’avons que des mépris pour le fils vénal d’Apollon; et sur ce, nous disons « bonne nuit à Marmion. »

Voilà les œuvres qui réclament aujourd’hui nos applaudissements; voilà les poètes devant lesquels la Muse doit s’incliner, pendant que Milton, Dryden, Pope, relégués dans un commun oubli, cèdent leurs palmes sacrées à Waller Scott!

Il fut un temps, alors que la Muse était jeune encore, qu’Homère faisait résonner sa lyre, que Virgile chantait, où pour produire un poète épique dix siècles suffisaient à peine, où l’admiration des peuples saluait avec respect son nom magique; l’ouvrage de chacun de ces bardes immortels apparaît comme l’unique merveille de mille années. Des empires ont disparu de la face de la terre, des langues ont expiré avec ceux qui leur avaient donné naissance, sans

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