‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 52 sur 201 · LES BARDES DE L’ANCLETERRE, ETC · texte numérisé non relu

LES BARDES DE L’ANCLETERRE, ETC

obtenir la gloire de l'un de ccs chants immortels où revit toute une langue éteinte. 11 n’en est point ainsi de nous. Nos poêles, malgré leur infériorité, ne se contentent pas d’appliquer à un grand ouvrage le travail d’une vie entière : voyez d’un vol d’aigle s’élever dans les deux Southey, le marchand de ballades. Que Camoëns, Millon, le Tasse, baissent pavillon devant cet homme qui, chaque année, fait entrer en campagne une armée de poëmes ! Voyez au premier rang s’avancer Jeanne d’Arc, le fléau de l’Angleterre et l’orgueil de la France! méchamment brûlée par Bedforl, comme sorcière, voyez sa statue entourée d’une auréole de gloire; elle a brisé ses fers, sa prison s’est ouverte, eteelte vierge phénix renaît de ses cendres ! Voici ensuite venir le terrible Thalaba , monstrueux , sauvage et merveilleux enfant de l’Arabie, redoutable destructeur de Dom Daniel, lui qui a plus exterminé de magiciens enragés que le monde n’en a jamais connu. Héros immortel ! rival du Petit- Poucet, règne à jamais sur les débris de les ennemis abattus! Puisque la poésie s’enfuit effrayée h ton aspect, tu fus avec raison condamné à être le dernier de ta race! Des génies triomphants ont bien fait de t’enlever de ce bas, monde, illustre vainqueur du sens commun ! Voici maintenant le dernier et le plus grand des héros de Southey; Madoc déploie sa voile, Madoc, cacique à Mexico, et prince au pays de Galles; comme tous les voyageurs, il nous conte d’étranges histoires, plus vieilles que celles de Mandeville et pas tout à fait aussi vraies. O Southey ! Southey ! mets un terme à la fécondité de ta muse! Un barde peut chanter trop souvent et trop longuement : poêle vigoureux, par pitié, épargnenous! Un quatrième poëme , hélas ! c’en serait trop. Mais si , en dépit de tout ce qu’on peut le dire , tu persistes à te frayer en vers un pénible chemin ; si dans tes ballades, on ne peut plus inciviles, lu continues h dévouer les vieilles femmes au diable , Dieu garde de tes sinistres desseins les enfants qui sont encore à naître ! Dieu te soit en aide, Sou- Ihey, et a tes lecteurs aussi ** !

Voyez venir ensuite son disciple ennuyeux, le bénin apos-

tat des règles poétiques, le simple Wordsw ortli, dont 1rs chants sont aussi doux qu’un soir de mai, son mois favori lf; qui conseille h son ami « de laisser là le travail et le trouble, et de quitter scs livres, de peur de devenir double *°; » qui par le précepte et l’exemple fait voir qu’il n’y a aucune différence entre les vers et la prose ; nous démontre clairement qu’une prose insensée fait les délices des poétiques âmes, et que les contes de Noël , mutilés par la rime, contiennent l’essence du vrai sublime. Ainsi , lorsqu’il nous raconte l’histoire de Betty Foy, la mère idiote d’un a enfant idiot , » nigaud , lunatique qui a perdu son chemin , et , de même que son poète, confond la nuit et le jour, il appuie tellement sur tous les endroits pathétiques , et décrit chaque aventure d’une manière si sublime, que tous ceux qui voient « l’idiot dans sa gloire » prennent l’historien pour le héros de l’histoire.

Passerai-je sous silence Taimable Coleridge, cher a l’ode boursouflée et à la strophe ambitieuse? Bien qu’il se plaise surtout aux sujets innocents, l’obscurité néanmoins est la bienvenue auprès de lui. Si parfois l’inspiration refuse son aide à celui qui adopte une fée pour sa muse, nul ne saurait surpasser en poésie relevée la barde qui prend un âne pour sujet d’élégie. La matière s’adapte si merveilleusement à son noble esprit , qu’on croit entendre braire le poète lauréat de la genl aux longues oreilles 41.

O Lewis**! merveilleux magicien, moine ou barde, n’importe, toi qui voudrais faire du Parnasse un cimetière ! L’if, en guise de laurier, compose ta couronne; tu as pour muse un revenant , et Apollon t’a pris pour son fossoyeur ! Soit que tu prennes ton poste sur d'antiques tombeaux, salué par la voix sépulcrale des spectres, ton digne cortège; soit que ta plume nous trace ces chastes tableaux qui plaisent tant aux femmes de notre âge pudique; salut, Lewis P.! De ton cerveau infernal s’élancent des troupes hideuses de fantômes couverts de leur suaire; h ton commandement on voit accourir en foule « des femmes grimaçantes, » des rois, du feu , de l’eau et des nuages, de « petits hommes gris , » et

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