LES BARDES DE L 'ANGLETERRE, ETC
jc ne sais combien d'êtres encore dont l’empire est à loi, ainsi qu’a Waller Scott; salut pour la seconde fois! Si des contes tels que les tiens font des prosélytes, c’est une maladie que saint Luc seul peut guérir; Satan lui-même n’oserait vivre avec loi, et ton cerveau lui serait un enfer plus profond que le sien.
Quel est ce poêle qui s’avance d’un air doux , environné d’un chœur de jeunes Dlles brûlant d’un feu autre que celui de Vesta ? Les yeux brillants, la joue enflammée, il fait retentir les accents désordonnés de sa lyre, et les dames l’écoutent en silence! C’est Little! le jeune Catulle de son époque, aussi doux dans ses chants, mais aussi immoral que son modèle ! La Muse qui condamne à regret doit pourtant être juste, et ne point faire grâce au mélodieux prédicateur du libertinage. Pure est la flamme qui brûle sur ses autels; elle se détourne avec dégoût d’un encens plus grossier; néanmoins, indulgente â la jeunesse, après cette expiation elle se borne à lui dire : a Corrige tes vers, et ne pèche plus ! »
Quant à toi, traducteur aux vers de clinquant, et à qui tout cet oripeau appartient en propre, Strangford l’Hybernien, avec tes yeux d’azur et les boucles vantées de la chevelure rouge ou blonde, toi, dont les chants plaintifs sont admirés de nos miss malades d’amour, qui se pâment d’attendrissement sur ces riens harmonieux, apprends, apprends, si tu le peux, â reproduire le sens de ton auteur et h ne plus vendre tes sonnets sous le nom d’un autre. Crois-tu donc obtenir au Parnasse un rang plus élevé en habillant Camoëns en dentelles? Corrige, Strangford, corrige ta morale et ton goût : sois chaleureux, mais pur; amoureux, mais chaste; cesse d’en imposer; rends ta harpe empruntée, et ne fais plus du barde lusitanien le copiste de Moore.
Mais arrêtons-nous un moment! Quel est cet ouvrage? C’est la dimère et la pire production d’Hayley , jusqu’à la prochaine cependant : soit qu’avec d’insipides tirades il fabrique des drames ou tourmente les morts du purgatoire de ses éloges, jeune ou vieux, il a toujours le même style, uniformément faible et insipide. Voici d’abord le Triomphe du
Sang-Froid , qui a failli me faire perdre le mien, puis le Triomphe de la Musique. Ceux qui ont lu celui-là peuvent affirmer que la pauvre Musique n’y triomphe guère *s.
Moraves, levez vous! décernez une digne récompense à la dévotion fastidieuse! — Écoulez! le poète du dimanche, le sépulcral Grahame** exhale ses sublimes accents en prose barbare, et n’aspire même pas à la rime. 11 met en vers blancs l’évangile de saint Luc, pille audacieusement le Pentalcuquc, et, sans le moindre scrupule de conscience, falsifie les Prophètes et dévalise les Psaumes.
Salut, ô Sympathie ! la douce puissance évoque devant moi mille souvenirs d’un millier de choses, et me montre, courbé sous ses soixante années de lamentations, le prince ivre des faiseurs de sonnets ennuyeux. El n’es-lu pas en effet leur prince, harmonieux Bowles, le premier, le grand oracle des âmes tendres , soit que lu chantes avec la même facilité de douleur, la chute d’un empire ou celle d’une feuille, soit que ta muse nous raconte d’un ton lamentable les sons joyeux des cloches d’Oxford, et, toujours éprise des cloches, trouve un ami dans chaque tintement du carillon d’Ostende*5? Oh! combien tu serais plus conséquent encore si lu ornais de grelots le chapeau de ta muse! Délicieux Bowles! toujours bénissant ou béni, chacun aime tes vers ; mais les enfauts surtout en font grand cas. Il faut te voir, t’inspirant de la poésie morale de Litlle, charmer les transports de l’amoureuse foule. Avec loi, la petite fille verse de douces larmes, avant que mademoiselle ait complété les années de son enfance; mais à treize ans elle échappe à ta séduisante influence; elle quitte le pauvre Bowles pour les chants plus purs de Litlle. D’autres fois, dédaignant de circonscrire aux sentiments tendres les nobles sons d’une harpe telle que la tienne, lu « fais retentir des accents plus forls et plus élevés*6, » tels que personne n’en entendit et n’en entendra jamais, ^à sont enregistrées, chapitre par chapitre, toutes les découvertes faites depuis le déluge, depuis le jour où l’arche vermoulue s’arrêta dans la vase, depuis le capitaine Noé jusqu’au capitaine Cook. Ce n’est pas tout : le poëtc fait une halle , soupire un tou-