A UNE DAME VAINE
Insensée ! pourquoi révéler ce qui ne devait jamais arriver à d’autres oreilles? Pourquoi détruire ainsi ton repos, et le creuser dans l’avenir une source de larmes?
Oh ! tu pleureras, fille imprudente, pendant que souriront secrètement tes ennemis jaloux; lu pleureras l’indiscrétion qui t’a fait redire les paroles décevantes qu’on t’adressait.
Fille vaine, tes jours d’affliction s’approchent, si lu crois ce que te disent les jeunes hommes. Oh ! fuis les pièges delà tentation, et ne deviens pas la proie du corrupteur habile.
Ainsi donc, tu redis avec un orgueil d’enfant les discours qu’on ne te tient que pour le tromper! Si tu as le malheur
d’y ajouter foi, c’en est fait de ton repos, de les espérances, de toi!
Pendant qu’au milieu de tes compagnes, lu répètes ces doux entretiens, vois sur leurs lèvres ces sourires ironiques que la duplicité voudrait en vain cacher.
Ces choses, couvre-les du voile du silence; n’appelle pas sur toi les regards du public : quelle vierge modeste pourra sans rougir répéter les adulations d’un fat!
Le jeune homme ne méprisera-t-il pas celle qui se plaît à répéter les flatteries obligeantes qu’on lui adresse; qui, s’imaginant que le ciel est dans scs yeux, ne sait point pourtant découvrir l’imposture sous son voile transparent?
Car la femme qui aime b révéler tous ces riens amoureux que sa vanité l’empêche de tenir secrets, doit nécessairement croire tout ce qu’on lui dit et lui écrit.
Corrige- toi donc, si tu mets quelque prix k l’empire de ta beauté ! Ce n’est pas la jalousie qui me fait parler. Celle que la Nature lit si vaine, je puis en avoir pitié; mais je ne puis l’aimer. 45 janvier 4807.