‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 71 sur 201 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Oh ! ne dites point, douce Anna, que la destinée avait résolu que le cœur qui vous adore chercherait à briser ses liens. C’eût été pour moi une destinée ennemie que celle qui m’eût enlevé k jamais k l’amour et k la beauté.

Votre froideur, fille charmante, voilà la destinée qui seule m’obligea à imposer silence k ma tendre admiration. Ce fut elle qui détruisit tout mon espoir et tous mes vœux, jusqu’au jour où un sourire fit renaître mon ravissement.

Ainsi qu'on voit dans la forêt le chêne et le lierre, entrelacés, affronter réunis la fureur de la tempête, ainsi ma vie et mon amour ont été destinés par la nature à fleurir en même temps ou k mourir ensemble.

Ne dites donc point, ma douce Anna, que la destinée avait résolu que votre amant vous dit un éternel adieu : tant que la destinée n’aura pas ordonne a ce cœur de cesser de battre, mon âme, mon existence, seront absorbées dans vous.

a l’auteur d’un sonnet commençant par ces mots :

« Mon vers est triste, et ne fait point pleurer. »

Ton vers est « triste, » on n’en saurait douter, beaucoup plus triste que spirituel! Je ne vois pas trop pourquoi nous pleurerions, à moins de pleurer de pitié pour toi.

Mais il est quelqu’un que je plains davantage encore, et certes, celui-lk le mérite ; car, j’en suis sûr, celui qui te lit doit horriblement souffrir.

On pourra te lire une fois ; mais k moins d’être sorcier, on ne te lira pas une seconde. Assurément les vers n’ont rien de tragique ; ils feraient même rire s’ils n’étaient pas trop ennuyeux.

Mais veux-tu nous mettre le désespoir au cœur, nous im-

poser une souffrance réelle, nous faire enfin pleurer lout de bon? Je vais l’en dire le moyen : c’est de nous faire une seconde lecture de tes productions.

8 mars tS07.

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