‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 80 sur 201 · VERS GRAVÉS SUR UNE COUPE FORMEE D UN CRANE W · texte numérisé non relu

VERS GRAVÉS SUR UNE COUPE FORMEE D UN CRANE W

La Mort ne m'a pas fait sa proie ;

Pourquoi de moi t’effrayer tant ?

Je ne contiens que de la joie:

Quel cerveau peut en dire autant?

Boire, aimer, ce fut là ma vie.

Mort, voilà qu’on m’a déterré.

Bois : je crains moins ta lèvre amie Que les vers qui m'ont dévoré.

Dans un festin, coupe écumantc,

Mieux vaut régner avec orgueil,

Qu’aller dans la tombe béante Nourrir les hôtes du cercueil.

Qu’on puise de l'esprit à table Dans ce vase où régna le mien! - Puis, quand la cervelle est au diable.

Le vin la remplace fort bien.

Ilâte-toi done ! bois à plein verre !

D’autres, quand tu seras là bas,

De tes os ravis à la terre Egaîront aussi leurs repas.

Et pourquoi non? homme futile,

Nul bien ne sort de ton cerveau :

Qu’après la mort il soit utile ;

C’est encore un sort assez beau.

Abbaye de Newstcad, IC03.

> Harrow upon Hill. Harrow, sur la colline.

* C’est le nom de la rivière d’oü Cambridge (pont du Cam) a tiré son nom.

* La Grètc, rivière qui passe à Soutbwell.

* Marie Duff.

8 Eddlestone, choriste de Cambridge.

•> Lord Byvon, lors de sa première visite àNcwstead, en 1798, planta un chêne dans le jardin, avec la pensée que la destinée de cet a^bre serait la sienne. Etant revenu voir l’abbayc, à l’cpoque où lordGrey de Ruthven

y faisait sa résidence, il trouva le chêne entouré de mauvaises bernes et presque mort; ce fut il cette occasion qu’il fit cette pièce de vers. Quelque temps après que le colonel Wildman, propriétaire actuel de ce domaine, en eut pris possession, il remarqua ce chêne, et dit au domestique qui l'accompagnait :« Voilà un jeune chêne qui est fort beau; mais il faut l’abattre, car il gêne dans cet endroit. » — « J’espère que vous n’en ferez rien, » répliqua celui-ci, « c’est un arbre auquel milord était fort attaché, parce qu’il l’avait planté lui-même. » Comme on peut le croire, le colonel en a pris le plus grand soin. On le montre aux étrangers, sous le nom du Chêne de Byron, et il promet d’égaler plus tard eu célébrité le mûrier de Shakspeare et le saule de Pope.

T II y a quelques années, un des amis de l’auteur, se trouvant à Harrow, grava dans un certain endroit son nom et le sien, en y ajoutant quelques mots, expression de l’amitié qui les unissait. Plus tard, à son départ d’Harrow, l’auteur, croyant cet ami coupable d’un tort réel ou imaginaire, détruisit l’inscription fragile. De retour en ce même lieu en 1807, il écrivit au-dessous les vers qu’on va lire. B.

8 C’est par suite du respect scrupuleux que nous nous sommes imposé, de reproduire tout ce qui est sorti de la plume de Byron, que nous avons traduit cette boutade, qui n’est qu’un mauvais jeu de mots, dont nous avons même beaucoup adouci la crudité. N. du Trad.

8 Dans les conversations de lord Byron que la presse a livrées au public, ci dans ses lettres, ni dans ses notes de voyage, on ne trouve rien qui autorise à penser qu’il ait jamais eu un fils.

Cette pièce et celle qui la suit parurent pour la première fois dans un volume publié en 1809 par M. Hobhousc (maintenant sir John Hobhouse), sous ce titre : « Imitations et Traductions , accompagnées do quelques poèmes originaux, » avec cette épigraphe modeste :

No» hse norimu» eue albil.

1 il Voilà ce que dit Byron à propos de cette coupe : a Le jardinier, en bêchant, découvrit un cr&ne qui avait probablement appartenu à quelquo joyeux frère ou moine de l’abbaye à l’epoque où elle fut démonastériséc. Voyant qu’il était d’une grande dimension, et dans un état parfait do conservation, il me prit l’étrange envie d’en faire une coupe. Je l’envoyai donc en ville, et bientôt on me le renvoya bien monté, avec un beau poli et une belle couleur écaille de tortue. » Cette coupe est en la possession du colonel Wildman , propriétaire actuel de l’abbaye do Newstead. Dans plusieurs des vieux poètes dramatiques de l’Angleterre, il est fait mention de cette coutume do boire dans des coupes de la même nature.

En BIEN ! TU HESÜEUSE1.

Eh bien! tu es heureuse, et je sois que je devrais l'être aussi ; car tou bouheur est, comme autrefois, l’objet de tous mes vœux.

Ton époux est heureux, — et il y a pour moi de la douleur dans le spectacle de sa félicité ; mais qu’elle passe, celte douleur ! — Oh ! combien mon cœur le haïrait s’il ne t’aimait pas !

La dernière fois que j’ai vu ton enfant chéri, j’ai cru que mon cœur jaloux allait se briser ; mais quand sa bouche innocente m’a souri, je l’ai embrassé en souvenir de sa mère.

Je l’ai embrassé, et j’ai étouffé mes soupirs en voyant en lui les traits paternels ; mais enfin il avaitles yeux de sa mère, et ceux-là étaient tout h l’amour et à moi.

Adieu, Marie! 11 faut que je m’éloigne! Tant que lu seras heureuse je ne me plaindrai pas ; mais je ne puis plus rester auprès de toi : mon cœur ne tarderait pas à être de nouveau à toi.

Je croyais que le temps, je croyais que la fierté avaient enfin éteint ma jeune flamme ; et ce n’est que lorsque je me suis trouvé assis à ton côté que j’ai reconnu que, sauf l’espérance, mon cœur était toujours le même.

Et pourtant j’étais calme : il fut un temps où mon sein eût tressailli devant ton regard ; mais en ce moment c’eût été un crime que de trembler, — Nous nous vîmes, et pas une fibre ne fut agitée en moi.

Je vis tes yeux se fixer sur mon visage ; ils n’y découvrirent aucun trouble ; tu ne pus y apercevoir qu’un seul sentiment, la sombre tranquillité du désespoir.

Parlons ! partons! Ma mémoire ne doit plus évoquer mon

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jeune rêve. Oh ! donnez-moi les flots fabuleux du Léthé ! Cœur insensé, tais-toi ou brise-toi.

3 novembre 1 808.

VERS GRAVÉS SUR LA TOMBE d’üN CHIEN DE TERRE-NEUVE*.

Quand un orgueilleux enfant des hommes est rendu à la terre, inconnu h la gloire, mais élevé par sa naissance, l’art du sculpteur s’épuise dans les témoignages d’une pompeuse douleur, et des urnes mensongères nous apprennent quel est celui dont elles contiennent les cendres. Lorsque tout est fini, on lit sur sa tombe, non ce qu’il fut, mais ce qu’il aurait dû être. Quant au pauvre chien, qui fut notre ami le plus fidèle, le premier h nous accueillir par ses caresses, le premier aussi h nous défendre, le chien dont la sincère affection appartient tout entière à son maître, qui travaille, combat, vit et respire pour lui seul, il meurt sans honneur, ses mérites sont oubliés, et on lui refuse dans le ciel l’àme qui sur la terre était son partage; tandis que l’homme, insecte orgueilleux, espère le pardon, et réclame un ciel exclusivement h lui. O homme! faible créature d’un jour, avili par l’oppression ou corrompu par le pouvoir, Yile masse de poussière animée, quiconque te connaît doit te quitter avec dégoût ! Il n’y a dans ton amour qu’impudicité, dans ton amitié qu’imposture ! Ton sourire est hypocrite, tes paroles mentent ! Bas par ta nature, n’ayant de noble que ton nom, il n’est pas d’individu de l’espèce animale devant lequel tu ne doives rougir. Vous qui regardez par hasard cette urne chétive, passez votre chemin ; celui qu’elle honore n’est pas de ceux qui obtiendraient vos regrets ou vos larmes. Ces pierres couvrent les restes d’un ami ; je n’en ai connu qu’un, — et c’est ici qu’il repose.

Abbaye do Kowstead, 30 novembre 1808.

A UNE DAME* QUI ME DEMANDAIT POURQUOI JE QUITTAIS L’ANGLETERRE AU PRINTEMPS.

Quand l’homme fut exilé des bocages d’Éden, il s’arrêta un moment avant de franchir le seuil ; tout ce qu’il voyait lui rappelait le souvenir du passée! lui faisait maudire sa future destinée.

19G OEUVRES DE LOItD BïïtON.

Mais, après avoir erré dans de loinlains climats, il apprit à porter son fardeau de douleur, et, tout en donnant parfois un soupir à d’autres jours, il trouva un soulagement dans l’activité de sa nouvelle existence.

Il en sera ainsi de moi, Madame; et je ne dois plus voir vos charmes ; car tant que je suis près de vous je soupire après tout ce que j’ai connu naguère.

Le plus sage pour moi est de fuir, afin d’échapper aux pièges de la tentation. Je ne puis contempler mon paradis sans désirer y habiter encore *.

2 décembre < 808.

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