CB AS SON
Remplissez de nouveau ma coupe ! Jamais je n’ai senti comme aujourd’hui l’ardeur qui me pénètre jusqu’au fond du cœur. Buvons ! qui ne boirait, puisque, dans le cercle varié de la vie, la coupe de vin est la seule chose de ce monde au fond de laquelle on ne trouve pas de déception ?
J’ai essayé tour à tour de toutes les jouissances de la vie; je me suis réchauffé aux rayons d’un bel œil noir; j’ai aimé! — Qui n’en a fait autant? — Mais qui peut affirmer que le plaisir existât dans son cœur en même temps que la passion?
Aux jours de ma jeunesse, alors que le cœur est dans son printemps, et rêve que les affections ne s’envoleront jamais, j’ai eu des amis! — Qui n’en a pas? — Mais quelle bouche pourra dire qu’un ami, liqueur vermeille! est aussi fidèle que loi?
Le cœur d’une maîtresse, un enfant peut vous l’enlever; l’amitié disparaît comme un rayon de soleil. Toi, tu ne peux changer; tu vieillis. — Qui ne vieillit pas ? — Mais quel est
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l’être ici-bas dont le mérite, comme le tien, s’accroît avec l’àge?
Quand l’amour épuise sur nous ses faveurs, qu’un rival s’incline devant notre idole terrestre, nous sommes jaloux. — Qui ne l’est pas? — Tu n’as point cet alliage; plus nous sommes à le savourer, plus grande est notre jouissance.
Quand nous ayons passé la saison de la jeunesse et de ses vanités, c’est à la coupe enfin que nous avons recours. Là nous trouvons, — n’est-il pas vrai? — dans la joie de notre âme, que, comme au temps jadis, la vérité n’esi que dans le vin.
Quand la botte de Pandore fut ouverte sur la terre, et que commença le triomphe de la douleur sur la gaieté, il nous resta l’espérance, c’est vrai. Mais nous, nous baisons notre coupe; et que fait l’espérance à ceux qui ont l’assurance du bonheur ?
Longue vie h la grappe ! car, quand l’été aura fui, notre vieux nectar réjouira nos cœurs. Nous mourrons ! — Qui ne meurt pas? — Que nos péchés nous soient pardonnés, et dans le ciel, Hébé ne sera pas oisive.