LOIN DE MOI, LOIN DE MOI
Loin de moi, loin de moi ces accents qui m’affligent! Ces sons naguère pour moi pleins de charmes, qu’ils cessent, ou je fuis de ces lieux ; car je n’ose plus les entendre !
Ils me rappellent des jours plus beaux; mais faites taire cette harmonie, car maintenant, hélas! je ne puis ni ne dois arrêter ma pensée ou mes regards sur ce que je suis, sur ce que je fus.
La voix qui rendait si doux ces accords est éteinte et leur charme est envolé; et U présent leurs sons les plus suaves me semblent un chant de deuil entonné pour les morts. Oui, Tbyrza! oui, ils me parlent de toi, cendre adorée, puisque tu n’es plus que cendre; et tout ce qu’ils avaient autrefois d'harmonie est discordant 'a mon cœur.
Les sons se taisent ! — mais a mon oreille la vibration résonne encore; j’entends une voix que je ne voudrais pas entendre, une voix qui devrait bien être muette; mais souvent elle vient faire tressaillir mon âme incertaine; celle douce mélodie me suit jusque dans mon sommeil. Je m’éveille et je l’entends encore, bien que mon rêve soit dissipé.
Douce Thyrza! dans ma veille, comme dans mon sommeil, lu n’es plus maintenant qu’un rêve enchanteur; une étoile qui, après avoir réfléchi sur les flots sa tremblanto lumière, a dérobé h la terre son gracieux rayon. Mais le voyageur engagé dans le sombre sentier de la vie, alors que le ciel en courroux a voilé sa face, regrettera longtemps le rayon évanoui qui égayait sa marche.
6 décembre 48H.
STANCES
EMCORE CM EFFORT.
Encore un effort, et je suis délivré des tourments qui déchirent mon cœur; encore un dernier et long soupir à l’amour et à toi, puis je retourne au tourbillon de la vie. Je trouve maintenant du plaisir h me mêler a une société autrefois sans charme pour moi : si j’ai vu ici-bas s’envoler toutes mes joies, quels chagrins peuvent m’affecter désormais?
Apporlcz-moi donc du vin, servez le banquet ; l’homme ne fut pas créé pour vivre seul. Soyons l’être léger, frivole, qui sourit avec tout le monde et ne pleure avec personne. Il n’en était pas ainsi dans des jours plus chers, il n’en eût jamais été ainsi ; mais tu as pris ton vol loin de moi, et tu m’as laissé ici-bas solitaire; lu n’es plus rien, — tout est néant pour moi.
Mais c’est vainement que ma lyre affecte un ton léger; le sourire que la douleur veut feindre fait un ironique contraste avec les chagrins qu’il recouvre, comme des roses sur un sépulcre. En vain de joyeux compagnons de table, la coupe à la main, écartent un moment le sentiment de mes maux; en vain le plaisir allume la démence de l’àme : le cœur, — le cœur est toujours solitaire!
Combien de fois, dans le silence délicieux des nuits, je me suis plu à contempler l’azur du ciel! Il me semblait que la lumière céleste brillait si doucement sur ton front pensif! Souvent à l’heure de minuit, voguant sur les flots de la mer Égée, j’ai dit h l’astre de Cynthie : a En ce moment Thyrza te regarde. » — Hélas! il n’éclairait que sa tombe !
Enchaîné par la fièvre sur un lit sans sommeil, alors qu’un feu brûlant coulait dans mes veines, « ce qui me console, » me disais-je, « c’est que Thyrza ignore que je souffre. » De même que pour l’esclave usé par les ans la liberté est un don inutile, c’est en vain que la nature compatissante m’a rappelé à la vie, puisque Thyrza a cessé de vivre!
Gage que j’ai reçu de Thyrza dans des jours meilleurs, h l’aurore de ma vie et de mon amour, combien tu es changé h mes yeux! comme le temps t’a coloré des teintes de la douleur ! Le cœur qui s’est donné avec toi est silencieux. — Ah ! que n’en est-il de même du mien ! Bien qu’aussi froid que peuvent l’être les morts , le sentiment lui reste , et sa torpeur n’exclut pas la souffrance.
Don amer et mélancolique, gage douloureux et cher, conserve, conserve mon amour inaltérable, ou brise ce cœur contre lequel je te presse! les années tempèrent l’amour, elles ne l’éteignent pas; il a quelque chose de plus saint encore quand l’Espérance s’est envolée! Oh! que sont des milliers d’affections vivantes, comparées à celle qui ne peut se détacher des morts !