FRÉDÉRIC, SÉNARMONT, DUPRÉ, GRANVILLE
(Sénarmont a la manche de son habit coupée.)
Frédéric , je dois vous rendre grâce !
Oui, c'est mon seul ami, mon sauveur que j'embrasse; S'il n'eût à mon secours daigné venir enfin ? Messieurs , je serais mort de colère et de faim.
DUPRÉ
Que nous dites-vous là?
SÉNARMONT
Parbleu ! je sors de table, Grâce à son amitié !... Vous êtes bien aimable ! Est-ce ainsi , dites-moi , que, dans votre cité , On observe les lois de l'hospitalité ?
M'enfermer ici seul avec la médecine ; Des geôliers, un duel et de plus la famine ! Est-ce assez de fléaux ?
DUPRÉ
Veuillez mieux me juger.
L'IMPORTANT. -ACTE III
Je suis à vos chagrins tout à fait étranger ; Je ne prévoyais pas la fàclieuse querelle , La blessure...
SÉNARMONT
Ceci ? c'est une bagatelle.
DlIPRÉ.
Cependant...
Vous auriez grand tort d'être alarmé ; A ces accidents-là je suis accoutumé.
DUPRK.
Vraiment ?
SÉNARMONT
Que voulez-vous ? sur maint et maint ouvrage On vient .solliciter mes avis, mon suffrage ; On me presse, on m'obsède , et je résiste en vain ; Comment faire ? un beau jour, un article malin S'échappe de ma plume , un journal le recueille ; Bientôt dans tout Paris on s'arrache la feuille , L'auteur se fâche , il vient me demander raison , Et je lui donne alors une double leçon.
GRANVILLE
Ici de la leçon en apprenant l'issue , -
Bien des gens penseraient que vous l'avez reçue.
DUPRÉ
Il est bon de se battre avec un médecin ; On a moins de dangers à courir, car enfin Avec lui , près du mal on trouve le remède.
SÉNARMONT
Recourir au docteur !.,. Que Dieu me soit en aide !
Je fus un maladroit , il a pu me frapper,
Mais me traiter ! . . . JNon pas, je veux en réchapper.
GRANVILLE
Pas mal !
SÉNARMONT
Laissons cela !
(A Dupré.)
Daignerez vous m'instruire De ce qui s'est passé , du motif qui m'attire Le traitement nouveau que j'éprouve aujourd'hui ?
DUPRÉ
Je vois venir Doublet, adressez-vous à lui; J'en suis fort innocent, mon cher.
SÉNARMONT
A la bonne heure.