SCÈNE VU
OBOLENSKI, HÉLÈNE, OLGA, BOSCARIS.
HÉLÈNE
Approchez.
OLGA, à Boscaris.
Près de qui conduisez-vous mes pas ^
HÉLÈNE
Près de moi. Vous tremblez !
OLGA
Je ne m'en défends pas ; J'éprouve en ce pays , où je naquis peul-î-tre , Une vague terreur dont mon cœur n'est pas maître. Je suis une orpheline , et j'ai besoin d'appui. Le noble Boscaris m'assure qu'aujourd'hui Je dois en ce palais bénir votre présence : Mon âme est disposée à la reconnaissance.
HÉLÈNE
Je sais quel sentiment vous amène en ces lieux. Obolenski m'est cher ; j'ai voulu par mes yeux Juger de ces attraits (pii sur d'autres rivages
Ont enchanté sa vie et conquis ses hommages. Je comprends qu'en effet vous l'ayez su charmer , Quil ait été séduit.
Je n'ai su que l'aimer.
OBOLEXSKI.
Celte jeune orpheline , ignorant sa naissance. A droit à vos bontés. Sa naïve innocence , Le charme de cet âge , où tout parle d'espoir , Sur votre cœur sans doute exercent leur pouvoir. Ne lui refusez pas l'appui qu'elle réclame.
HÉLÈNE
Ce charme est. je le vois, tout puissant sur votre âme.
OBOLENSKI.
Pourriez-vous me blâmer ?
HÉLÈNE
Qui ? moi ! j'aurais grand tort.
Le cœur d'Obolenski s'intéresse à son sort ! Quoi de plus naturel? — Répondez , jeime fille : Vous n'avez donc jamais connu votre famille ?
OLGA
rson : j'ai passé ma vie en un pays lointain ; Celle qui ni'éleva m'a caché mon destin. Mais hier , en touchant cette terre glacée , Un souvenir confus assiégea ma pensée ; .J'ai cru me rappeler qu'un jour , loin de ces bords , Cn homme m'emporta !... J'étais bien jeune alors , Et des objets nouveaux eurent de ce a oyage Effacé promptement la fugitive image.
HÉLÈNE
Regrettez-vous les lieux qu'on vous a fait quitter ?
OLGA
Auprès d'Obolenski , que puis-je regretter !
Mais on dit qu'en ces lieux d'innombrables merveilles Enchantent tour à tour les yeux et les oreilles, Que l'Italie enferme en ses doctes remparts Des plaisirs inconnus à l'empire des tsars ?
OLGA
Oui. Cet heureux séjour séduit l'âme ravie.
Sous un ciel embaumé j'y savourais la vie,
Un chef-d'œuvre naissait pour chacun de mes jours :
Là, Pétrarque naguère a chanté ses amours;
Là, s'anime la toile et le marbre respire ;
Arioste sourit et joue avec sa lyre ;
Dante sous nos regards déroule les enfers ;
Michel-Ange suspend un temple dans les airs ;
Là , pour toucher les cœurs animant la mandore ,
L'amour prête un langage à la corde sonore ;
Armé de ses pinceaux , Raphaël à nos yeux Révèle un Dieu sauveur qui monte vers les deux ; Et Tàme , fécondée au souffle du génie, S'enivre de parfums , de gloire et d'harmonie !
HÉLÈNE
Ce tableau me séduit , je ne le cache pas :
Je conçois maintenant qu'en ces heureux climats
Tant de talents divers embellissent la vie.
Ces récits étonnants excitent mon envie !
Obolenski , vos soins me doivent seconder :
Imitons l'italie ! Il faut sans plus tarder
De merveilles comme elle enrichir ce rivage ,
Et nos serfs dès demain se mettront à l'ouvrage
BOSCARIS.àpart.
Que dit-elle ? bon Dieu !
OLGA
Mais vous de qui la voix Au noble Obolenski semble dicter des lois , Vous dont il a pour moi réclamé l'indulgence , Pourquoi de votre nom n'ai-je pas connaissance ? Un soupçon dans mou cœur s'élève à votre aspect.
HÉLÈNE. S
Quel est-il :' '
OLGA
Je suis prête à céder au respect ; J'éprouve devant vous un trouble involontaire.
HÉLÈNE
i Eh bien !
OLGA
Obolenski , si c'était votre mère ?
HÉLÈNE
Sa mère ! . . . .
( Elle s'avance vers Boscaris et lui fait sigoe de sortir. — Boscaris sort. )
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