SCÈNE VIII
OBOLENSKI, HÉLÈiNE, OLGA.
OLGA, à part.
Quels regards il vient de me lancer !
(Haut.)
Je tremble ! Qu'ai-je dit qui vous puisse offenser ?
HÉLÈNE
Rien; mais vous vous trompiez, je ne suis point la mère I Du guerrier moscovite à qui vous êtes chère : I Je suis une parente, et j'ai voulu voui^voir;
Car d'un bonheur sans fin vous nourrissez l'espoir , Et pourtant
OLGA
Qu'avez-vous ? et pourquoi ce silence 'f Achevez
HÉLÈNE
II le faut , et , même en sa présence , Je vous rappellerai que l'amour trop souvent N'offre aux cœurs abusés qu'un bonheur décevant.
OBOLENSKI.
Ah ! souffrez
HÉLÈXE.
Il jura d'aimer toute la vie !
Mais, jeune , impétueux , dans notre Moscovie , A combien de beautés sa bouche prodigua Les serments séducteurs qui charmèrent Olga. Songez-y bieni
OLGA
Pourquoi Taccusez-vous , madame ?
Moi seule, et pour jamais , je règne sur son âme.
nÉLÈ.NE.
Ah ! vous en êtes sûre !
OLGA
Oh ! oui , nen douiez pas !
S'il a de quelque femme admiré les appas , S'il en est qui jadis parvinrent à lui plaire , Ces amours ont-ils droit d'exciter ma colère? Puis-je en être jalouse , et dois-je le blâmer? Avant de m'avoir vue il ne pouvait m'aimer.
HÉLÈNE
Vous êtes indulgente.
OLGA
Il le faut bien.
HÉLÈNE
Peut-être Vous auriez quelque effroi s'il vous faisait connaître Jusqu'où ses vœux naguère ont osé s'élever. On dit. . . . mais devant vous je tremble d'achever.
OLGA
Ne craignez rien.
OBOLENSKl , à Hélène.
De grâce, abrégez mon supplice!
Je souffre !
HÉLÈNE
L'éclairer, c'est lui rendre service.
On dit que, lier , ardent , peut-être ambitieux. Admis auprès du trône , il a levé les yeux Sur un objet sacre que tout un peuple honore.
Qu'on ne l'en punit point , et que naguère encore Il cherchait .son bonheur sur un front couronné.
OLGA
Je l'avais soupçonné ! . . .
HÉLÈNE
Je ne le savais pas ! .
Comment donc?
OLGA
Variant ses nombreuses conquêtes , Je sais qu'Hélène...
OBOLENSKl.
Olga , songez-vous oii \ ous êtes ?
HÉLÈNE
Ne l'mterrompez pas... Poursuivez, mon enfant.
OLGA
J'afflige Obolenski : sans cesse il la défend.
Ah ! vraiment !
OLGA
Je pardonne à sa recoimaissance :
L'ambition, l'éclat de la toute-puissance, En fascinant ses yeux , l'ont pu séduire un jour. Mais ne profanons point le nom sacré d'amour ! S'il l'osa prononcer, il se trompait lui-même : I Un cœur noble a besoin d'estimer ce qu'il aime.
i OBOLENSKI , à part.
; Ciel !
HÉLÈNE, à part.
Je lis sur ses traits la contrainte et l'effroi ! Mais tremble-t-il pour elle , ou souffre-t-il pour moi ? Comment à sa pensée arracher ce mystère i* Eclaircir mes soupçons.
OBOLENSKl.
C'est trop longtemps me taire , ; C'est trop longtenjps souffrir , et je vais...
HÉLÈNE
Arrêtez !
(A Olga. 1
Connaissez-vous bien celle à qui vous insultez . Jeune fille? Elle peut se venger dune offense.