MONVAL , CHARLOTTE
MONVAL
Madame. . .
CHARLOTTE , à part.
Qu'elle est commune ! . . . Autrefois je ne m'en apercevais point.
MOxNV.\L.
Elle ne m'entend pas.
CHARLOTTE . à part.
Si je paraissais à mon mari telle quelle me parait à moi.
MONVAL
Madame !...
Ah ! pardon.
CHARLOTTE
MONVAL
Depuis longtemps , madame, je voulais vous parler à cœur ouvert : vous excuserez la franchise d'tm ami. Je vous assure (ju'il faut absolument que vous vous amusiez , car vous avez du chagrin.
CHARLOTTE
lionne raison ! . . Mais je n'ai pas de chagrin , et je ne me soucie pas de m'amuser.
MONVAI,.
Vous avez tcut. Jl esl des femmes (lui croient (pie la vertu c'est l'ennui... Au contraire, trouver des compensations aux maux de la vie , voilà la vraie sagesse . c'est la mienne.
eu Al! LOTTE.
Que voidez-vous dire?
MONVAL
Qu'il est temps enfin de quitter la solitude où vous vivez au milieu de Paris ; qu'il faut que vous voyiez du monde.
CHARLOTTE
Et qui puis-je voir ?
MONVAL
La conitesse d'Aiglemont , jeune , riche et belle , n'a qu'à choisir sa société j elle est l'égale de tout le monde.
CHARLOTTE
Moi... non, non... je ne suis plus l'égale de personne.
MONVAL
Je ne vous comprends pas.
CHARLOTTE
Cette société brillante où Arthur a été élevé, où il a voulu me placer, je le sens , je ne puis pas, je ne pourrai jamais y prendre mon rang.
MON VAL
Vous êtes trop sévère pour vous-même.
CHARLOTTE
INon ! . . . Quand je fus admise dans (pielques-uns de ces salons, la rougeur d'Arthur, son embarras, m'apprirent que je n'y étais pas connue les autres. Si vous saviez ce que j'ai souffert.
MONVAL
Vous?
CHARLOTTE
Renfermant mes regrets , j'espérai, jusqu'à ce jour , rencontrer dans mes amies d'enfance un cœur qui pût ni'entendre... Mais faut-il le dire? faut il avouer ce que j'éprouve?
.MOiNVAL.
Parlez , parlez à un ami.
CHARLOTTE
.l'avais enfin obtenu d'Arthur la permission de re- Aoir ma famille; je me réjouissais aujourd'hui de retrouver l'ancienne compagne avec (jui j'ai été élevée. .. Eh bien! sa présence a dolruil mon espoir ! Est-ce tlle qui a changé ? Est-ce moi qui ne suis plus la même? JNous ne pouvons plus nous comprendre, et je me sens condamnée à n'avoir jamais d'amie nulle j>art... Pardon, monsieur de Monval, j'aurais dû cacher de semblables idées... Mes parolcsse sont échappées malgré moi!... Depuis un an, c'est la première fois que j'aie dit tou'c ma pensée.
MONVAL
Je suis digne de l'entendre. On me croit superficiel ; irais-je porter dans le monde des senlimens dont il rirait?... Mais pour un cœur tel que le vôtre , il y a dans mon âme de quoi l'apprécier et l'admirer ! Jamais tant de vertus unies à tant de grâces ne s'étaient offertes à mes yeux.
CEiARLOTTE , à part.
Ah ! lui non plus ne peut pas être mon confident. {Haut, avec une (jaiUconirainie.) Je ne sais en vérité pourquoi je m'afflige ainsi. Ne songeons plus à tout cela ; Arthur m'aime : son amour me suffit.
WONVAL.
Qu'il est heureux ! [A part.) Ne la détrompons pas.
Je ne veux plus penser à ce monde qui ne mérite pas mes regrets. Quelques connaissances nous resteront peut-être ; madame votre sœur ne dédaigne pas de m'inviter , et si vous vous mariez , monsieur de Monval...
MONVAL
Me marier!... oh ! je n'y songe pas.
CHARLOTTE
Eh bien ! moi j'y songe pour vous.
MONVAL
Vous , madame !
CHARLOTTE
Oui ; alors , vous pourriez être mon ami.
MONVAL. riant.
Comment!... vous m'avez peut-être aussi choisi une femme ?
CHARLOTTE
Vous riez ?... mais cela est vrai : j'avais pensé à la baronne d'Alby.
MONVAL
Madame d'Alby !
CHARLOTTE
Elle est la seule femme qui vienne (pielquefois chez moi ; elle me témoigne de l'amitié...
MONVAL
Quand je penserais au mariage , je ne pourrais pas m'occuper d'elle.
Ali ! oui. . . en effet ! on m'a dit , je m'en souviens. . ,
MONVAL , vivement Quoi ? que vous a-t-on dit ?
CHARLOTTE
Oh! des propos (pic je crois sans fondement : on prétend (lu'un jeune homme est fort assidu auprès
d'elle; mais vous obtiendrez aisément la préférence. I
MON VAL
Je ne la solliciterai point : celle dont la réputation n'est pas intacte ne saurait être ma femme.
CHARLOTTE
Comment!... il serait vrai? non, cela ne peut pas ; être : la comtesse d'Aiglemonl, ma belle-mère , l'a- | vait elle-même choisie pour son fils avant notre ma- ; riage. ^
MON VAL. j
Alors , il n'y avait rien à dire : mais depuis...
CHARLOTTE
Ah!
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