‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 29 sur 560 · MARGUERITE , JOINVILLE · texte numérisé non relu

MARGUERITE , JOINVILLE

MARGUERITE

Mais, Joinville, quel Dieu guide vos pas vers moi ? Que venez-vous m'apprendre? Ah' parlez; votre roi. . . Du sort de mon éjioux daignez, daignez m'instruire. Expliquez-vous, de grâce, ou devant vous j'expire.

JOINVILLE

Eh bien, il faut parler; grand Dieu! (pi'exigcz-vous ? Vous n'avez plus de fils, vous n'avez plus d'époux.

MARGUERITE

Ciel!...

JOLNVILLE.

J'ai vu sur leur front lever le cimeterre.

On se mêle, on condjat ; le sang rougit la terre. Aux bourreaux de mon roi que n'ai-je pu m'otfrir ! Du moins, à vos côtés, reine, je viens mourir. A travers les soldats qu'échauffe le carnage J'arrive jusqu'à vous, guidé par mon courage. Trahi par ses sujets, trompé dans ses desseins, Le perfide Almodnn lient vos jours dans ses mains. Quel frein peut arrêter la fureur qui l'anime ? A ses affreux soldats s'il livrait leur victime?. . . Entourés dans ce lieu, nous n'en pouvons sortir Mais je vous défendrai jusqu'au dernier soupir.

MARGUERITE

Et quel est votre espoir ? que peut votre courage ? Pensez-vous me soustraire à leur aveugle rage ? Vous périrez, Joinville, et vos yeux expirants Me verront au milieu de ces tigres sanglants En butte à leurs fureurs... Quoi! cette horde infâme De votre roi, Joinville, outragerait la femme! Bourreaux de mou époux, arrêtez! Les voici; Leur glaive fume encore! Arrachez-moi d'ici; Fuyons...

JOINVILLE

Hélas !

SIARGUERITE.

Non, non, la fuite est impossible.

Je les entends. Eh quoi ! dans ce moment terrible. Vous verriez mes tourments sans pouvoir me sauver!

JOINVILLE

Que faire?

MARGUERITE

De l'opprobre il faut me préserver.

JOINVILLE

0 pénible devoir !

MARGUERITE

Ami, de votre zèle Votre reine demande une preuve nouvelle.

JOINVILLE

Grand Dieu!

MARGUERITE

Pour di^ouer leurs horribles projets,

LOUIS IX. - ACTE V

Il faut (le votre main m'immoler .

JOJNVILLE.

J'y songeais.

MARGUERITE

Vous jurez d'obéir, et mon âme est tranquille. Quels cris ! Ali ! ce sont eux. On vient ; frappez, J(iin\illc ;

(Elle se jette à genoux.) Frappez.... Mon Dieu, je meurs en embrassant ta croix.

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