MARGUERITE, PHILIPPE, JOL^ VILLE
PHILIPPE clans la coulisse.
Ma mère !
MARGUERITE
Juste ciel, ({u'entends-je ? quelle voix ! C'est mon fils ! C'est mon fils ! ce n'est point un prestige : Le voilà ; je le vois. Mon Dieu, par quel prodij^e, Quand je pleurais sa mort, me rends-tu mon enfant ?
PHILIPPE
Almodan est vaincu, mon père est triomphant.
MARGUERITE
Il respire !
JOIN VILLE
Est-il vrai ? Quelle main protectrice Sous les pas de mon roi ferma le précipice ? J'ai vu le fer levé : qui détourna les coups ?
PHILIPPE
Dieu, vaincu par vos pleurs, s'est déclaré pour nous. Ne pouvant du soudan désarmer la colère, J'attendais le trépas aux côtés de mon père ; Des gardes d'Almodan nous étions entourés. Assiégeant son palais, de son sang altérés, Chrétiens et musulmans qu'un même espoir rassemble, Etonnés de marcher et de combattre ensemble, Demandaient à grands cris qu'on fit tomber nos fers. Des gardes tout à coup les rangs se sont ouverts ; Almodan nous entraîne, il s'élance, il s'écrie : « Nouradin, où l'emporte une aveugle furie ? » Ne me connais-tu pas? Crois-tu m'iutimider? » Tombe sur moi le ciel, plutôt que de céder ! I) Tu demandes Louis ? vers lui tourne la vue ; I) Regarde ; sur son front la mort est suspendue. » Peuple, n'avance pas ; et vous, chrétiens, fuyez, " Ou sa tète à l'instant va tomber à vos pieds. » Nos vengeurs, à ces mots, frémissent immobiles. Et, maintenant armés de glaives inutiles.
Ils brûlent davancer ; ils n'osent faire un pas. Nouradin cependant, suivi de ses sold.ils. Vers noijs se précipite ; on se flatte, on espère... Almodan dit un mol : on va frapper mon père ; Il est perdu ! Raym<md, ce Français criminel. S'élance, et pour son roi reçoit le coup mortel. Nouradin aussitôt nous saisit, nous dégage. Almodan veut encor luire tète à l'orage ; Il combat, mais en vain. Ses soldats éperdus Déjà cèdent an nombre et ne l'écoutent plus : Et chacun d'eux, le front incliné vers la terre. Aux pieds de Nouradin pose son cimeterre. Seul, debout au milieu de ses guerriers soumis, Almodan semble encor braver ses ennemis. On le désarme : en vain il rêve encor le crime ; On traîne l'opjtresseur aux pieds de sa victime. Le coupable Raymond, à son dernier instant. Craint la mort qui le presse et le Dieu ([ui l'attend. 11 croit voir de ce Dieu s'allumer la colère, Et ses regards mourants interrogent mon père. Mon père renti la paix à son cœur alarmé : Du Tout-Puissant, dit-il, le courroux est calmé. Vous revenez à lui, comptez sur sa clémence : De ses élus pour vous léternité commence. II meurt, et devant Dieu, ([uimplore son effroi. Il paraîtra couvert du pardon de son roi.
MARCl KRITE.
Il a sauvé vos jours! Mon Dieu, sois-lui propice. Et que son dévouement apaise ta justice ! Mais, ô mon lîls ! volons auprès de mon époux.
PHILIPPE
Vous allez le revoir ; il s'avance vers nous.
Je l'entends. Quelle foule autour de lui se presse !
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