‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 400 sur 560 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

POTEMKIN , à l'écart , LOWINSKI.

LOVVINSKI, à lui-même.

Que dois-je croire? que faut-il espérer? Ces faveurs <lont je suis l'objet, ce gracieux sourire (pii m'accueille sans cesse... serait-il possible ! aimé de Catherine!... Mais si l'orgueil fascinait mes yeux; si je rae trompais ?. . . Le ridicule serait le mouulre châtiment

de ma témérité... qui pourra ra'apprendre?... Ah ! le prince Potemkin !

POTEMKLN, s'approcliant.

C'est vous, monsieur le comte !... Déjà au palais!

LOWINSKI.

Les ordres de l'impératrice ne nous ont-ils pas fait un devoir de notre plus grand plaisir ?

POTEMKIN

Oui !... vous vous êtes bientôt acclimaté à la cour de Russie ! Le roi Stanislas , en cédant à notre souveraine un officier de votre mérite , lui a donné la preuve la plus sûre de son amitié. Saint-Pétersbourg peut aisément faire oublier la Pologne.

LOWJNSKI.

Oublier la Pologne!... Prince, vous ne le croyez pas.

Air : Vaudeville des Frères de lait.

Moi l'oublier cette terre chérie !...

Ah! si jamais, appelant un vengeur.

Retentissait la voix de la patrie , Doutez-vous donc qu'elle touchât mon cœur? Elle a toujours un écho dans mon cœur! J'irais mourir sous sa noble bannière , Mes compagnons me r'ouvriraient leurs rangs ! Quand le danger la menace , une mère A son côté doit voir tous ses enfants.

J'admire cet élan de patriotisme , et je n'attendais pas moins de votre courage. Mais prenez garde, monsieur le comte , les délices de Capoue perdirent Ânnibal ! . . . Ne craignez- vous pas que votre épée ne se rouille dans le fourreau ?

LOWINSKI.

Que sa majesté commande et je suis prêt.

POTEMKIN

Romanzoff bat les Turcs en Volhynie.

LOWINSKI.

J'envie son bonheur.

POTEMKIN

Pourquoi ne le partageriez-vous pas ?

LOWINSKI.

Les volontés de l'impératrice me retiennent à la cour.

POTEMKIN

Mais elle en peut changer.

LOWINSKI, à part.

Me craindrait-il?... Quel trait de lumière !

POTEMKIN

Si la gloire vous est chère , si les lauriers cueillis

sans vous troublent votre sommeil , dites un mot, et je me charge de vous ouvrir la route.

Prince , je suis reconnaissant...

POTIMKIN , à part.

Il hésite !

LOAVINSKI , à part.

Il me redoute !

POTEMKIN

Le maréchal demande des secours : je vais lui envoyer un corps d'armée : vous pourriez le commander.

LOWINSKI , souriant ironiquement.

Comment ai-je mérité tant de bienveillance ?

POTEMKIN

Acceptez-vous ?

LOWINSKI.

Ma volonté sera soumise à celle de l'unpéralrice.

POTEMKIN , à part.

Il veut rester !... Il a lu dans le cœur de Catherine !

LOWINSKI , à part.

Il veut m'éloigner ! Plus de doute , je suis aimé !

POTEMKIN

Ainsi , monsieur le comte , vous refusez ?

LOWINSKI.

Pardon, prince!... ah ! je ne saurais vous dire jusqu'où va ma reconnaissance ; cet entretienne s'effacera jamais de mon souvenir ! ... il m'a fait un bien ! . . .

Que voulez-vous dire ?

LOWINSKI.

Oh ! rien , rien! Mais je vous remercie.

POTEMKIN, à part.

Imprudent !... l'aurais-je instruit moi-même ?

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