‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 401 sur 560 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

POTEMKIN , CATHERINE , une lettre à la main , LOWINSKI.

( L'impératrice entre par la porte du milieu au fond, deux huissiers la suivent de loin et restent dans la galerie.

LOWINSKI.

L'impératrice!...

CATHERINE . à elle-même.

En vérité, c'est fort plaisant!... (Haut.) Ah! je vous salue , messieurs , et je vous sais gré de votre diligence !... Eh bien ! prince Potemkin , d'où vient

donc ce visage rembruni? Auriez-vous quelque mauvaise nouvelle à m'annoncer? Ce serait dommage!... Car aujourd'hui je me sens en train d'être heureuse.

POTEMKIN

Je me garderai de troubler une si bonne disposition.

Oui, je reçois à l'instant même une lettre de M. de Voltaire : croiriez-vous (jue mon Instruction pour Je Code est mise à l'index et défendue en France? L'impératrice de Russie est trop philosophe pour la cour de Louis XV.

LOWINSKI.

Elle a pour se consoler les suffrages de l'Europe.

CATHERINE

Mais je n'en subis pas moins le veto d'un censeur royal ; et , pour un auteur, c'est fort désagréable.

POTEMKIN

Que mande encore M. de Voltaire à votre majesté?

CATHERINE

11 m'annonce qu'il me tricote des bas , et il me recommande de chasser les Turcs.

LOAVINSKI.

Ah ! madame , écoutez sa voLx !... Que ce vaste projet conçu dans votre pensée s'exécute enfin! Quels plus beaux triomphes pourriez-vous désirer ? Voyez fuir devant vous les barbares qui campent en Europe ! Voyez la noble terre que souillent leurs pas renaître à la voix de Catherine , belle de passé et d'avenir !

Air : Jamais jen'aurai la faiblesse{De M. Doche, dans Arwed.)

Longtemps muet devant ta barbarie , L'écho du Pinde a redit votre nom ; La gloire absente a revu sa patrie.

Elle sourit aux murs du Parthénon :

Des Osmanlis , sur le sol f|u'ils Hc'trissent , Elle a brisé le joug profanateur.'...

De l'Eurotas les lauriers refleurissent Pour couronner un front libérateur.

CATHERINE, à part.

Que la gloire est belle dans sa bouche !

POTEMKIN

Avec de semblables idées , monsieur le comte , je m'étonne que vous hésitiez à rejoindre nos drapeaux?

LOWINSKI.

Prince , j'attends les ordres de Sa Majesté.

CATHERINE

Eh quoi ! vous voulez nous l'enlever ! déjà ! ... à peine remis des fatigues d'une campagne !... Non, les plaisirs sont permis après la victoire, et j'entends qu'il

partage les nôtres. Je vous l'ai dit, mon àine est disposée à la joie : ces douces réunions de l'Ennilage , où chacun dépose, à ma voix, l'orgueil du rang, l'ennui des affaires et le fardeau de l'étiquette , elles ont été quelque temps interrompues : elles recommencent aujourd'hui même. Vous en ferez partie, monsieur le comte. L'âme de ces réunions, ma chère Pauleska , absente depuis un mois , est enfin de retour.

LOWINSKI.

Pauleska !

CATHERINE

Oui, votre compatriote, la fille du comte Boleslas. La connaissez-vous ?

LOWINSKI.

Je fus élevé avec elle; mais , depuis cinq ans , je ne l'ai pas vue.

Le comte est mort : j'avais eu à me plaindre de lui. Pauleska est venue à ma cour réclamer des biens que je lui ai rendus, car je ne punis point la fille des torts du père. Ses talents , son esprit , son intarissable gaieté , m'ont attachée à elle, et j'espère qu'elle ne me quittera plus. Vous la verrez ici tantôt.

LOWINSKI, à part.

Pauleska!... l'amie de mon enfance; mes premières affections !

POTEMKIN

Ces amusements , que je suis loin de blâmer, ne feront pas oubUer sans doute à Votre Majesté que d'importantes affaires attendent sa décision ?

CATHERINE

Allons, il faut que je fasse l'impératrice !.** Comte Lovvinski, pardonnez-moi.

LOWINSKI.

Sa Majesté n'a rien à me conmiander ?... Je me retire.

CATHERINE

Ah ! un moment!... Passez, je vous prie , chez le prince de Ligne , et veuillez lui dire que je l'attends ce matin : je crois qu'il me boude ; je ne l'ai pas vu depuis deux jours.

LOWINSKI.

Je le plains.

CATHERINE

C'est moi qu'il faut plaindre , car vous me laissez en proie à l'ennui des affaires.

LE FAVOUl.— ACTE I.

ENSEMBLE

Air de la Fiancée. (Introduction. )

C'est en vain que je l'évite ; M'ennuyer est un devoir !

Mais quand le plaisir me quitte , Moi, je lui dis : A revoir !

LOWINSKI.

Une reine en vain l'évite ; S'ennuyer est un devoir!

Mais quand le plaisir nous quitte , 11 faut lui dire : A revoir !

( Les huissiers s'éloignent.)

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