‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 402 sur 560 · POTEMKIN, CATHERINE · texte numérisé non relu

POTEMKIN, CATHERINE

Catherine.

Maintenant , prince Poterakin , je vous écoute.

POTEMKIN

C'est fort heureux!

CATHERINE

Eh ! bon Dieu ! qu'avez-vous donc de si pressé à me communiquer ?

POTEMKIN , s'asseyant à droite.

Je n'en sais rien.

Que dites-vous là ?

POTEMKIN

La vérité.

CATHERINE

Prince Polemkin , vous êtes bien maussade aujourd'hui !

POTEMKIN

Mon âme , il est vrai , n'est pas , comme la vôtre , disposée à la joie.

CATHERINE

Pour vous plaire , faut-il donc que je sois triste ?

POTEMKIN

Pour me plaire ?... Ah ! croyez-moi, Catherine, ne m'interrogez pas.

CATHERINE

Et si je veu.x savoir ce qui se passe dans votre cœur?

POTEMKIN , se levant avec emportement.

Et si , moi , je ne veux pas vous le dire ?

CATHERINE , se radoucissant.

Jl faudra donc que je devine ';*

POTEMKIN , se rasseyant.

Permis à vous.

CATHERINE , allant s'asseoir de l'autre côté. En vérité, vous êtes insupportable!... je suis plus esclave sur mon trône que ,1e dernier de mes raougiques. Je me lasserai à la fin de cette tyrannie.

Vous lasserez-vous aussi de mon dévouement .^

CATHERINE

Votre dévouement est quelquefois bien ennuyeux.

POTEMKIN

C'est que , malheureusement , Orloff ne m'a pas rendu aveugle.

CATHERINE

Savez-vous bien que vous me pousserez à bout ? que je suis votre souveraine? et que, si je vous donnais l'ordre de voyager...

POTEMKIN

Je ne partirais pas.

CATHERINE , se levant.

Vous ne partiriez pas !

POTEMKIN

Non ! car vous me rappelleriez le lendemain. Vous ne vous priveriez pas volontairement de l'ami le plus tendre , du serviteur le plus dévoué , de celui qui n'a qu'une pensée, votre gloire! qui n'a qu'un désir, votre bonlieuF !

CATHERINE , à part , se rasseyant,

Il a raison.

POTEMKIN , d'un ton plus ferme en voyant qu'elle se radoucit.

Il est des hommes auxquels on succède, mais qu'on ne remplace pas.

Cela se peut; pourtant ne me doimez pas envie d'essayer.

POTEMKIN

Et vous , ne me donnez pas sujet de me plaindre.

CATHERINE , à part.

Il m'aime , et j'ai quelques torts!... ( Haut.) Grégoire !

POTEMKIN

Catherine ! . . .

CATHERINE

Est-ce que ces querelles vous amusent ?

POTEMKIN

Pas plus que vous.

CATHERINE

Cette nuit, j'ai rêvé que la terre de Samoïloff vous ajtpar tenait avec dix mille paysans.

POTEMKIN , se levant.

A moi!...

CATHERINT. , lui tendant la main.

Et , ce matin , mon rêve est accompli.

POTEMKIN, baisant sa main.

Ali! Catherine!...

CATHEHINE , se levant, Maintenant , vous souvenez-vous des affaires qui réclament nos soins ? j

POTEMKIN

Puis-je oublier longtemps ce qui intéresse votre ; ;loire? 1

CATHERINE. j

Eh bien! de quoi nous occuperons-nous aujourd'hui ? Cette vaste et fertile contrée , sm* laquelle de- j puis si longtemps sont attachés nos regards , la Cri- ' niée m'appartiendra-t-elle enfin?

POTEMKIN

Encore quelque temps , et elie est à vous ! Par mes soins , la division est semée dans les différentes tribus ; bientôt l'ime d'elles implore votre secours , alors...

CATHERINE

Mes armées entrent...

POTEMKIN

Et elles n'en sortent plus...

CATHERINE

Salut au gouverneur de la Crimée !

POTEMKIN

Je n'attendais pas moins de la généreuse Catherine : que n'entreprendrait-on pas pour elle ?

CATHERINE

Soit!... mais nous n'y sommes pas encore ; et, en attendant , qu'avez- vous à me dire de la Pologne?

Tout marche au gré de nos souhaits : les confédérés de Barr sont dispersées ; vos troupes , celles de Frédéric et de Joseph II , occupent le prétendu royaume de Stanislas ; les bases préliminaires du partage sont arrêtées ; elles n'attendent plus que votre sanction pour être imposées à la diète.

CATHERINE

Ah ! je ne veux pas que cette affaire traîne en longueur. Que les envoyés de Prusse et d'Autriche se rendent ici ce matin même; qu'ils me soumettent les projets convenus d'avance , et qu'on en finisse ! Il faut que je m'étende eu Europe.

POTEMKIN

Sans pourtant oublier l'Asie.

CATHERINE

J'aurai de la mémoire pour tout.

POTEMKIN

Et de la gloire partout.

CATHERINE

Allons, vous voilà redevenu aimable?... En vérité , prince , vous êtes un mélange bien bizarre I il y a en vous du tartare , du satrape et du courtisan.

POTEMKIN

Tant mieux!... puisque Catherine aime la variété.

CATHERINE

Ah! prenez garde!... ne recommençons pas nos querelles!... Et allez me chercher les envoyés de Prusse et d'Autriche.

J'obéis, et je vous laisse avec vos souvenirs : est-ce vous laisser au milieu de mes ennemis?

CATHERINE

Vous ne le croyez pas ?

POTEMKIN

Puissé-je ne jamais le craindre !

I ( A la sortie de Potemkin , les huissiers rentrent dans la g.ilerie.)

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