‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 415 sur 560 · MICHEL, KORSAKOFF · texte numérisé non relu

MICHEL, KORSAKOFF

MICHEL

Gloire à Dieu et à saint Neuski! me voilà hors d'affaire !

KORSAKOFF

Grâce à moi ! Je connaissais heureusement le faible du prince : pour une bonne soupe au sterlet il donnerait cent paysans.

MICHEL

Je lui en ferai une dont j'espère qu'il sera content.

KORSAKOFF

Ton avenir dépend de cette soupe-là. Ne va pas l'oublier ?

MICHEL

Je n'ai garde !... Mais dis donc, cousin , tu as l'air d'être aussi dans les bonnes grâces du prince? Quand il est parti , il t'examinait en souriant,

C'est vrai.

MICHEL

Il te destine peut-être à me remplacer ?

KORSAKOFF

Comment?

MICHEL

Dans les ours.

KORSAKOFF

Imbécile !

MICHEL

Dam ! qui sait? tu ferais un bel ours, toi !

KORSAKOFF, à demi- voix.

Le moment n'est pas loin peut-être où nous saurons à quoi nous en tenir sur la science de la sorcière.

MICHEL

Tu crois ?

KORSAKOFF

Je le soupçonne.

Air : Je loge au qualiHètne étage.

La fortune à mes yeux se montre.

MICHEL

Se peut-il ? '

Oui ; mais parlons tas,

MICHEL

Il faut courir à sa rencontre.

KORSAKOFF

Crois-moi , Michel , ne bougeons pas ; En courant on fait des faux pas.

Si la fortune nous regarde , Pourquoi troubler notre repos?

Je vais l'attendre au corps-degarde.

MICHEL

Je l'attendrai près des fournaux.

KORSAKOFF

Qui choisira-t-elle ?

MICHEL

Nous verrons.

KORSAKOFF

Le comte Orloff servait dans les gardes.

MICHIiL.

Menzikoff était pâtissier.

KORSAKOFF

Silence !

( Toute la cour s'avance ; Korsakoff et Michel s'écartent, )

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LOWINSKI , PAULESKA , LE PRIiNCE DE LIGNE, CATHERINE, POTEMKIN, Ambassadeurs, Seioeurs russes, Esclaves.

cnœuR.

Air de M. Caraffa.

Honneur , Iionneur à notre souveraine !

Sur son passage appelons les plaisirs ; Puisqu'aux soucis notre bonheur l'enchaine, Nous devons charmer ses loisirs.

CATHERINE

Recevez toutes mes félicitations, prince Potemkin : votre magnificence et votre bon goût semblent encore s'être surpassés aujourd'hui.

POTEMKIN

Quelques efforts que je tente , puis-je jamais recevoir dignement Votre Majesté ?

CATHERINE

Prince de Ligne , êtes-vous satisfait ?

LE PRINCE

Comment ne pas l'être ?

CATHERINE

Ah ! nous tâchons de nous montrer à vous du beau côté : vous êtes l'œil de l'Europe ouvert sur nous autres , pauvres barbares. Les voyageurs comme vous

sont dangereux; il faut les séduire ou les faire pendre.

LE PRINCE

Je suis tout prêt à me laisser séduire.

CATHERINE

A propos , j'oubliais de vous annoncer que l'ambassadeur de France vient de me remettre, au nom de M. de Voltaire , un exemplaire de ses derniers ouvrages ; il en est un dont le litre a vivement piqué ma curiosité : c'est une tragédie intitulée l'Orphelin de la Chine. Voudriez - vous demain nous en faire la lecture , prince de Ligne ?

LE PRINCE

Ce sera pour moi un double plaisir.

CATHERINE

Je vous remercie : à demain donc ! vous entendez, messieurs ?. . . Maintenant , prince Potemkin , ne nous conduisez-vous pas dans les salles du bal ?

POTEMKIN

Je suis aux ordres de Votre Majesté. ( Bas à Pauleska.) IS 'oubliez pas votre promesse ! à dix heures, sous ce bosquet.

CATHERINE , à part.

C'est ici !

LOWLNSKI, à part.

Sous ce bosquet, à minuit !

CATHERINE

Allons ! qui m'aime me suive.

LE PRINCE

Ce lieu va être désert.

PAULESKA, à part.

J'y reste, moi!

( Tout le monde s'éloigne sur le chœur.)

cnœuR.

Honneur, honneur à notre souveraine, etc. (Pauleska demeure seule. La cour entre par le péristyle. )

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