‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 484 sur 560 · LE COMTE DE MELUN · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MELUN

Au banquet que la reine offrit à la victime.

MARIE

Grand Dieu !

PHILIPPE

Qui te l'a dit ?

MELUN

La coupe ou, sans remoid, Une main criminelle avait versé la mort.

Est-il vrai?

MELUN

Sous nos yeux , dans le vase perfide, L'art vient d'interroger le breuvage homicide; Ce laurier, que la rose embellit de son nom. Dans sa feuille embaumée enferme le poison : Cet arbre, avec amour, cultivé par la reine, De ses sucs dévorants avait armé sa haine ; Dans le sein de Louis leur poison a coulé.

PHILIPPE

Malheureux ! qu'en sais-tu ?

MELUN

Le cadavre a parlé !

Les traces (ju'y laissa le funeste breuvage Mêlent à notre voix leur muet témoignage.

MARIE

Je succombe !

MARIE DE BRADANT. -CHANT IV

PHILIPPE

Cruels , fuyez mon désespoir !

LUXEUIL

Nous avons , en tremblant , rempli notre devoir : Sire, de vos douleurs je gémis plus qu'un autre ; Mais l'intérêt d'un fils , sa haine pour le vôtre, Ce banquet, ce poison chez elle retrouvé, Tout accuse la reine : un grand meurtre est prouvé, Le peuple en est instruit, vos barons le dénoncent; Que la reine réponde , et que les lois prononcent ! Craignant pour notre roi quelque nouveau danger , Armés pour sa défense , et prompts à le venger, Nous devions , révélant le plus affreux des crimes , Déposer à ses pieds nos soupçons unanimes; Nous l'avons fait , partons !

MARIR.

Philippe!...

PHILIPPE

Je vous fuis.

MARIE

Philippe , écoutez-moi !

PHILIPPE

Dans le trouble où je suis ,

Je ne puis vous juger , je ne puis vous entendre , On vous accuse, adieu ! Songez à vous défendre.

Il sort : Luxeuil le suit et ne le quitte plus ; De l'héritier du trône il redit les vertus : Pour ce fils au cercueil réveillant sa tendresse , Il irrite Philippe , et sa periide adresse , Des remords de l'époux prévenant le retour, Par l'amour parternel triomphe de l'amour.

Quand l'insecte aux longs bras qui, dans sa course agile, D'un perfide réseau tend le piège fragile, A vu le moucheron briser ses fils légers , Il sait autour de lui ramener les dangers , Et le tissu fatal que sa ruse déploie , D'une triple barrière environne sa proie. Ainsi le fier Luxeuil a pu craindre un instant Que le roi s'arrachât au malheur qui l'attend ; Mais les pièges nouveaux , qui l'ont enveloppée , Lui rendent la victime à ses coups échappée.

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