‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 485 sur 560 · CHANT QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHANT QUATRIÈME

Quel est, dans ce vallon, ce jeune chevalier? Ses armes sans éclat, son simple bouclier , Semblent attendre encor le jour où la victoire Proclamera son nom , ignoré de la gloire : C'est le fils de Luxeuil , c'est l'aimable Eymeri ! Du prince infortuné longtemps page chéri , Mais d'un courroux injuste innocente victime , Avant l'instant fatal marqué par un grand crime Exilé de la cour, il avait fui les lieux Que l'aspect de Marie enchantait à ses yeux.

Il était déjà loin , «piand un récit fiilole De la mort de Louis lui transmet la nouvelle.

Il frémit , il s'arrête , et , plongé dans le deuil , Il veut aller du moins pleurer sur son cercueil. Il est parti. Docile à la main qui le guide , Déjà son destrier, dans sa courte rapide , De l'antique Neustrie a franchi les coteaux ; Là , portant à la mer le tribut de ses eaux , La Seine , qui serpente au milieu des prairies , Semble fuir à regret ces campagnes Ileuries. Eymeri , sur ces bords , triste et silencieux , S'avançait ; les oiseaux , par mille cris joyeux , Saluaient du soleil la lumière féconde.

Cet astre étincelant dardait ses feux dans l'onde Et ses rayons brisés, au souflle des zéphirs.

MARIE DE BRABANT. -CHANT IV

Semaient les flots tremblants de mobiles saphirs. Mais ces oiseaux chantant sous l'épaisse feuillée , Ces parfums qu'exhalait la terre réveillée, Ce murmure des eaux roulant parmi les fleurs, Rien du jeune guerrier ne distrait les douleurs. Voilà qu'interrompant sa sombre rêverie , Tout à coup d'un hameau la simple hôtellerie S'est offerte à ses yeux. Son coursier haletant Devant le seuil connu hennit en s'arrêtant : C'était un jour de fêle, et du temple rusti(|ue Les villageois en foule inondant le porli(jue , Libres des saints devoirs , à d'innocents plaisirs Revenaient en chantant consacrer leurs loisirs.

Suivi de l'écuyer chargé de sa bannière , Le chevalier franchit la porte hospitalière Qui promet au passant bon gîte et doux repos. Là , puisant à l'envi l'oubli de leurs travaux, Dans la coupe de hêtre, où leur gaité bruyante Savourait du pommier la liqueur pétillante , Sur l'escabeau grossier les \illageois assis, Mêlaient aux chants joyeux de funèbres récits. Auprès dVu.v Eymeri pensif et solitaire. Le front baissé , les yeux attachés à la terre, Abandonnait son âme aux regrets superflus, Et songeait à Louis qu'il ne reverra plus ! Soudain à ces discours, qu'il entendait à peine, Se joint un nom sacré... c'est le nom de la reine! Il s'étonne , il écoute.

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